Au-delà du Culte, une Nation s’expose : L’identité béninoise rayonne et séduit

 Au-delà du Culte, une Nation s’expose : L’identité béninoise rayonne et séduit

À quelques jours des « Vodun Days » qui se tiendront du 8 au 10 janvier à Ouidah, le Ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Jean Michel Abimbola, a réaffirmé sur France 24 l’ambition monumentale de son pays. Entre investissements de rupture et stratégie de « dédiabolisation », le Bénin transforme son patrimoine spirituel en un moteur de croissance et de diplomatie culturelle. Cet événement dépasse désormais largement le cadre d’un festival ou d’une simple célébration cultuelle. Il est devenu la manifestation vibrante et puissante de l’identité béninoise dans son ensemble, une identité qui, fièrement assumée, exerce aujourd’hui un attrait et une influence à l’échelle planétaire, comme en témoigne l’afflux massif et croissant de visiteurs internationaux.

La « Dédiabolisation » d’une spiritualité millénaire est au cœur de cette renaissance. Longtemps réduit à des clichés exotiques ou des préjugés sombres, le Vodun s’impose désormais comme le fer de lance de l’identité béninoise. Pour Jean Michel Abimbola, l’enjeu des Vodun Days dépasse la simple célébration : il s’agit d’un laboratoire de « dédiabolisation ». « Il s’agit de dire ce qu’est le Vodun et ce que le Vodun n’est pas », a martelé le ministre. Cette réappropriation du récit national est un acte politique et culturel fondateur. Elle s’appuie sur des projets d’envergure, tels que la construction du Musée International du Vodun à Porto Novo et le déploiement de la « Route des couvents », offrant aux visiteurs une immersion authentique et pédagogique dans cette spiritualité complexe et philosophique. Ce travail de fond transforme la perception d’un patrimoine longtemps marginalisé en un socle de fierté nationale et un objet de fascination respectueuse pour le monde.

Une économie de la culture à coups de milliards soutient cette ambition. Le Bénin ne se contente pas de mots mais il déploie une puissance financière inédite dans la région pour soutenir ses ambitions. Le ministre a dévoilé des chiffres vertigineux qui témoignent de la place centrale de la culture dans le Programme d’Action du Gouvernement. Pas moins de 2 milliards d’euros, soit 1 250 milliards FCFA, ont été investis sur la décennie écoulée. Un montant supplémentaire de 1,37 milliard d’euros, 900 milliards FCFA, est déjà programmé pour les cinq prochaines années. L’objectif est d’impacter positivement le PIB, créer de la richesse territoriale et offrir des perspectives d’emploi massives à la jeunesse béninoise à travers les industries créatives et le tourisme mémoriel, avec des projets structurants comme le Projet Marina et les musées de Ouidah. Cette stratégie fait de la culture un pilier du développement économique, un modèle rare et audacieux en Afrique.

Sécurité et résilience sont les garants de cette ouverture au monde. Interrogé sur le contexte sécuritaire après la tentative de coup d’État avortée en décembre dernier, Jean Michel Abimbola s’est voulu rassurant. Malgré une vigilance accrue et un renforcement des dispositifs de défense, le message est celui de la continuité et de la stabilité. « Le pays est ouvert, l’aéroport fonctionne et les priorités demeurent les mêmes », a-t-il précisé. Cette assurance est cruciale pour l’attractivité internationale. Pour cette édition des Vodun Days, le Bénin voit donc grand, après avoir attiré 500 000 personnes l’an dernier, le gouvernement table sur une affluence record de près d’un million de visiteurs cette année. Ce chiffre n’est pas anodin. Il symbolise la capacité du pays à projeter une image de paix et de confiance, essentielle pour capter l’intérêt global.

Nouveau visage du tourisme africain

Les Vodun Days incarnent ainsi un nouveau visage pour le tourisme africain, un tourisme de sens et de profondeur. En mariant tourisme mémoriel, avec la Porte du Non-Retour qui parle à la conscience universelle, et tourisme religieux spirituel, le Bénin se positionne comme une destination incontournable pour les voyageurs en quête d’authenticité et de compréhension des civilisations. Le festival n’est plus une simple fête nationale mais une plateforme internationale de diplomatie culturelle où se croisent chercheurs, artistes, diplomates, curieux et pratiquants du monde entier. Il génère un récit positif et puissant, atténuant des décennies de récits négatifs sur le continent. L’info en chiffre est sans appel : 1 000 000. C’est le nombre de visiteurs attendus à Ouidah pour cette édition, confirmant le passage du festival à une dimension industrielle et son ancrage dans le paysage des grands événements mondiaux.

Cet afflux est la preuve tangible que l’identité béninoise, cristallisée autour de la fière réhabilitation du Vodun, impacte le monde entier. Les visiteurs ne viennent pas seulement pour un spectacle mais ils viennent également pour embrasser une philosophie, pour comprendre une relation au monde, au vivant et aux ancêtres qui offre une perspective différente face aux défis modernes. Ils repartent ambassadeurs de cette identité riche.

Des groupes venus d’Europe, des Amériques et de toute l’Afrique, comme récemment ces touristes allemands immergés dans le palais de Dadah Bokpè Houézrèhouèkè lors de célébrations similaires, témoignent de cette quête. Leur émerveillement face à la précision des révélations du Fâ ou à la puissance des cérémonies démontre que le Bénin exporte bien plus qu’un folklore, il partage une vision du monde. Les Vodun Days sont tout simplement l’expression d’une nation qui a compris que son pouvoir le plus fort réside dans la maîtrise et la valorisation de son âme culturelle la plus profonde. Cette âme, longtemps silencieuse, parle désormais à voix haute et porte le nom du Bénin sur la scène internationale, créant un cercle vertueux où la fierté identitaire nourrit le développement, qui en retour renforce le rayonnement du pays. Le monde, en se pressant à Ouidah, reconnaît et célèbre cette réussite singulière.

Damien TOLOMISSI

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