Edito : Le dialogue ou l’art de vivre ensemble

 Edito : Le dialogue ou l’art de vivre ensemble

Dans un monde où les certitudes s’affrontent et où les positions se durcissent à vitesse grand V, une vertu simple mais exigeante semble plus que jamais mise à mal, le dialogue. Le monde évolue dans un paysage saturé de paroles, il est vrai. Mais la parole n’est pas le dialogue. La première peut n’être qu’un monologue, une affirmation unilatérale, un slogan. Le second, lui, est un acte de courage et de générosité. C’est l’art délicat de tendre un pont entre deux rives, de risquer sa propre certitude au contact de celle de l’autre, non pour capituler, mais pour comprendre. À l’heure des clivages amplifiés par les algorithmes et des débats réduits à des combats d’ego, réaffirmer l’importance fondamentale du dialogue est une nécessité vitale, pour nos sociétés comme pour nos vies intérieures.

Le dialogue est d’abord le seul antidote réel à la violence. Qu’il s’agisse d’un différend familial, d’un conflit social ou d’un antagonisme géopolitique, l’escalade naît presque toujours de l’impossibilité de se parler, ou du refus de le faire. Parler, c’est déjà reconnaître à son vis-à-vis une humanité et une légitimité, si minimes soient-elles. C’est sortir du règne de la force brute pour entrer dans celui de la raison et de l’émotion partagées. Le dialogue n’assure pas le consensus et heureusement, car la pensée unique serait une prison. Mais il désamorce la haine et permet de dégager, non pas un vainqueur et un vaincu, mais un chemin praticable pour tous.

Au-delà de la gestion des conflits, le dialogue est l’outil primordial de la construction. Il est le ciment du lien social et le moteur de toute avancée collective. Aucun projet de société, aucune équipe, aucun couple ne peut durablement prospérer sur le silence ou l’injonction. C’est dans l’échange des idées, des craintes et des aspirations que se forgent la confiance et l’intelligence commune. Le dialogue nous enrichit en nous confrontant à ce que nous ne sommes pas, en élargissant le champ de notre perspective. Il nous empêche de nous enfermer dans le confort étriqué de nos propres opinions et nous oblige à les éprouver, à les affiner, parfois à les abandonner.

Cette pratique est pourtant fragile. Elle exige des conditions qui vont à contre-courant des pulsions de notre époque : l’écoute authentique, la patience, la suspension temporaire du jugement et une forme d’humilité. Elle suppose de considérer que l’on peut avoir quelque chose à apprendre de celui qui pense différemment. Dans la sphère publique, où les postures prennent souvent le pas sur les positions, cultiver le vrai dialogue est un acte presque subversif. Il demande de résister à la caricature, à l’outrance, à la simplification qui séduisent et qui rassemblent, mais qui divisent irrémédiablement.

À l’échelle individuelle, renouer avec le dialogue, c’est d’abord le pratiquer au quotidien. Écouter vraiment un prochain, un collègue, un voisin. Chercher le fond de sa pensée plutôt que préparer sa réplique. Accepter que la conversation soit un lent tissage et non un duel rapide. C’est un exercice exigeant, mais chaque conversation réussie est une petite victoire contre l’indifférence et l’incompréhension.

Le dialogue est bien plus qu’une technique de communication. C’est une éthique relationnelle, un choix politique et un humanisme pratique. C’est la reconnaissance que notre humanité se nourrit de la rencontre et que notre avenir commun dépendra toujours de notre capacité à maintenir, contre vents et marées, ce fragile et précieux fil de la parole partagée. Dans le bruit assourdissant du monde, osons faire de la qualité de notre écoute et de notre parole une priorité. C’est le premier pas, et le plus essentiel, pour reconstruire du commun.

Ouorou-Asso BABERI

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