Suspension de l’Aide de l’État à la Presse : Clément Adéchian dévoile sans détour les failles

 Suspension de l’Aide de l’État à la Presse : Clément Adéchian dévoile sans détour les failles

Près d’une dizaine d’années se sont écoulées depuis que l’État a interrompu son soutien financier à la presse privée au Bénin. Le nouveau président du Conseil National du Patronat de la Presse et de l’Audiovisuel du Bénin, Clément Adéchian, a décidé de rompre le silence. Lors d’un entretien accordé à une chaîne de télévision locale, il a mis en lumière d’après Soleil Bénin Info, une gestion peu transparente, un modèle économique effondré et une manipulation politique qui ont conduit inévitablement à cette suspension.

Élu le 25 septembre à Cotonou, Clément Adéchian a fait de ce dossier sa priorité. Ce soutien, instauré en 1997 pour favoriser le pluralisme, n’est plus versé depuis l’arrivée au pouvoir du président Patrice Talon en 2016. Pour le nouveau patron des patrons de presse, cette interruption ne relève pas d’une décision soudaine. Elle découle plutôt de failles profondes. La première est d’ordre politique. L’aide, conçue comme un appui républicain au pluralisme, a peu à peu été perçue comme une subvention accordée à des adversaires. Sa suppression, combinée à celle des contrats publicitaires de l’État, visait selon lui à asphyxier les organes critiques. « L’aide était devenue une arme politique, et sa suppression a été présentée comme une nécessité pour assainir le secteur », explique-t-il.

La deuxième cause, toujours selon notre source, qu’il a défendue le 6 octobre dernier devant Fiacre Vidjinnagni à la Présidence, concerne la gouvernance. L’enveloppe de 350 millions de francs CFA était jugée dérisoire et surtout répartie de manière obscure et inéquitable par un petit cercle. Quelques titres captaient l’essentiel tandis que la majorité des radios, télés et médias en ligne en règle ne recevaient rien. Cette injustice interne a discrédité l’aide elle-même et a fourni à l’État un prétexte moral pour la suspendre. « La répartition était si injuste que l’État a eu beau jeu de dire que cette aide ne servait à rien », souligne Clément Adéchian.

Outre ces aspects, le président du CNPA-Bénin pointe l’effondrement du modèle économique. L’aide de 1997 était adaptée à une presse papier qui vendait. Aujourd’hui, avec la migration de la publicité vers Facebook et Google et la flambée du coût du papier, elle ne représentait plus qu’une perfusion pour des entreprises structurellement déficitaires et souvent informelles, sans déclaration CNSS ni comptabilité. L’État a alors jugé inutile de financer un secteur qui ne se professionnalisait pas. « On ne peut pas financer éternellement des entreprises qui ne respectent aucune règle et qui ne se professionnalisent pas », affirme-t-il.

Face à ce constat, Clément Adéchian ne réclame pas le simple retour de l’enveloppe. Il plaide pour une refonte totale. Selon des sources proches de la rencontre à la Marina, la Présidence a reconnu que le système doit être revu et qu’il n’est plus question qu’il soit géré par un groupuscule. Le nouveau patron des patrons de presse propose de passer d’une logique de subvention à une logique d’investissement. Cela implique des critères transparents, la prise en compte du numérique, des exonérations fiscales et un accès équitable à la commande publique. « La suspension n’était pas une fin, mais le symptôme d’un système à bout de souffle qu’il faut désormais reconstruire », conclut-il. Le chantier est immense, mais le nouveau bureau du CNPA-Bénin entend bien transformer cette crise en opportunité.

Arnaud ACAKPO (Coll)

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