Wadagni, Agbodjo et Hounkpè : Le grand duel
Le paysage politique béninois se dessine désormais en trio de tête. Face au binôme de la continuité, Wadagni – Chabi Talata, porté par la mouvance présidentielle, l’opposition des Démocrates aligne le ticket du renouveau, Agbodjo – Lodjou, tandis que la Force Cauris mise sur la troisième voie de Hounkpè – Hounwanou. Une triple confrontation où la première inconnue demeure l’épineuse délivrance du récépissé définitif, suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus de la campagne.
Trois duos emblématiques s’affronteront dans une compétition où chaque alliance, chaque complémentarité, pourrait faire la différence.

Le ticket de la continuité : Wadagni – Chabi Talata
La mouvance présidentielle mise sur un binôme équilibré alliant expertise économique et expérience institutionnelle. Romuald Wadagni, ministre de l’Economie et des Finances, incarne la stabilité macroéconomique et la crédibilité internationale. Son nom reste associé aux réformes financières et au maintien de la croissance dans un contexte régional difficile. A ses côtés, Mariam Chabi Talata, actuelle Vice-présidente de la République, représente la pérennité institutionnelle et symbolise l’ouverture aux femmes dans les hautes sphères du pouvoir. Son expérience de la gestion étatique et sa connaissance des arcanes administratifs constituent des atouts majeurs. Leurs forces : La maîtrise des dossiers, l’expérience du pouvoir, et une notoriété établie. Leur campagne s’articulera probablement autour du bilan économique et de la stabilité politique. Leurs défis devront répondre aux attentes de changement et faire face aux critiques sur certaines politiques sociales.

Le ticket du renouveau : Agbodjo – Lodjou
L’opposition, à travers Les Démocrates, présente un duo qui mise sur la jeunesse et l’alternance. Renaud Agbodjo, avocat de formation, s’est forgé une réputation de défenseur des droits humains et des causes justes. Son éloquence et son image d’homme intègre séduisent une frange importante de l’électorat jeune et urbain. Son colistier, Jude Lodjou, apporte l’expérience politique et la connaissance des territoires. Son ancrage local et sa compréhension des réalités socioéconomiques pourraient constituer un précieux atout pour convaincre l’électorat rural. Leurs forces : Une image de renouveau, un discours tourné vers la justice sociale, et une capacité à mobiliser la jeunesse. Ils auront pour défis de prouver leur capacité à gérer l’État et unifier les différentes sensibilités de l’opposition.

Le ticket de la troisième voie : Hounkpè – Hounwanou
La Force Cauris pour un Bénin Emergent propose une alternative avec Paul Hounkpè, connu pour son expertise en gouvernance et ses travaux sur les institutions démocratiques. Son approche technocratique et sa vision académique de la politique pourraient séduire les électeurs en quête de solutions novatrices. Journaliste et consultant en communication de la FCBE depuis plusieurs années, Rock Judicaël Hounwanou complète ce ticket par son ancrage dans la société civile et sa connaissance des mouvements sociaux. Son engagement en faveur de la démocratie participative pourrait drainer les voix des citoyens déçus par la classe politique traditionnelle. Leurs points forts, une image d’hommes neufs, une approche technocratique, et un positionnement médian entre pouvoir et opposition. Ce duo aura son mot à dire dans ce challenge où tout schéma est possible.
L’énigme du récépissé définitif, l’épée de Damoclès
Au-delà des stratégies de campagne et des programmes, une inconnue majeure plane sur cette élection : la délivrance des récépissés définitifs. Cette question, devenue récurrente dans le paysage politique béninois, pourrait redistribuer les cartes à quelques mois du scrutin. La Commission Electorale Nationale Autonome (CENA) se trouve sous les projecteurs, devant garantir des conditions équitables à tous les candidats. Le processus de validation des candidatures, souvent source de tensions et de contentieux, pourrait influencer considérablement la dynamique électorale. Les scénarios possibles : Une validation de l’ensemble des candidatures qui donnerait lieu à une campagne ouverte et pluraliste et Des invalidations partielles qui pourraient radicaliser le débat politique.
Analyse des chances, équilibre précaire
A ce stade, aucun binôme ne peut revendiquer une avance décisive. Le ticket Wadagni – Chabi Talata bénéficie des avantages liés à la position de pouvoir, mais devra composer avec les attentes de changement. Le duo Agbodjo – Lodjou incarne le renouveau mais doit encore convaincre de sa capacité à gouverner. Quant au binôme Houkpè – Hounwanou, il représente une alternative intéressante mais devra briser le dualisme traditionnel. La campagne qui s’annonce promet d’être intense, avec des enjeux cruciaux pour l’avenir démocratique du Bénin. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer la capacité de chaque ticket à fédérer, à convaincre, et surtout à rassurer sur leur vision pour le pays.
Ce qui est sûr, les Béninois pourraient avoir le choix si la Commission Electorale Nationale et Autonome après étude des dossiers confirme les trois duos entre trois visions distinctes de gouvernance, trois projets de société différents, et trois duos aux profils complémentaires. Reste à savoir lequel saura incarner le mieux les aspirations d’une nation en pleine mutation.
Damien TOLOMISSI