Jude Houétognankou et son rêve pour les Dragons : « Une académie digne de son nom »

 Jude Houétognankou et son rêve pour les Dragons : « Une académie digne de son nom »

Quatre ans après sa prise de fonction, Jude Houétognankou, président des Dragons de l’Ouémé, dresse le bilan d’une reconstruction patiente. Dans cet entretien, il revient sur la stabilisation d’un club qui était en crise, son pari audacieux sur la jeunesse locale et l’accompagnement psychologique des joueurs. Il dévoile aussi son ambition ultime : doter le club le plus titré du Bénin d’une académie digne de son histoire, pour bâtir l’avenir sur des bases durables. Lisez plutôt !!!

*Vous entamez votre quatrième saison à la tête des Dragons de l’Ouémé. Quel bilan global peut-on dresser de cette période ?*

Quand j’ai pris les rênes, l’équipe traversait une crise profonde qui durait depuis près d’une décennie. Le premier constat était celui d’une division interne, d’un manque de cohésion. Mon premier travail a donc été de redonner confiance et de rassembler. Rassembler les supporters, l’encadrement, les joueurs. C’était la priorité absolue. Nous avons pris les décisions ensemble, concertés, en avançant étape par étape. Les gens ont fini par comprendre la méthodologie et y adhérer. Aujourd’hui, le mot qui caractérise le club, c’est la stabilité. On sent un véritable engagement, une passion retrouvée au sein de notre base. Le chemin n’a pas été facile, nous avons connu des déchirements, des départs. Mais avec du calme, de la pédagogie et une fermeté nécessaire, nous avons surmonté ces écueils.

Cette crise se traduisait-elle aussi par une confusion des rôles au sein du club ?

Absolument. C’était un club où les couloirs n’étaient plus bien tracés à un moment donné. Certains supporters voulaient être des dirigeants, certains dirigeants voulaient faire le travail des entraîneurs… Il a fallu redéfinir les responsabilités. Nous avons clarifié les rôles : « Voilà ce que toi, tu fais. Voilà ce qu’on attend de toi. » C’était crucial. Grâce à une approche progressive et participative, ils ont fini par comprendre et accepter ce cadre. En parallèle, nous avons mené un audit complet : l’état des lieux des joueurs, leurs motivations, le type de profil que nous voulions pour incarner notre ambition. C’est sur ces bases saines que nous nous sommes lancés.

Concrètement, comment cette nouvelle philosophie s’est-elle traduite sur le terrain, au fil des saisons ?

La première saison, j’arrivais à peine, c’était une phase de découverte et de stabilisation en urgence. La deuxième saison, nous avons été premiers à la phase aller du championnat ! Cela a insufflé une certaine confiance, prouvé que nous étions sur la bonne voie. La troisième saison a confirmé cette dynamique positive en phase aller. Mais j’étais très attentif à un point.  Notre contre-performance systématique en phase retour. Cette observation a été déterminante. Elle m’a poussé à prendre des décisions courageuses et audacieuses pour cette saison.

Quelles ont été ces décisions audacieuses ?

La plus importante a été de faire confiance à nos jeunes, à nos propres talents. J’ai considérablement rajeuni l’effectif. Dès ma deuxième saison, j’ai mis en place un système de « jeunes stagiaires » au sein du club. Nous avons des personnes averties qui partaient dans les académies, du Sud au Nord et de l’Est à l’Ouest c’est-à-dire  partout dans le pays pour dénicher des pépites. Ces jeunes viennent en stage, s’entraînent avec l’équipe première et progressent. Aujourd’hui, ce sont ces mêmes jeunes qui font monter le niveau du groupe. Je prends l’exemple d’Olivier Dossa, repéré lors d’un tournoi à l’académie ADT chez les U17. Aujourd’hui, il est un titulaire en équipe première. Nous avons aussi Amadou Safiou, qui a confirmé tout son potentiel et est devenu un de nos attaquants de pointe.

Ce pari exclusif sur la jeunesse n’est-il pas risqué en termes de résultats immédiats ?

C’est vrai que les résultats et trophées ne sont pas encore totalement au rendez-vous mais nous sentons une nette progression, une identité de jeu qui se construit. L’essentiel, c’était de donner une opportunité à ces jeunes pour qu’ils sachent que c’était possible. Et cela envoie un message fort aux autres : « Regardez, si lui, avec qui nous avons joué, y arrive, nous pouvons aussi y arriver. » C’est un sentiment saint, un espoir qui renaît et qui met en confiance tout un écosystème. C’est le fondement d’un projet durable.

Vous parlez de faire confiance aux « nôtres » mais vous avez aussi intégré des joueurs étrangers. N’est-ce pas contradictoire ?

C’est un équilibre délicat. Le championnat a exigé une ouverture aux étrangers. Nous nous sommes dit qu’ils pouvaient apporter leur expérience. Ce n’est pas mauvais en soi mais cela doit être un coup de pouce, pas un écrasement du noyau local. Je l’ai pratiqué avec mesure. Aujourd’hui, nous avons six étrangers. Peut-être que la saison prochaine, s’il y en a trop, nous en réduirons le nombre à deux ou trois. L’objectif reste de donner la chance aux talents locaux. La gestion humaine est ici essentielle. Quand un étranger arrive, certains joueurs locaux peuvent se sentir menacés. Il faut continuellement communiquer, expliquer, éduquer. Ce sont des jeunes qui n’ont pas tous reçu la même formation scolaire ou sociale. Il faut trouver le langage juste pour leur transmettre la vision du club sans chercher à les changer radicalement. On n’est pas leur père. Cette réalité m’a d’ailleurs conduit à une innovation clé.

Laquelle ?

Dès ma deuxième saison, j’ai intégré un préparateur psychologique à mon staff. J’avais observé des joueurs qui avaient besoin d’être écoutés, mis en confiance, rassurés. Il ne faut pas qu’un jeune talent se décourage au premier obstacle. Il faut lui dire : « C’est dur, mais continue, tes efforts portent leurs fruits. » Ce soutien mental a porté ses fruits. Aujourd’hui, des joueurs s’épanouissent, parlent librement à ce préparateur. Certains n’osent pas tout dire à leurs coéquipiers ou à l’entraîneur, mais à travers lui, nous captons leurs doutes et pouvons y répondre. C’est un travail progressif, mais fondamental.

Au-delà des résultats sportifs, quelle est votre grande ambition pour les Dragons ?

Mon rêve est de tout faire pour que, dans les années à venir, le club dispose de sa propre académie, digne de son nom et de son histoire. On ne peut pas être un grand club, écrire l’histoire du football béninois parce que les Dragons ont remporté 12 titres de champion et ne pas avoir une académie de premier plan qui forme les jeunes. C’est le projet structurant sur lequel je travaille activement. Une académie qui serait le vivier des futurs Dragons et des équipes nationales. C’est la clé de la pérennité et de la grandeur. Nous avons posé les bases de la stabilité et de l’identité. Maintenant, nous devons bâtir l’avenir. Et cet avenir se construit avec la jeunesse, dans une structure adaptée. C’est le cap.

Un mot pour conclure

Je voudrais, pour conclure, adresser un message de reconnaissance à toute la grande famille des Dragons de l’Ouémé. Aux supporters inconditionnels, aux joueurs qui donnent tout sur le terrain, au staff technique et administratif dont le travail de l’ombre est précieux : merci pour votre sacrifice, votre engagement et votre détermination sans faille. C’est par cet effort collectif que le club le plus titré du Bénin retrouve, jour après jour, ses lettres de noblesse et son âme. Cette reconstruction est un chantier de longue haleine, mais chaque pierre que nous posons ensemble nous rapproche de notre but ultime : redonner aux Dragons sa légitimité et sa fierté, non seulement par les résultats, mais par la force de son projet et de sa jeunesse. Je ne saurais terminer sans exprimer une gratitude particulière à notre président d’honneur, Monsieur Mathurin de Chacus. Son soutien, ses conseils avisés et sa vision ont été et restent des piliers essentiels dans cette aventure. Sa présence est un guide et un rappel constant de l’héritage précieux que nous devons porter et magnifier. L’avenir s’écrit aujourd’hui. Continuons à y croire, à travailler avec la même foi et la même discipline. La flamme des Dragons brûle à nouveau, et c’est ensemble que nous la porterons plus haut.

Propos Recueillis par Damien TOLOMISSI

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