A la rencontre de Rémi Hounnouvi : Bopa, le riz et la persévérance
Au cœur de l’arrondissement d’Agbodji, dans la commune de Bopa, la terre murmure. Elle raconte une histoire, celle d’un homme qui l’écoute, la respecte et en tire des trésors. Cet homme, c’est Rémi Hounnouvi. Cultivateur dans l’âme, amoureux des sillons et des récoltes, il incarne une forme de sagesse ancienne alliée à une audace résolument moderne. Son parcours est une invitation à croire en la terre, en son potentiel, et en la capacité de l’homme à créer de la richesse à partir de patience et de travail.
Avant le riz, il y a eu l’or rouge. Le palmier à huile. Rémi Hounnouvi ne s’est pas contenté de planter. Il a observé, étudié, chéri chaque arbre. Sous ses soins attentifs, les palmeraies ont donné bien au-delà des espérances communes. Un rendement exceptionnel, fruit d’un dialogue permanent entre le cultivateur et son environnement. Cette réussite n’était pourtant qu’une première étape, la préface d’un plus grand chapitre à écrire. « Le palmier à huile m’a appris la patience. Un arbre, c’est comme un enfant : ça se regarde grandir. », confie-t-il.
Fort de ce succès, Rémi Hounnouvi a tourné son regard vers une autre culture, essentielle, vitale : le riz. Se lancer dans cette aventure, c’était défier l’inconnu, accepter le risque. Mais pour lui, la terre ne ment pas. Elle répond à ceux qui la comprennent. Sur deux hectares, il a donc entrepris de transformer le paysage. Les semences de riz ont été confiées à la terre avec la même foi, la même méticulosité que celles du palmier. « Un jour, j’ai regardé ces hectares et je me suis dit : et si on essayait le riz ? Les gens ont cru que j’étais fou. », explique-t-il avec sourire tout en ajoutant : « Et la terre m’a répondu. Comme une évidence ».
Aujourd’hui, les champs de Rémi Hounnouvi racontent une histoire de succès. Une production importante, généreuse, s’étendant à perte de vue. Chaque épi de riz est un témoignage de son savoir-faire, de son amour pour ce métier. Cette récolte n’est pas qu’une simple accumulation de kilos ; c’est la preuve tangible que le travail de la terre, lorsqu’il est mené avec passion et intelligence, valorise pleinement l’homme qui s’y consacre. Son regard s’illumine en évoquant cette aventure. Très souriant, il dit : « La première récolte de riz, quand j’ai vu ces épis dorés se balancer sous le vent… C’était comme si la terre me remerciait de lui avoir fait confiance »,
Plus qu’un cultivateur, un pionnier
Ce qui frappe chez cet amoureux de la terre, c’est cette conviction tranquille : « Je ne fais pas de l’agriculture, j’entretiens une relation. Chaque matin, je marche dans les champs et j’écoute. La terre nous parle, à nous de comprendre son langage. » Pour ses proches, Rémi Hounnouvi est bien plus qu’un agriculteur. C’est un pionnier. Son exemple transcende les frontières de son champ. Il montre qu’avec de la persévérance, il est possible de diversifier les cultures, d’enrichir la terre plutôt que de l’appauvrir, et de construire une autonomie alimentaire et économique solide. Il redonne ses lettres de noblesse au métier de cultivateur, trop souvent sous-estimé. Son champ est une école à ciel ouvert. Une leçon d’humilité et d’ambition. Chaque visiteur, chaque jeune de Bopa et d’ailleurs, peut y puiser l’inspiration nécessaire pour croire en ses propres rêves, aussi simples ou audacieux soient-ils.

Un exemple
L’histoire de Rémi Hounnouvi ne s’arrête pas à cette récolte. Elle est un chapitre en cours d’écriture. Chaque saison apporte son lot de défis et de nouvelles conquêtes. En valorisant sa terre, il valorise sa communauté, ouvre des perspectives et sème des graines d’espoir bien au-delà de ses parcelles. Il incarne cette Afrique rurale, dynamique et entreprenante, qui avance sans bruit mais avec une détermination inébranlable. Sa production impressionnante n’est pour lui qu’une conséquence naturelle. « Quand vous aimez véritablement, vous recevez en retour. C’est vrai avec les hommes, c’est vrai avec la terre. », lâche-t-il. Devant ses rizières verdoyantes, il confie : « Mon plus grand bonheur ? Voir les jeunes du village s’arrêter, regarder, et se dire que la terre peut encore nous nourrir, nous faire vivre. » Il conclut : « Je ne suis qu’un passeur, conclut-il doucement. Je reçois cette terre de mes ancêtres, et je la prépare pour ceux qui viendront après. »
Damien TOLOMISSI