Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Vodoun est l’eau qui apaise »
Dans un message d’une profonde sagesse, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, gardien d’une tradition ancestrale, redéfinit avec clarté les fondements du Vodoun. Loin des clichés tenaces, il en présente une vision essentielle, centrée sur la paix et l’harmonie collective. Il en appelle à une révolution du cœur, fondée sur le rejet de la vengeance et l’affirmation de principes universels. « Vodoun est l’eau qui apaise », affirme-t-il, offrant ainsi une puissante métaphore pour un humanisme spirituel plus que jamais nécessaire. Lisez plutôt !!!
Je viens vous parler aujourd’hui non pas avec des mots compliqués, mais avec la simplicité du cœur et la clarté d’une source. Je viens vous partager la vision qui m’a été transmise, la sagesse qui coule dans nos veines depuis que le monde est monde. Cette sagesse a un nom : le Vodoun. Et son premier message, son fondement absolu, est un message de paix. Un message qui interdit fermement, clairement, la loi du talion, cette vieille idée d’œil pour œil, dent pour dent.
Beaucoup, en dehors de nos terres, imaginent des choses étranges. Ils voient des ombres où il n’y a que de la lumière. Permettez-moi de vous dire, avec toute la sérénité que me donne mon âge et mon expérience : le Vodoun, dans son essence la plus pure, est l’antithèse même de la vengeance. Il en est l’opposé radical. La vengeance est un feu qui brûle d’abord celui qui l’allume. Elle dessèche le cœur, obstrue la vue, et vous enferme dans un cycle sans fin où la douleur appelle la douleur. Le Vodoun, lui, est l’eau qui apaise, la terre qui régénère, le souffle qui libère.

La sagesse des ancêtres
Pourquoi rejeter si catégoriquement cette loi du talion ? Parce que nos ancêtres, des gens d’une profonde intelligence et d’une observation fine du monde, ont compris une vérité fondamentale : tout est lié. L’univers entier est un tissu vivant où chaque être, chaque force, chaque élément est un fil connecté à tous les autres. Si vous tirez sur un fil avec colère pour le casser, c’est toute la toile qui se déchire, et votre propre place dans le motif se trouve compromise.
Faire du mal en retour d’un mal, c’est ajouter de la négligence à la négligence. C’est augmenter le désordre dans le monde. C’est comme vouloir éteindre un feu en y jetant de l’huile. La véritable force, la véritable intelligence, consiste à briser la chaîne. Le Vodoun enseigne que face à une agression, à une injustice, le but n’est pas de reproduire le geste, mais de restaurer l’équilibre qui a été rompu. Et l’équilibre ne se restaure jamais par une action identique. Il se restaure par une action juste, mesurée, réparatrice, et souvent par le pardon, qui est la plus haute forme de courage.
L’équilibre du monde
Alors, si ce n’est pas la vengeance, quelle est l’essence du Vodoun ? Je vous le dis en trois piliers, aussi solides que les racines du baobab : la paix, la convivialité, la solidarité. Et de ces trois piliers jaillit naturellement le bonheur.
La paix n’est pas seulement l’absence de guerre. C’est un état actif de l’être et de la communauté. C’est la tranquillité intérieure qui permet d’écouter les autres, d’écouter la nature, d’écouter les messages des ancêtres. Un cœur en paix est un cœur réceptif, ouvert, capable de discerner le vrai du faux, l’utile du nuisible. Dans nos pratiques, les rituels, les chants, les danses, tout concourt à établir et maintenir cette paix, d’abord en soi, puis autour de soi.

La convivialité, c’est l’art de vivre ensemble. C’est la reconnaissance que ma propre existence est embellie, enrichie, renforcée par la présence des autres. Les cérémonies Vodoun sont rarement des affaires solitaires. Ce sont des rassemblements, des partages. On y mange ensemble, on prie ensemble, on célèbre ensemble les cycles de la vie et de la nature. Cette convivialité tisse des liens indestructibles. Elle apprend à se réjouir du bonheur du voisin comme du sien propre, car son bonheur devient une partie de votre environnement, et donc une partie de votre propre bien être.
De cette paix et de cette convivialité découle naturellement la solidarité. Si nous sommes tous des fils de la même toile, alors la détresse de l’un est la détresse de tous. Si ton frère a faim, ta propre nourriture a moins de goût. Si ta sœur est triste, ta joie est incomplète. La solidarité dans le Vodoun n’est pas une option charitable, c’est une nécessité vitale, une loi de survie et d’épanouissement collectif. C’est le réflexe de tendre la main, de porter la charge ensemble, de se relever mutuellement après une épreuve. C’est comprendre que la richesse véritable d’une communauté se mesure à la façon dont elle traite ses membres les plus vulnérables.
Et enfin, il y a le bonheur. Il n’est pas un but à poursuivre égoïstement. Il est la fleur qui pousse sur l’arbre bien planté de la paix, arrosé par la convivialité et protégé par la solidarité. C’est un bonheur profond, résilient, qui ne dépend pas des circonstances extérieures éphémères, mais de la qualité des liens que nous entretenons avec nous-mêmes, avec les autres, avec le monde visible et invisible. C’est la joie simple d’être en harmonie, d’être à sa place, de contribuer à un tout qui a du sens.

Renaissance par la Paix
Le monde d’aujourd’hui semble parfois avoir oublié cette sagesse. Il semble englué dans des cycles de vengeance, de violence verbale ou physique, de méfiance et d’individualisme forcené. Il applique la loi du talion dans les esprits, sur les réseaux, dans les conflits. Et que voit-on ? Plus de souffrance, plus de fractures, plus de solitude. Le message du Vodoun est plus actuel que jamais. Il nous invite à une révolution bien plus radicale et puissante que toutes les révoltes armées celle de la révolution intérieure du pardon et de la réconciliation. Il nous invite à remplacer le réflexe de riposte par le réflexe de compréhension, à remplacer la colère par la recherche de solutions, à remplacer l’isolement par la construction du commun. Je vous partage cette vision non pour convertir, mais pour offrir. Offrir une perspective ancienne et pourtant neuve. Une sagesse qui dit que la vraie force est dans la maîtrise de soi, que la vraie justice est dans la restauration, et que le vrai chemin du bonheur pour l’humanité passe par la culture systématique de la paix, de la convivialité et de la solidarité. C’est l’héritage que je porte. C’est la sagesse que je sème. Puissiez-vous y trouver, comme moi, une source inépuisable d’espérance et de force pour vivre, et pour vivre bien, ensemble.
DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE