Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Le Vodoun n’est pas une simple croyance »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Le Vodoun n’est pas une simple croyance »

Dans une prose envoûtante et profonde, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, voix ancestrale et sage, pose un diagnostic vital pour l’Afrique. Il affirme que son développement authentique et durable ne pourra naître que d’un retour conscient à sa source spirituelle première : le sacré, incarné par la sagesse du Vodoun. Loin des clichés, il dévoile une philosophie de la relation, du respect et de l’harmonie, seule capable de guérir les fractures du monde moderne et d’offrir un avenir à la jeunesse du continent. Un plaidoyer puissant pour une renaissance enracinée.

Depuis que le temps dessine ses cercles, j’observe. J’écoute le murmure des ancêtres dans le vent et le grondement sourd du monde moderne. Aujourd’hui, une parole forte monte en moi, une parole pour l’Afrique qui cherche sa voie. Pour que l’Afrique puisse bien bâtir son développement, il urge qu’elle fasse recours à sa véritable source, le sacré. Beaucoup entendent ce mot et pensent religion ou rites anciens. Ils se trompent. Le sacré dont je parle est l’os de la vie, la colonne vertébrale de l’être. Le Vodoun, dans sa sagesse première, est la voie qui nous enseigne cela.

Le Vodoun n’est pas une simple croyance. C’est une science de la relation. Une compréhension profonde que l’univers est un tissu vivant où tout est lié. Le visible et l’invisible, les vivants et les défunts, la forêt et la rivière, l’individu et la communauté. En séparant le développement de cette dimension sacrée, l’homme moderne a construit une maison sans fondations. Il a cru que le progrès était une ligne droite tracée vers l’avant, hors de la terre, hors du ciel. Regardez le résultat. Une course qui épuise les ressources, isole les cœurs, laisse l’âme en friche. L’Afrique a trop souvent emprunté ces chemins sans interroger sa propre boussole intérieure.

Le sacré, dans la vision Vodoun, est la reconnaissance de cette interconnectivité vitale. Prenez un arbre. Pour le monde d’aujourd’hui, c’est du bois, de l’oxygène, une ressource. Pour nous, c’est une présence. Il abrite des forces, des esprits, il raconte l’histoire du sol. Le couper sans conscience, sans rite, sans échange, c’est se couper soi-même. C’est rompre un lien. Comment bâtir une société durable quand on ne voit dans la nature qu’un stock à exploiter ? Le développement devient alors une maladie, un cancer qui consomme son hôte. Le sacré impose le respect, l’équilibre, le don et le contre don. Il pose une limite éthique naturelle à la soif de possession.

Cette logique s’étend à la communauté humaine. Le Vodoun place l’individu dans un réseau de responsabilités. Devant les ancêtres, qui sont la mémoire vivante et les gardiens de la loi morale. Devant les divinités, les Vodoun, qui incarnent les forces naturelles et les principes de l’existence. Sagbata, la terre, nous enseigne la justice et le support. Héviesso, le tonnerre, la puissance et la vérité. Dan, le serpent cosmique, le cycle et la régénération. Chaque être humain est un maillon, chargé d’honorer ces alliances. Le développement, dès lors, ne peut être un enrichissement personnel qui appauvrit le groupe. Il doit nourrir le tissu communautaire, honorer les anciens, préparer l’avenir pour les enfants à naître. Il est cyclique, comme la vie, et non linéaire.

L’urgence aujourd’hui est de réapprendre ce langage. L’Afrique est assiégée par des modèles extérieurs qui fragmentent son âme. On lui dit d’oublier ses « vieilleries » pour entrer dans la modernité. Mais quelle modernité ? Celle qui crée de la richesse pour quelques-uns et de la détresse pour tous ? La véritable force de l’Afrique est dans cette source sacrée qu’elle a négligée. Imaginez un développement qui part de cette philosophie. Une agriculture qui dialogue avec l’esprit de la terre. Une gestion des villes qui honore les génies des lieux. Une éducation qui initie à la connaissance des plantes, des énergies, du lien social. Une économie où la richesse se mesure aussi à la solidité des rites, à la paix des ancêtres, à l’équilibre écologique.

Cela ne signifie pas rejeter toute innovation technique. Mais cela exige de la filtrer par le tamis de notre sagesse. La technologie doit servir à faciliter la vie, non à remplacer l’âme. Un téléphone portable est utile, mais il ne doit pas couper le jeune de la parole du grand père au pied de l’arbre à palabres. L’hôpital est nécessaire, mais il ne doit pas mépriser la connaissance des herbes et la puissance de la parole de guérison. Le développement sacré est inclusif, il intègre sans se renier.

Je le vois, les jeunes ont soif. Une soif que les objets ne peuvent étancher. Ils cherchent des racines, une identité profonde, un sens à leur marche. Le Vodoun, dépoussiéré des peurs et des malentendus, offre ce cadre. Il offre une spiritualité d’engagement dans le monde, une éthique exigeante, une appartenance à un grand tout. Il rappelle que l’homme n’est pas le maître de l’univers, mais l’intendant. Son rôle est de maintenir l’harmonie, le « Juste Milieu ».

L’Afrique devant son destin doit faire un choix. Continuer à copier des modèles qui la violentent, ou puiser dans sa propre source pour inventer son chemin. Le Vodoun est cette source. Une source de sens, de limite, de relation et de respect. Bâtir son développement sur ce fondement, c’est construire une maison qui résiste aux tempêtes, car ses poutres sont liées par l’invisible, et son toit protégé par le regard des ancêtres. C’est le seul développement qui ne trahira pas l’africain, car il sera enfin fidèle à ce qu’il est au plus profond : un être sacré, dans un monde sacré, chargé d’une mission sacrée. La mission de perpétuer la vie, dans toute sa plénitude

DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE

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