A l’école d’été d’Afrobarometer : 26 jeunes chercheurs africains outillés

 A l’école d’été d’Afrobarometer : 26 jeunes chercheurs africains outillés

Ici, à l’épicentre d’une révolution silencieuse, l’air est chargé non pas de l’humidité du golfe de Guinée, mais d’une électricité bien plus rare : celle des idées en fusion. Pendant trois semaines, du 3 au 21 novembre, vingt-six jeunes chercheurs africains francophones se sont rassemblés à Cotonou. Ils ne sont pas venus pour écouter, mais pour apprendre à forger les armes les plus puissantes de notre siècle : les données. Au sein de l’école d’été et de l’atelier thématique d’Afrobarometer, une alchimie s’est opérée, transformant le métal brut de l’information en or pur de l’analyse.

Ce n’était pas un simple séminaire. C’était un baptême. Un passage initiatique pour une nouvelle génération de penseurs déterminés à donner une voix, une vraie voix, aux peuples d’Afrique. La mission d’Afrobarometer, « Donner une voix au peuple », a cessé d’être un slogan sur un communiqué pour devenir le souffle qui animait chaque session, chaque débat, chaque ligne de code.

La méthodologie, nouveau langage de la liberté

A en croire Toavina Rafidimanana, responsable des données chez COEF-Ressources à Madagascar, cette formation fut une révélation technique. « Ici, j’ai appris à écouter la langue secrète des chiffres », confie-t-il, les yeux brillants d’une certitude nouvelle. « Ce n’est plus seulement de la statistique ; c’est une grammaire. Une grammaire qui nous permet de raconter l’histoire véritable de nos sociétés, de traduire les silences des enquêtés en preuves irréfutables. Désormais, je pourrai interpréter les résultats non pas comme un technicien, mais comme un traducteur du réel. C’est un pouvoir immense, une responsabilité qui définira la suite de ma carrière. »

Farmata Diarra, spécialiste en économie sociale, abonde dans ce sens. D’une voix calme mais ferme, elle décrit cette expérience comme une « libération des potentiels ». « On nous dit souvent que la jeunesse africaine est l’avenir du continent. Afrobarometer nous a donné les outils pour en être les architectes. Manipuler, analyser, traiter les données : ce ne sont pas des compétences abstraites. Ce sont les clés qui ouvrent les portes d’une prise de décision éclairée, loin des préjugés et des intuitions hasardeuses. C’est la fin de l’approximatif. Le début de l’ère de la preuve. »

Pour d’autres, l’atelier thématique a représenté une plongée plus profonde, une quête de sens au cœur de la complexité quantitative. Le Professeur Malien et Directeur Exécutif de GREAT, Massa Coulibaly, observe d’un regard avisé l’énergie qui se dégage du groupe. « Ce que vous voyez ici, ce n’est pas seulement un renforcement de capacités. C’est la construction d’un écosystème. L’atelier sur les modèles de régression et les méthodes avancées a créé un langage commun, une fraternité analytique. Les futures collaborations qui naîtront de ces échanges seront le véritable héritage de Cotonou. »

Moussa P. Blimpo, Professeur à l’Université de Toronto, incarne ce pont entre le savoir académique et son application concrète. Son approche a insufflé une dimension pratique aux concepts les plus ardus, rappelant à tous que la rigueur méthodologique est le seul chemin vers la crédibilité et l’impact.

Pour Eteke Ngoungou Yolande, économiste et doctorante camerounaise, chaque jour passé à Cotonou était un acte politique. « Participer à cet atelier est bien plus qu’une opportunité académique. C’est un moment décisif dans mon parcours de jeune chercheure en gouvernance, politiques publiques et développement », affirme-t-elle avec une conviction qui semble sculpter l’air autour d’elle. « Ces données ne doivent pas rester confinées dans les universités ou les instituts de recherche. De retour au pays, je m’engage à être une ambassadrice. Je jouerai un rôle actif pour faire connaître Afrobarometer dans les milieux scientifiques et organiser des sessions avec d’autres jeunes chercheurs. Nous devons intégrer ces données dans nos enseignements, car elles sont indispensables. Ce sont les balises qui permettront de mieux orienter les politiques publiques en Afrique, de les ancrer dans la réalité vécue par nos populations. »

Suhaylah Peeraullee, formatrice, a veillé à ce que cette flamme ne s’éteigne pas. Son expertise a guidé les mains des participants transformant en eux un enthousiasme en compétence maîtrisée.

Une nouvelle cartographie de l’espoir

L’engagement d’Aymen Missaowi, le participant tunisien, résonne avec cette vision. Il voit dans ce réseau une force panafricaine inédite, capable de dessiner une nouvelle cartographie des défis et des aspirations du continent, des rives de la Méditerranée jusqu’au cap de Bonne-Espérance. Alors que l’atelier se referme, la leçon est claire. Afrobarometer n’a pas seulement formé vingt-six jeunes chercheurs francophones venus de plusieurs pays africains. Il a ensemencé un continent de passeurs de savoir. « Nous repartons dans nos pays non pas avec un simple certificat, mais avec une mission : être les artisans d’un dialogue nouveau entre les citoyens et ceux qui les gouvernent. Nous sommes devenus les traducteurs de la voix du peuple, une voix désormais étayée par la rigueur de la science et la puissance des données. L’Afrique a souvent été l’objet d’études. A Cotonou, nous avons appris à en être les sujets. À forger nous-mêmes les récits, à produire nous-mêmes les preuves. Et ce n’est que le commencement. La révolution des données est en marche, et elle parle, résolument, le langage de l’avenir », clament en chœur chacun des participants.

Cette initiative incarne la mission fondamentale d’Afrobarometer : former une nouvelle génération de chercheurs à même de produire des données rigoureuses pour éclairer les politiques publiques. Né pour capter la voix des citoyens africains, le réseau s’appuie désormais sur un riche patrimoine de plus de 400 000 entretiens menés dans 45 pays. Ses analyses alimentent des références majeures, telles que l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine ou les indicateurs de la Banque mondiale, et l’ensemble de ces données reste libre d’accès sur sa plateforme.

F. AKODODJA

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