Sacre et Sacrilège : Le Comité des Rites Vodun du Bénin dresse ses garde-fous

 Sacre et Sacrilège : Le Comité des Rites Vodun du Bénin dresse ses garde-fous

Dans le concert des spiritualités mondiales, où chaque foi réclame légitimement son droit au respect et à la considération, une voix venue des terres ancestrales du Bénin s’élève, empreinte d’une solennité qui n’exclut pas la fermeté. Par la plume autorisée de son président, le professeur Mahougnon Kakpo, le Comité des Rites Vodun du Bénin (CRVB) a fait publier un communiqué, authentifié par les soins du ministère de la Culture, pour conjurer un péril moderne : la profanation numérique.

Le constat est sévère. Le Comité dénonce avec une gravité mesurée ces « propos ou publications sacrilèges et hérétiques » qui pullulent sur les réseaux sociaux, entachant l’image de la religion Vodun et jetant l’opprobre sur ses dignitaires. Loin de n’être que de simples incartades, ces écarts sont présentés comme de « tels agissements impies » qui portent une « atteinte grave » à l’essence même de ce patrimoine : sa sacralité, sa dignité et son intégrité.

Face à cette marée d’irrévérence, l’instance, gardienne jalouse des traditions, ne s’est pas contentée de constats mélancoliques. Elle a érigé une barrière intangible. Il est désormais interdit – et le mot, dans sa simplicité, a force de loi – de publier toute parole ou contenu à caractère profanatoire contre le Vodun, ses expressions cultuelles et sa dimension culturelle, et ce, « quel que soit le support médiatique utilisé ». L’avertissement qui suit est sans équivoque : des dispositions sont prises pour sanctionner les contrevenants, « aussi bien sur le plan traditionnel que judiciaire ».

Cette dualité dans la réponse est des plus significatives. Elle marque la synthèse opérée par le Bénin contemporain entre la rigueur de ses lois modernes et la puissance immémoriale de ses coutumes. Le message est clair : le blasphème pourra être puni par la justice de l’État aussi sûrement qu’il pourrait l’être par les voies moins visibles, mais non moins redoutables, de la tradition.

Le communiqué, dans sa prose cadencée, rappelle avec force l’essence du Vodun, bien au-delà des clichés exotiques qui trop souvent le défigurent. Il est « notre culture », martèle le Comité, « une religion au même titre que toutes les autres ». Il est ce « patrimoine sacré, immatériel et culturellement protégé » que nul ne peut impunément bafouer. Plus qu’un simple culte, il est présenté comme l’héritage précieux des ancêtres, un « socle identitaire et spirituel remarquable » irradiant bien au-delà des frontières du Bénin, touchant des communautés à travers le monde.

Ainsi, ce texte dépasse la simple mise en garde. Il est un acte de foi et de souveraineté culturelle. Dans un monde où le virtuel défie souvent le sacré, les gardiens des rites vodun réaffirment avec une élégance déterminée que certaines limites ne se franchissent pas, que certains héritages ne se marchandent pas, et que la dignité d’une des plus anciennes spiritualités de l’humanité mérite un respect absolu, en ligne comme hors ligne. C’est la défense d’un patrimoine de l’âme, pour lequel le Bénin, terre mère du Vodun, entend bien rester le garant ultime.

Patrice ADJAHO

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