Après l’assouplissement des logements sociaux : La bataille des prix encadrés des loyers et parcelles
La décision du gouvernement béninois d’assouplir les conditions d’accès aux logements sociaux a été accueillie avec une satisfaction visible dans les quartiers populaires de Cotonou, de Calavi et d’ailleurs. Pour de nombreux ménages qui rêvaient d’un toit sans pouvoir franchir les barrières financières et administratives, cette mesure ressemble à une porte qui s’ouvre enfin.
Adoptée en Conseil des ministres, elle révise les modalités de commercialisation et d’acquisition des logements construits dans le cadre de la politique nationale de promotion de l’habitat social. L’objectif affiché est simple et noble à la fois, permettre à un plus grand nombre de familles d’accéder à un logement décent.
Sur le terrain, l’espoir se lit dans les regards. Adjovi, vendeuse de tissus au marché Dantokpa, confie que pendant longtemps elle regardait les programmes de logements sociaux comme un rêve réservé aux plus fortunés. Aujourd’hui, elle recommence à y croire. Pour elle, ce que le gouvernement vient de faire prouve qu’il écoute les réalités du peuple. Son voisin, enseignant dans une école publique, abonde dans le même sens. Il estime que la « mesure va soulager des milliers de fonctionnaires et de travailleurs du secteur informel qui peinaient à réunir les conditions exigées auparavant. »
Mais très vite, la conversation change de ton. Car dans les ruelles comme dans les bureaux, une autre préoccupation monte en puissance, celle des loyers et du prix des parcelles. Les citoyens saluent l’assouplissement mais demandent maintenant au gouvernement d’aller plus loin. Ils veulent que l’État fixe clairement les taux des chambres à louer dans chaque ville du pays. Aujourd’hui, chacun constate que le montant du loyer dépend trop souvent de l’humeur du propriétaire ou de la tête du locataire. Un studio au centre de Cotonou peut coûter 20 ou 25.000 FCFA tandis qu’un appartement de trois pièces dans le même secteur atteint facilement des sommes qui dépassent le salaire mensuel de nombreux travailleurs.
Cette réalité, les habitants la vivent chaque jour. À Calavi, comme dans les quartiers périphériques de la capitale économique, les prix varient sans logique apparente. Un trois pièces en banlieue oscille entre soixante mille et cent mille francs, sans que le locataire puisse discuter véritablement. Mariam, coiffeuse dans un salon de quartier, raconte qu’elle a dû déménager trois fois en cinq ans parce que son bailleur augmentait le loyer sans préavis. « Je ne demande pas la charité mais la justice. Je souhaite que le gouvernement publie des barèmes clairs, connus de tous, adaptés à chaque zone et à chaque type de logement. », a-t-elle suggéré.
Cette demande n’est pas isolée. Elle rejoint une réflexion déjà engagée dans plusieurs pays de la sous-région. Au Niger, un décret adopté en avril 2026 fixe désormais des plafonds de loyer sur toute l’étendue du territoire, avec des montants précis selon les zones et le standing des habitations. À Niamey par exemple, un appartement de deux pièces en zone résidentielle est encadré entre trente mille et quarante mille francs, tandis qu’en zone traditionnelle les prix descendent entre quinze mille et trente-cinq mille francs. Ces exemples montrent qu’une régulation est possible lorsqu’elle est bien pensée.
Au Bénin, la loi de 2022 sur le bail à usage d’habitation a déjà posé un premier jalon en limitant l’avance à trois mois de loyer et en plafonnant le loyer annuel à 8% de la valeur réelle du bien. Mais pour beaucoup de citoyens, ces dispositions restent insuffisantes face à la flambée des prix. Ils réclament des grilles tarifaires impératives, publiées et régulièrement mises à jour, qui tiennent compte de la réalité de chaque ville. Ils souhaitent aussi que les communes soient impliquées dans l’enregistrement des baux et la création de fichiers numériques, afin que chacun puisse connaître ses droits et ses obligations.
Le même cri concerne les parcelles
Dans plusieurs localités, le prix du mètre carré galope chaque jour, porté par une spéculation qui échappe à tout contrôle. Des familles entières voient s’éloigner le rêve de posséder un terrain, même en périphérie. Des jeunes diplômés qui souhaitent construire leur première maison se heurtent à des prix qui doublent en quelques mois. Pour ces citoyens, l’assouplissement des conditions d’accès aux logements sociaux est une bonne chose mais il ne suffira pas si le foncier continue d’être un marché livré à lui-même.
Le gouvernement, de son côté, poursuit son programme de construction et mise sur un budget ambitieux pour financer ses priorités. Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit une enveloppe sociale importante, signe que le logement et les conditions de vie figurent parmi les préoccupations affichées. Mais les citoyens attendent des actes concrets et visibles. Ils veulent des prix justes, des règles claires et une application équitable pour tous.
L’histoire retiendra peut-être que l’assouplissement des logements sociaux a été le premier pas d’une réforme plus vaste. Ce que les Béninois demandent aujourd’hui, c’est que ce pas soit suivi d’autres, plus audacieux, pour que chaque famille puisse se loger dignement sans être écrasée par le poids des loyers et du foncier. Le logement n’est pas une marchandise comme les autres. C’est un droit, une base, une condition de dignité. Et c’est cette conviction qui pousse aujourd’hui les citoyens à dire merci au gouvernement, tout en lui demandant de continuer le combat jusqu’au bout.
Damien TOLOMISSI



