Rémi Hounnouvi : Le cultivateur qui transforme la nature en or

 Rémi Hounnouvi : Le cultivateur qui transforme la nature en or

Le soleil tape fort sur les feuilles luisantes des palmiers, dessinant des ombres mouvantes sur le sol humide. Ici dans la commune de Bokpa, dans cette étendue verdoyante du Bénin, Rémi Hounnouvi, les mains calleuses et le sourire franc, marche entre ses arbres comme un général inspectant ses troupes. Chaque palmier est un soldat, chaque régime de noix, une pépite. Car dans cette région, l’huile de palme n’est pas qu’une simple denrée : c’est l’or rouge, un trésor quotidiennement convoité. 

Quand les régimes de noix de palme prennent cette teinte orangée profonde, Rémi Hounnouvi sait qu’il est temps. Armé d’une daba (machette locale) et d’une longue perche, il détache délicatement les grappes mûres. « Trop tôt, l’huile est fade. Trop tard, elle devient acide », explique-t-il en essuyant la sueur qui perle sur son front.  Autour de lui, une équipe de travailleurs s’active. Les régimes tombent dans des paniers tressés, puis sont transportés vers l’unité de transformation, une baraque de bois et de tôle où l’alchimie a lieu. 

De la noix à l’huile : la magie de la transformation 

Dans un grondement mécanique, la machine s’éveille. Les fruits sont d’abord échaudés dans de grandes cuves d’eau bouillante pour ramollir la pulpe. Ensuite, pressés, malaxés, chauffés à nouveau. Peu à peu, un liquide épais et rougeâtre s’écoule : l’huile brute.  « Regardez cette couleur ! », s’exclame Rémi en plongeant un doigt dans le liquide doré. « C’est ça, la vraie qualité. Pas comme ces huiles industrielles, diluées et sans goût. »  La baraque embaume une odeur sucrée et terreuse, un parfum qui colle à la peau et raconte des heures de labeur. L’huile est filtrée, puis versée dans des bidons en plastique ou des bouteilles en verre pour les clients exigeants. 

Un marché local en pleine mutation 

Si l’huile de palme est souvent décriée à l’international pour son impact environnemental, ici, elle reste un pilier économique. « Beaucoup de familles dépendent de cette filière », confie Rémi Hounnouvi. Sur les marchés de Houègbo, Bohicon, Cotonou, ou de Porto-Novo, les étals regorgent de bouteilles aux couleurs variables, du rouge sang à l’ambre clair. Mais la concurrence est rude. Les petits producteurs comme Rémi doivent innover. Certains se tournent vers le bio, d’autres, comme lui, misent sur la qualité artisanale.  « Mon père faisait déjà de l’huile de palme, mais à la main, sans machines », raconte Rémi avec un sourire, signe d’avoir hérité cette richesse familiale tout en ajoutant « C’est grâce à mon grand frère Jean-Louis Gnidokponou que j’ai pu réaliser ce Grand rêve ». Aujourd’hui, il rêve de construire quelque-chose de grand sans perdre l’âme de son produit.  Pourtant, les défis s’accumulent : changement climatique, baisse des rendements, jeunes désintéressés par ce métier pénible… « Les enfants d’aujourd’hui veulent tous aller en ville, travailler dans des bureaux » soupire-t-il avant de poursuivre : « Alors qu’on peut bien aller à l’école tout en apprenant à cultiver et s’adonner à une telle activité ».

L’or rouge, entre tradition et modernité 

En quittant la plantation, le soleil décline, teintant les champs de palmiers d’un rouge encore plus intense. Dans cette lumière, on comprend mieux pourquoi l’huile de palme est surnommée l’or rouge : précieuse, convoitée, mais aussi fragile.  Rémi Hounnouvi, lui, reprend sa marche entre les arbres, gardien d’un savoir-faire qui, peut-être, disparaîtra avec sa génération. En attendant, chaque goutte d’huile raconte une histoire  celle de la terre, du travail, et d’une passion qui ne s’éteint pas. 

Damien TOLOMISSI

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