Calme à la CENA pour le dépôt des candidatures à la présidentielle 2026 : Le théâtre de l’attente

 Calme à la CENA pour le dépôt des candidatures à la présidentielle 2026 : Le théâtre de l’attente

Le compte à rebours est officiellement lancé, mais la piste de départ est étrangement déserte. Depuis ce vendredi 10 octobre 2025, les portes de la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA) sont grandes ouvertes, prêtes à accueillir les candidats à la plus haute fonction de l’État. L’équipe est sur le pont, les formulaires sont empilés, les stylos sont alignés. Il ne manque qu’une chose : les prétendants au palais.

Un démarrage en mode silencieux. On s’attendait à une ruée vers l’or démocratique. À la place, c’est le calme plat. Un silence presque assourdissant qui contraste avec le branle-bas de combat médiatique et politique des dernières semaines. Le week-end du 10 au 12 octobre s’est achevé sans que personne ne se soit présenté pour déposer sa précieuse déclaration. La CENA, ce temple de la démocratie en devenir, ressemblait plus à une salle d’attente qu’à un ring politique.

Le théâtre de l’attente

Les bureaux sont impeccablement rangés. Les agents de la CENA, sérieux et concentrés, scrutent la porte d’entrée. A côté d’eux, une meute de journalistes, l’œil rivé sur leur smartphone et l’oreille collée aux rumeurs, guette le moindre mouvement. Chaque voiture qui ralentit devant le siège fait naître un frémissement. Chaque pas dans la cour susurre une promesse. Mais non. De 8 heures, heure officielle de l’ouverture, à 17h30, celle de la fermeture, seuls le bruit des ventilateurs et le cliquetis des claviers ont rythmé la journée. C’est un véritable suspens qui se joue. Un jeu de poker menteur à l’échelle nationale. Chaque camp observe l’autre, aux aguets, calculant le moment parfait pour faire son entrée. Pour l’instant, la stratégie semble être : l’immobilisme calculé.

La stratégie du dernier moment

Cette absence de candidats en chair et en os ne signifie pas pour autant que l’arène est calme. Loin de là. Dans l’ombre, les équipes s’activent. Les meetings stratégiques s’enchaînent, les conseillers en communication peaufinent les discours, les juristes relisent pour la centième fois les textes de loi. C’est une période frénétique de finalisation, où chaque virgule du programme est pesée, où chaque alliance est négociée dans les moindres détails.

Certains analystes y voient une tactique bien rodée. Attendre les derniers jours, voire les dernières heures, pour créer un effet de surprise, une vague médiatique qui submergerait l’actualité et marquerait les esprits. C’est le « blitz » électoral : une entrée tardive mais fracassante, conçue pour dominer le cycle d’information et laisser peu de temps à la réaction des adversaires.

D’autres y perçoivent les signes d’une bataille juridique souterraine. Les dossiers de candidature sont des pièces complexes, des puzzles administratifs où un seul document manquant peut tout faire échouer. Cette prudence pourrait refléter un ultime travail de fourmi pour s’assurer que chaque candidature est inattaquable, blindée contre tout recours futur.

Le compte à rebours est lancé

Quelle que soit la raison, le constat est là : la machine électorale est huilée et en marche, mais elle tourne… à vide pour le moment. La CENA, dans son rôle de gardienne des règles, reste imperturbable. Le processus se poursuivra jusqu’au mardi 14 octobre, offrant encore un peu de répit aux potentiels candidats. Chaque heure qui passe augmente la pression. Le silence actuel n’est que le calme avant la tempête. Il crée une attente, une tension narrative que les médias et l’opinion publique alimentent à plein régime. « Qui se lancera ? », « Quand ? », « Seront-ils plusieurs à se ruer en même temps ? ».

Cette première ligne droite de la course présidentielle 2026, bien que déserte, est donc riche d’enseignements. Elle révèle une bataille qui se joue désormais sur le terrain de la perception, du timing et de la stratégie. Les candidats ne sont pas absents ; ils sont en coulisses, ajustant leur costume et attendant l’heure adéquate selon leur stratégie pour faire une entrée remarquée. Le peuple, lui, observe, attendant de voir quels visages viendront finalement peupler le décor de cette élection cruciale pour l’avenir du Bénin. La démocratie, parfois, avance non pas au son des tambours, mais dans le silence de l’attente.

Pierre MATCHOUDO

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