Politique béninoise : L’obsession du rétroviseur
À mesure que les élections approchent, le Bénin se découvre une étrange passion pour les voyages… dans le passé. Non, pas le passé glorieux des luttes pour l’indépendance, ni celui des grandes réformes économiques. Plutôt un petit bout de passé coincé quelque part entre 2006 et 2016, soigneusement rembobiné à chaque intervention publique de certains acteurs politiques.
C’est un phénomène fascinant : le pays avance, le monde change, les défis se multiplient… mais eux, imperturbables, préfèrent garder le rétroviseur bien propre. Leur obsession ? Une seule silhouette, bien connue, qui semble hanter leurs discours comme un vieux fantôme politique : l’ancien président Yayi Boni.
Il n’est pas candidat, il n’a pas annoncé vouloir le redevenir. D’ailleurs, la constitution ne le lui permet pas. Mais visiblement, pour certains, le simple fait que son nom existe encore dans la mémoire collective et comme chef de parti est une provocation. Alors, à chaque sortie médiatique, on le ressort, comme ces séries télé qui n’ont plus d’inspiration et se contentent de recycler les vieux méchants de la saison 1.
Pendant que le Bénin se débat avec des questions économiques, sécuritaires ou éducatives, ces politiciens semblent persuadés que le vrai danger, c’est… le passé. Mieux : ils agissent comme si tout ce qui ne va pas aujourd’hui avait été soigneusement programmé dans un mystérieux laboratoire secret dirigé par l’ex-président lui-même. Et pourquoi se fatiguer à analyser le présent quand on peut réchauffer, à feu doux, les querelles d’hier ?
Le problème, c’est que le Bénin, lui, vit en 2025. Les électeurs aussi. Et il y a quelque chose de désespérément décalé à voir des figures publiques se cramponner au passé comme à une bouée de sauvetage. S’acharner sur quelqu’un qui ne se présente pas, c’est pratique. Aucun risque de riposte directe dans les urnes, pas de confrontation d’idées, juste un punching-ball verbal toujours disponible. Mais pour le citoyen qui voudrait savoir ce que ces politiciens proposent concrètement pour les cinq prochaines années… eh bien, il faudra repasser.
En attendant, la route des élections continue. Certains roulent droit vers l’avenir, d’autres ont choisi la marche arrière permanente. À force, ils risquent de finir dans le fossé. Mais peut-être qu’au fond, c’est ce qu’ils préfèrent : là-bas, au moins, ils pourront continuer à regarder dans le rétroviseur en toute tranquillité surtout qu’ils n’ont jamais rien apporté de positif à ce pays.
Damien TOLOMISSI