CAN 2025 : La colère des télévisions africaines contre la CAF

 CAN 2025 : La colère des télévisions africaines contre la CAF

Un vent de révolte souffle sur le paysage audiovisuel africain. Réunies en un front commun à Lomé, les télévisions nationales publiques et privées du continent ont vivement dénoncé la nouvelle politique de la Confédération Africaine de Football (CAF) concernant les droits de retransmission de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025. Dans une déclaration solennelle, elles qualifient cette décision d’« inacceptable » et de contraire à l’esprit même du football africain.

Au cœur du conflit : une répartition jugée profondément inéquitable. Alors que la compétition qui se déroulera au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026 compte 52 matchs, les diffuseurs nationaux africains ne se voient proposer que l’accès à 32 rencontres. Cette offre restrictive est perçue comme un affront d’autant plus grand que, selon le collectif, les télévisions publiques des pays anglophones et lusophones, ainsi qu’un opérateur de télévision payante non africain, bénéficieraient, eux, de l’intégralité des matchs.

Les directeurs de chaînes prestigieuses, telles que la RTS (Sénégal), la RTI (Côte d’Ivoire), la CRTV (Cameroun) ou l’ORTM (Mali), estiment qu’il leur est impossible de justifier une telle « injustice flagrante » auprès de leurs autorités nationales et de leurs millions de téléspectateurs. Ils dénoncent une stratégie qui semble conçue pour « contenter l’opérateur payant dominant » sur le territoire francophone, une référence à peine voilée au groupe Canal+, au détriment du service public.

La CAN, bien plus qu’un simple tournoi sportif

Les chaînes signataires rappellent avec force que la CAN dépasse le simple cadre du sport. Il s’agit d’un événement continental, un moment de « communion, de fierté et d’unité africaine ». C’est une célébration de l’identité africaine et un puissant levier de cohésion sociale qui rassemble les peuples autour de leurs équipes nationales. Surtout, les télévisions fondent leur légitimité sur un argument financier et citoyen imparable : le financement de la CAN repose majoritairement sur les États africains, et donc sur le contribuable africain. Ce sont les fonds publics qui supportent les coûts des sélections nationales, construisent et réhabilitent les infrastructures, fournissent les équipements logistiques et sécuritaires, et paient les droits de retransmission. « Dans ce contexte, il est injustifiable et économiquement inéquitable d’imposer un modèle de commercialisation calqué sur les standards de la FIFA et de l’UEFA, sans en adopter le modèle de financement », lit-on dans la déclaration.

Pour les diffuseurs nationaux, cette politique équivaut à une spoliation des peuples africains. Les téléspectateurs, après avoir financé la compétition par leurs impôts, se retrouveraient contraints de souscrire des abonnements à des chaînes privées ou étrangères pour suivre l’intégralité d’un événement qui leur appartient culturellement.

Ils alertent sur les conséquences sociales de cette décision : « C’est une atteinte à l’égalité d’accès à un bien commun, une marginalisation des couches populaires défavorisées et une négation du rôle des médias de service public. Nous appelons solennellement la CAF à revoir ce modèle inéquitable. » Cette situation risque de priver des millions d’Africains du droit fondamental d’accéder à leur propre patrimoine sportif et culturel.

Face à cette situation, le collectif des télévisions nationales lance un appel solennel à la CAF et à son président, Patrice Motsepe. Il exige la révision de ce modèle inéquitable et le rétablissement du principe d’accès universel à l’intégralité des 52 matchs de la CAN pour les télévisions nationales, qu’elles soient publiques ou privées, assurant un service gratuit aux populations. Les chaines réaffirment leur engagement collectif à garantir une couverture « libre, populaire, pédagogique et patriotique » de la compétition. Elles en appellent au sens du leadership, de l’équité et de l’inclusion sociale du président Motsepe pour que la CAN 2025 demeure un événement « réellement africain, populaire et accessible entièrement à tous ». La balle est désormais dans le camp de la CAF.

Damien TOLOMISSI

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