Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « La parole, cette graine d’éternité »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « La parole, cette graine d’éternité »

Dans un monde où les mots semblent parfois perdre leur poids, une voix sage s’élève, celle de Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, pour rappeler leur puissance fondatrice. S’inspirant de la sagesse ancestrale et de la vision moderne de l’Afrique, cette méditation invite à un examen de conscience collectif. Il s’agit de redécouvrir la parole donnée non comme un souffle éphémère, mais comme une semence d’éternité plantée dans le champ de la confiance. Entre le roc inébranlable de l’honneur et la feuille morte de l’oubli, quel héritage de fiabilité choisissons-nous de léguer ? Un plaidoyer poignant pour faire de notre parole le ciment d’une nation prospère et unie. Lisez plutôt !!!

Un matin, je m’asseyais sous le grand fromager, le soleil caressant doucement la terre rouge, et je méditais sur ce qui fait le lien entre les hommes, ce ciment invisible plus fort que le béton. Et cela, mes frères et sœurs, c’est la parole donnée. Je veux partager avec vous dans cette nouvelle réflexion, la sagesse que m’ont transmise mes ancêtres sur ce sujet. La parole n’est pas un simple souffle qui sort de la bouche. Non. Elle est une semence. Quand tu la donnes, tu la plantes dans le champ de la confiance. Tu dois donc savoir quelle graine tu sèmes : une graine de vérité et de fermeté, ou une graine de vent et d’oubli.

Autrefois, dans nos villages, un accord entre deux hommes n’avait pas besoin de papier signé. Une parole échangée, un serment devant les anciens, cela suffisait pour construire une maison, pour sceller une alliance, pour engager toute une vie. Pourquoi ? Parce que la parole était alors sacrée. Elle valait plus que l’or. Elle était le reflet de l’âme de la personne. Elle liait non seulement les vivants, mais aussi les ancêtres qui en étaient les témoins invisibles. On craignait moins la justice des hommes que le regard désapprobateur des aïeux si l’on venait à faillir. Or, aujourd’hui, je regarde le monde et je vois que la parole s’est parfois mise à flotter comme une feuille morte sur la rivière. Elle est légère, elle change de direction avec le vent des convenances ou des difficultés, elle finit par couler et être oubliée. Mais nous, ne devons-nous pas être les gardiens de la pierre lourde et solide, et non de la feuille légère ? Car c’est dans cette pesanteur, dans cette fermeté, que réside notre véritable force collective. Une société qui ne tient plus parole est une société qui se dissout de l’intérieur, dont chaque promesse non tenue est une fissure dans la grande case commune.

Quand tu dis « je serai là demain à l’aube », tu construis déjà un pont dans l’esprit de ton frère qui compte sur toi. Quand tu promets « je vais t’aider dans ce champ », tu allumes une lumière d’espoir dans son cœur. En outre, si tu manques à ta parole, ce n’est pas seulement un rendez-vous que tu rates. Non. C’est le pont que tu laisses s’effondrer. C’est la lumière que tu éteins. Tu brises un morceau de la confiance, ce tissu précieux qui nous unit. Et réparer la confiance est beaucoup plus long et difficile que la construire. Il faut des preuves répétées, de la patience, et parfois la cicatrice reste visible. Chaque parole non honorée est un retrait dans la banque du crédit moral, et quand le compte est à découvert, plus rien ne passe. On ne peut plus compter les uns sur les autres, et c’est là que commence l’isolement, la méfiance, et la pauvreté du lien qui est la pire des pauvretés.

La parole, un reflet

Par ailleurs, réfléchis à ceci : ta parole, c’est ton reflet. Elle dit au monde qui tu es vraiment. Un homme dont la parole est ferme et droite, on le suit les yeux fermés. On sait que son « oui » est un « oui », et son « non » est un « non ». Il devient un rocher sur lequel on peut bâtir. Mais un homme dont la parole vacille, change, se dérobe, devient comme un sol sablonneux. Personne n’ose y construire quoi que ce soit de durable. Il se retrouve seul, car la défiance est un mur invisible qui isole. Et cette réputation, une fois collée à la peau, est plus difficile à enlever que la résine de l’iroko. Elle te précède dans les affaires, dans les amitiés, dans la vie de la communauté. Tu perds ton autorité, car l’autorité véritable naît du respect, et le respect naît de la fiabilité.

Je vous entends me demander : « Mais Dadah, le monde change, les choses sont complexes, parfois on ne peut pas tenir une promesse à cause des circonstances. » Cela est vrai. La sagesse n’est pas dans une rigidité aveugle. La sagesse, c’est de mesurer ses forces avant de parler. C’est de dire « je vais essayer » ou « je ferai mon possible » quand le chemin est incertain, plutôt qu’un « je le ferai » trompeur. Et si vraiment, une force plus grande que toi, une maladie, un grand malheur, une obligation absolue t’empêche de tenir ta parole, alors la dignité commande d’aller voir la personne, de la regarder dans les yeux, et de lui expliquer la raison avec un cœur sincère. S’excuser, ce n’est pas une faiblesse, c’est le respect de l’autre et le respect de la parole que tu avais donnée. C’est même, en un sens, l’honorer encore, car tu reconnais sa valeur en venant toi-même réparer la brèche. Cette démarche humble renforce parfois le lien plus qu’une promesse tenue sans effort.

Donc, je vous le dis, faisons de notre parole un monument. Que dans nos familles, quand un parent promet, les enfants voient la certitude dans son regard. C’est ainsi que l’on transmet l’intégrité. Que dans nos affaires, un accord verbal soit aussi solide qu’un contrat. Cela attirera les bénédictions et les partenaires sérieux. Que dans notre communauté, la parole des uns et des autres soit le ciment qui nous lie, plus fort que tous les titres et toutes les richesses.

Un monde où l’on peut se fier à la parole de son voisin, de son dirigeant, de son associé, est une nation déjà riche et puissante, car elle est bâtie sur le roc de l’honneur. Les investissements les plus solides ne sont pas financiers, ils sont moraux. Imaginez les énergies gaspillées à surveiller, vérifier, douter, poursuivre en justice… Imaginez maintenant ces mêmes énergies libérées pour créer, bâtir, innover, parce qu’une simple parole suffit. C’est cela, le fondement d’une économie forte et d’une paix sociale durable.

Rêvons d’un monde, où chaque promesse faite est un chemin tracé vers l’avenir. Estimez la force que nous aurions si le monde savait qu’un proche engage toute son âme quand il dit « je m’en charge ». C’est cela, le rayonnement. C’est cela, la bonne gouvernance du quotidien. C’est par la fiabilité de nos paroles que nous construirons la paix dans les cœurs et la prospérité partagée. Un homme ou une femme qui tient parole en interne inspire confiance.

Alors, à partir d’aujourd’hui, prenons un engagement solennel avec nous-mêmes. Avant de parler, pesons nos mots comme on pèse l’or. Promettons moins, mais tenons toujours. Faisons de notre « oui » un serment et de notre silence une réflexion. Cultivons ce jardin de la parole vraie. En agissant ainsi, nous ne construirons pas seulement notre crédibilité personnelle, nous participerons à édifier le monde de nos rêves, pierre par pierre, parole par parole. Un monde où l’on peut se fier à l’autre, un monde de splendeur et de dignité. La parole est le premier outil du bâtisseur, et le plus puissant. Utilisons-la avec la sagesse et le courage de nos aïeux, pour que sous ce même fromager, dans cent ans, nos petits-enfants puissent méditer, à leur tour, sur la solidité du monde que nous leur aurons légué. Un monde bâti non sur le sable mouvant de l’opportunisme, mais sur le roc inébranlable de la parole donnée et tenue. UNE RELEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE

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