Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « S’incliner pour recevoir »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « S’incliner pour recevoir »

Dans un monde où l’individualisme et l’orgueil semblent souvent érigés en vertus, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè invite à une réflexion profonde sur l’essence de la vraie force. Selon lui, le chemin vers la puissance et la sérénité ne commence pas dans l’affirmation de soi, mais dans l’abaissement volontaire et respectueux. Il partage ici une sagesse fondamentale, utilisant la métaphore puissante du calice que l’on doit vider de son ego pour pouvoir recevoir. Il rappelle que le Vodoun est une relation vivante et sacrée, exigeant comme première clé une humilité authentique. Cette disposition du cœur, bien plus qu’un simple rite, est le fondement pour bénéficier des grâces subtiles et puissantes qui guident et protègent. Comme il le dit lui-même : « L’humilité est indispensable pour bénéficier des grâces du Vodoun. » Un enseignement qui transcende le cadre spirituel pour offrir une leçon d’humanité.

« Je parle aujourd’hui avec un cœur plein et un esprit tourné vers les sources. Autour de moi, je vois un monde qui court, qui veut saisir, conquérir, posséder. Il croit que la force est dans la raideur du cou et dans la voix qui tonne. Mais moi, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, je vous le dis, et cette parole est le fondement de toute sagesse : la vraie force, la puissance qui dure et qui nourrit, commence par la courbure du dos. Elle commence par l’humilité. Comme je l’ai souvent dit à ceux qui viennent chercher la lumière : « L’humilité est indispensable pour bénéficier des grâces du Vodoun. » Laissez-moi vous partager ce que cela signifie, au plus profond de notre être et de notre relation avec l’invisible.

« Le Vodoun n’est pas un supermarché des esprits où l’on vient avec une liste de demandes en brandissant son ego comme une carte de crédit. C’est un écosystème vivant, complexe et sacré, un réseau de relations entre les vivants, les ancêtres et les forces qui animent l’univers. Pour entrer dans ce réseau, pour en ressentir le flux et en recevoir les bienfaits, il faut une clé. Cette clé, c’est l’humilité. Pourquoi ? Parce que l’humilité, c’est d’abord la reconnaissance. C’est se présenter devant la divinité, devant l’ancêtre, devant le sacré, en reconnaissant que l’on ne sait pas tout, que l’on ne contrôle pas tout, que l’on est un maillon dans une chaîne bien plus grande que soi. C’est dire : « Me voici, avec mes limites et mes forces, ouvert à votre enseignement et à votre volonté. »

Restons dans l’hypothèse d’un calice. S’il est déjà plein à ras bord de sa propre importance, de ses certitudes et de son orgueil, comment voulez-vous qu’il reçoive la moindre goutte de la pluie bienfaisante des grâces ? Elle va simplement déborder et se perdre dans la poussière. L’humilité, c’est de vider ce calice de soi. C’est faire de soi-même un réceptacle vide, propre et disponible, pour que les énergies bienveillantes puissent enfin y trouver place et s’y déposer. Cela demande un travail intérieur constant. Ce n’est pas s’abaisser ou se mépriser. C’est au contraire se situer avec justesse. C’est honorer la puissance qui nous dépasse, pour pouvoir ensuite, en étant aligné avec elle, déployer notre propre puissance personnelle de manière juste et efficace.

Cette humilité se pratique à chaque étape du chemin. Elle est dans la manière dont on s’approche du lieu sacré, non en touriste bruyant, mais en pèlerin respectueux. Elle est dans les gestes simples : s’accroupir, incliner la tête, présenter l’offrande avec les deux mains. Ces gestes ne sont pas des soumissions vides. Ce sont les mots du corps qui parle le langage du respect. Ils traduisent physiquement l’état d’esprit intérieur. L’orgueil raidit le corps et ferme l’esprit. L’humilité assouplit le corps et ouvre les canaux de la perception.

Quand je guide une cérémonie ou que je reçois quelqu’un en consultation, je regarde d’abord cette disposition du cœur. La personne est-elle là pour imposer sa volonté, ou pour comprendre la volonté des forces qu’elle invoque ? Cherche-t-elle un pouvoir sur les autres, ou une harmonie avec le tout ? Cette intention, teintée d’humilité ou d’orgueil, détermine tout. Les mêmes rites, les mêmes paroles, n’auront pas du tout la même saveur ni la même efficacité selon l’état d’âme de celui qui les pratique. Une simple offrande d’eau et de farine de maïs, présentée avec un cœur pur et humble, a infiniment plus de valeur et de résonance aux yeux des invisibles qu’un sacrifice coûteux fait avec arrogance et calcul.

Cette grâce que l’humilité permet de recevoir, de quoi s’agit-il ? Ce n’est pas forcément la richesse matérielle ou la réussite éclatante que l’ego imagine. Les grâces du Vodoun sont souvent plus subtiles et plus profondes. C’est la clarté d’esprit qui vient après une méditation sincère. C’est la force tranquille pour traverser une épreuve. C’est l’inspiration soudaine qui résout un problème ancien. C’est la guérison intérieure, le retour à l’équilibre, la protection discrète qui écarte le mal. Ce sont ces petites lumières qui éclairent le chemin quotidien. Pour les recevoir, il faut être assez humble pour les reconnaître, pour ne pas les attribuer aussitôt à son seul mérite, et pour en être reconnaissant.

L’humilité est aussi le ciment de la communauté. Elle nous rappelle que nous sommes tous dépendants les uns des autres et des énergies qui nous entourent. Elle empêche le prêtre ou la prêtresse de tomber dans la mégalomanie. Elle rappelle à l’initié qu’il est un élève perpétuel. Elle enseigne à tous que nul n’est propriétaire du sacré, mais que chacun peut en être le canal, à condition de rester humble. C’est cette humilité collective qui a permis à nos traditions de traverser les âges, les souffrances et les bouleversements. Elles ont plié comme le roseau pour ne pas rompre, conservant au fond d’elles-mêmes l’essence intacte de la sagesse.

Aujourd’hui, plus que jamais, ce message est vital. Le monde moderne pousse à l’individualisme forcené, à l’affirmation de soi comme une fin en soi. On oublie de s’incliner. On oublie de remercier. On oublie que l’on fait partie d’un tout. Revenir à l’humilité, ce n’est pas faire un pas en arrière. C’est retrouver une posture juste pour avancer sans trébucher. C’est la condition pour que les grâces, ces énergies bienfaisantes des ancêtres et des Vodoun, puissent continuer à couler vers nous, à nourrir nos vies, à guider nos pas et à féconder notre avenir.

Que mes paroles résonnent comme un rappel bienveillant. Avant de demander, apprenez à vous mettre dans la posture juste pour recevoir. Videz votre calice. Inclinez votre cœur. C’est dans cet espace de respect et de tranquillité que les plus grandes grâces, souvent silencieuses et puissantes, choisissent de résider. C’est le chemin. Il n’y en a pas d’autre.

UNE REFLEXION DE  DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE 

Articles similaires