Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « L’échec est un sillon »
« L’échec de la récolte n’est pas une défaillance. C’est une référence. » Dans une méditation puissante, le sage Dadah Bokpè Houézrèhouèkè puise dans la terre et la tradition Vodoun pour redéfinir notre rapport à l’adversité. Loin d’être un mur, l’échec devient un escalier ; loin d’être une honte, il est la « mère de la réussite », un enseignement sacré qui, bien accueilli, creuse le sillon des futures moissons. Il nous invite à écouter la leçon des saisons difficiles pour mieux grandir. Lisez plutôt !!!
Je viens ici, les pieds ancrés dans la terre rouge de nos ancêtres, et le regard tourné vers l’horizon où se lève le soleil de demain. Beaucoup me demandent le secret d’une vie droite, d’un chemin qui, même caillouteux, mène quelque part. Je leur réponds souvent ceci : regardez le paysan. Il laboure, il sème. Parfois la pluie est trop forte et emporte les jeunes pousses. Parfois le soleil est trop ardent et brûle tout. L’échec de sa récolte n’est pas une défaillance. C’est une référence. Elle lui parle. Elle lui dit : « Ici, le drainage est mauvais. Là, il faut semer plus tard. » L’année suivante, il s’adapte. Et la terre, voyant sa persévérance, lui offre l’abondance. C’est de cela dont je veux vous parler. De cette sagesse simple et profonde : l’échec n’est pas un mur. C’est un escalier.
On dit chez nous que l’échec est la mère de la réussite. Cette phrase, vous l’avez tous entendue. Mais l’avez-vous vraiment écoutée ? Une mère n’est pas une ennemie. Elle est source de vie. Elle guide, elle corrige, elle prépare. Elle ne garantit pas que l’enfant ne tombera jamais, mais elle lui apprend à se relever. Voilà ce qu’est un échec. Une mère sévère parfois, mais juste. Cela ne signifie pas qu’il faut courir après les échecs ou s’en réjouir comme d’une fête. Non. Cela signifie que lorsqu’il se présente à votre porte, souvent sans être invité, il ne faut pas lui claquer la porte au nez. Il faut l’accueillir, l’observer, l’écouter. Lui demander : « Pourquoi es-tu venu ? Quelle leçon m’apportes-tu ? » Une fois la leçon comprise, alors vous pouvez laisser partir l’échec. Et vous vous retrouvez plus fort, plus sage, prêt à sauter plus loin que vous ne l’auriez imaginé.
Notre patrimoine spirituel, le Vodoun, est un grand livre ouvert sur cette philosophie. Regardez les initiations. Regardez les épreuves. Ce ne sont pas des punitions. Ce sont des passages. Pour renaître à un nouveau statut, il faut « mourir » à l’ancien. Cette « mort », cette période de difficultés, de doutes, peut ressembler à un échec aux yeux de ceux qui sont en dehors du sacré. Mais à l’intérieur, elle est le creuset de la transformation. Le Vodoun nous enseigne que les forces qui régissent le monde sont un équilibre entre l’ombre et la lumière, la difficulté et la fécondité. L’échec est une interface avec le sacré. Il nous rappelle que nous ne contrôlons pas tout, qu’il existe des forces plus grandes, et que la vraie maîtrise commence par l’humilité de recevoir un enseignement, même amer.
Prenons des exemples de la vie qui court devant nous. Un jeune qui rate son examen. S’il se dit seulement : « Je suis nul », il reste au pied de l’arbre. Mais s’il se demande : « Ai-je assez étudié ? Ai-je compris la méthode ? Est-ce le bon chemin pour moi ? », alors il commence à grimper. Un commerçant qui voit sa boutique péricliter. S’il accuse seulement la concurrence ou la malchance, il ferme. S’il observe, s’il s’interroge sur l’emplacement, les produits, l’accueil, il trouve une nouvelle voie. L’échec est un miroir qui ne flatte pas. Il montre nos faiblesses, nos erreurs de jugement, nos précipitations. Le refuser, c’est refuser de se voir en face. L’accepter, c’est commencer à se sculpteur soi-même.
Le groupe Béninos Afafa l’a magnifiquement chanté : « Les gagnants ne sont pas ceux qui n’ont jamais tombé, mais ceux qui se sont relevés. » Écoutez bien ces paroles. Elles résonnent comme un tambour dans la nuit. La société aujourd’hui aime trop montrer seulement les victoires, les sourires, les succès. Elle cache les chutes. Alors les jeunes croient que gagner, c’est ne jamais tomber. C’est une illusion dangereuse. Cela crée une peur immense de l’échec, une honte qui paralyse. Mais la vraie vie, celle qui est vivante, est faire de chutes et de redressements. Le champion de lutte, avant de tenir l’arène, a été jeté au sol des centaines de fois. C’est dans la poussière de ce sol qu’il a appris chaque mouvement, chaque esquive. Sa force n’est pas dans l’invulnérabilité, mais dans la capacité infinie à se remettre debout.
Alors, que faut-il faire concrètement ? Je vous propose une voie simple, en trois pas. Le premier pas est le courage de regarder. Lorsque cela ne marche pas, arrêtez-vous un instant. Ne fuyez pas dans le bruit ou la colère. Regardez la situation en face, calmement. Le deuxième pas est l’humilité de questionner. Demandez-vous, sans vous mentir : « Quelle est ma part dans cet échec ? Qu’est ce qui dépendait de moi et que je n’ai pas bien fait ? » Ce n’est pas pour vous flageller, c’est pour apprendre. Le troisième pas est la volonté de transformer. Prenez cette leçon précise et décidez de l’appliquer la prochaine fois. Changez une méthode, préparez-vous davantage, écoutez plus. Ainsi, l’échec devient un capital. Une référence dans votre mémoire, comme le paysan se souvient de la mauvaise saison.
Je termine en revenant à la terre. La graine, pour germer, doit se laisser décomposer dans l’obscurité humide du sol. Elle « échoue » en tant que graine. Elle se brise. De cette rupture jaillit la vie nouvelle, la tige qui cherche le soleil. Nous sommes comme cette graine. Nos échecs sont ces moments de décomposition apparente, de rupture, nécessaires pour que quelque chose de nouveau, de plus fort, émerge en nous. N’ayez donc pas peur de tomber. N’ayez pas honte des saisons difficiles. Cultivez en vous cette sagesse tranquille à savoir, chaque échec bien accueilli est un sillon creusé dans le champ de votre avenir. Et un sillon, c’est fait pour y déposer les semences de la réussite à venir. La vie n’est pas une ligne droite. C’est un chemin qui monte et qui descend. Et c’est dans les descentes que l’on prend l’élan pour gravir les sommets suivants. Portez cela dans votre cœur et avancez. La terre, notre mère à tous, vous soutient.
Réflexion de DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE