A Rabat : Un Noël en vert, jaune, rouge
L’air de la capitale marocaine est moins frais que d’habitude en cette nuit de Noël. Il est chargé de chants lointains, d’éclats de rire et d’un mélange d’accents venus de tout le continent. Alors que la Coupe d’Afrique des Nations bat son plein, la fête de la Nativité a pris, cette année, des allures de célébration panafricaine. Loin des marchés de Noël traditionnels et des fêtes privées, c’est dans certaines rues et dans les lieux de vie que la magie opère, portée par les milliers de supporters et de journalistes venus suivre le tournoi. Nous avons arpenté la ville pour recueillir leurs voix.
Non loin de leur QG, se trouve un restaurant où grésillent des brochettes, un groupe de supporters béninois, vêtus de tuniques vertes, jaunes et rouges, partage un bon met, de la pâte avec du moyo. « Au Bénin, Noël, c’est la famille, l’église, et de mets aussi ! Ici, c’est la famille des Guépards ! », s’exclame Jonas. « On a demandé au chef d’ajouter du piment, de la sauce claire. Ce n’est pas le gbo gbo de la maison, mais on est ensemble! C’est le plus beau cadeau. »
À quelques tables, Christelle Tolo, journaliste sportive, prend des notes tout en sirotant un thé à la menthe. « Professionnellement, c’est extraordinaire. Mais humainement, c’est unique. Voir Rabat se parer spontanément de nos couleurs, entendre des ‘Joyeux Noël’ en fon ou en mina… Le Maroc, pays musulman, fait un effort touchant. Mon hôtel propose un « Atassi » (Riz mélangé au haricot) au poisson pour le réveillon, une fusion incroyable. Ce Noël est un reportage en soi. »
Cathédrale Saint-Pierre de Rabat
La messe de minuit est comble. Dans la foule bigarrée, les maillots de football se mêlent aux habits du dimanche. Parmi les fidèles, la famille Mbala de Kinshasa est émue. « Nous avions peur de manquer la messe, vital pour nous », confie Jacques, le père, un drapeau RDC noué autour du cou. « Mais ici, on prie avec des Ougandais, des Tanzaniens, des Marocains aussi venus par curiosité ou soutien. L’évêque a même dit un mot en lingala pour souhaiter la bienvenue aux supporters congolais. On se sent accueilli, compris. Dieu et le football rassemblent. »
Dans un coin, Brno Souali, reporter béninois observe la scène, son carnet à la main. « Je suis impressionné. L’église est un microcosme du continent. On échange des vœux, des pronostics pour la suite de la compétition. Le spirituel et le sportif ne s’opposent pas, ils se nourrissent d’une même ferveur. »
Assis sur un pouf, Mohamed, journaliste malien, enregistre les ambiances. « Ce qui frappe, c’est la résilience joyeuse. Certains ont économisé pendant des mois pour venir, loin de chez eux pour les fêtes. Mais il n’y a pas de mélancolie. Il y a la fierté de représenter son pays, la passion du jeu, et cette incroyable solidarité qui naît dans les tribunes. Noël devient un prétexte pour mieux se connaître, pour échanger nos traditions. Les Marocains sont nos hôtes, et ils jouent le jeu à fond. »
« C’était leur fête, mais c’était aussi la nôtre », confie Kahil, journaliste marocain : « Leur joie est contagieuse. Voir Rabat vivre au rythme de l’Afrique, c’est le vrai succès de cette CAN. Noël était une parenthèse enchantée dans la compétition. »
Pour ces Africains dispersés par la géographie mais unis par un ballon, ce Noël 2025 restera dans les mémoires. Il n’était pas dans la neige ou les sapins, mais dans la chaleur des rencontres, les couleurs des maillots, et la foi partagée en un avenir radieux pour le continent, sur et en dehors des terrains. La CAN aura offert, cette année, un cadeau inattendu, celui d’une fraternité retrouvée, le temps d’une nuit sainte. Comme le résume si bien Léopold Houankoun, président du Conseil National des Supporters du Bénin : « Ici, Jésus est peut-être né, mais aujourd’hui, c’est l’Afrique qui est en fête. Et nous, on est tous ses témoins. »
Damien TOLOMISSI (Rabat, Décembre 2025)