Le prix d’un refus d’alliance : L’erreur stratégique des Démocrates
Les résultats des élections législatives de janvier 2026 ont livré une leçon politique aussi claire qu’impitoyable. Pour le parti Les Démocrates, qui se présentait depuis des années comme la voix unique du peuple, le verdict est sans équivoque. Non seulement le parti n’a pas atteint le seuil nécessaire pour obtenir des sièges, mais il se retrouve exclu de l’hémicycle pour les sept prochaines années. Une situation qui aurait pu être évitée s’il avait accepté de nouer des alliances.
Tout d’abord, observons les chiffres. Les Démocrates ont obtenu moins de 20 % des voix dans treize circonscriptions électorales. Un score qui révèle une faiblesse certaine sur une grande partie du territoire. Comment prétendre représenter la nation entière quand on est minoritaire dans plus de la moitié des circonscriptions ? Le parti a même subi des revers sévères dans des zones considérées comme ses bastions, telles que les première, deuxième et troisième circonscriptions. Cet effritement montre que l’électorat a progressivement pris ses distances.
Face à cette réalité, une question s’impose : pourquoi Les Démocrates n’ont-ils pas cherché à conclure un accord de gouvernance avec un autre parti politique avant les élections ? Une alliance bien pensée leur aurait permis de rassembler suffisamment de voix pour faire élire des députés dans plusieurs circonscriptions. En politique, les compromis ne sont pas une faiblesse, mais une nécessité pour peser dans les institutions. Refuser toute coalition, c’est se priver volontairement des moyens d’agir. Les spécialistes des questions politiques l’ont démontré que sans un accord de gouvernance, le résultat ne sera qu’un échec.
Pourtant malgré toutes ces alertes, Les Démocrates ont choisi la voie solitaire. Ils ont préféré camper sur une posture de pureté idéologique plutôt que de participer à la construction d’une majorité. Cette décision, présentée comme un principe, s’est révélée être une grave erreur stratégique. En refusant de s’allier, ils ont en réalité offert la victoire à leurs adversaires. Ils se sont tiré une balle dans le pied, comme on dit. Le résultat est sans appel : aucun élu, et donc aucune présence à l’Assemblée nationale pour les sept années à venir.

Cette absence aura des conséquences concrètes. Sans députés, Les Démocrates ne pourront pas participer aux débats parlementaires, ni proposer des lois, ni contrôler l’action du gouvernement. Ils seront condamnés à commenter la vie politique depuis l’extérieur, sans pouvoir influer sur les décisions. Une situation difficile pour un parti qui se disait prêt à gouverner. Les électeurs ont manifestement perçu cette incohérence. Ils ont voté de manière pragmatique, en soutenant des forces politiques capables de travailler ensemble et de produire des résultats.
Il est important de souligner que les Béninois ont fait preuve d’une grande maturité lors de ce scrutin. Ils ont choisi la stabilité et la coopération plutôt que l’isolement et la confrontation. Le recul des Démocrates par rapport aux élections précédentes montre que l’émotion qui les portait s’est dissipée. Les citoyens attendent des propositions constructives, pas des postures inflexibles. Le pays a besoin de projets, pas d’obstruction.
Certains pourraient avancer que le taux de participation a joué un rôle dans cette défaite. Mais cela ne saurait servir d’excuse. Le cadre électoral était ouvert et équitable. Rien n’empêchait les sympathisants des Démocrates de se mobiliser massivement. S’ils ne l’ont pas fait, c’est bien parce que le parti n’a pas su les convaincre. Comme l’a révélé Jean Christophe, spécialiste des questions électorales, les causes de ce désintérêt sont multiples, mais elles traduisent toutes un décalage entre le discours du parti et les préoccupations réelles des populations.

À plus long terme, ces résultats pourraient marquer une étape dans la structuration de la vie politique béninoise. On observe en effet la consolidation de deux grands pôles capables de travailler ensemble et de gouverner. Cette évolution vers un système plus lisible et plus stable est bénéfique pour la démocratie. Elle permet d’éviter l’éparpillement des voix et l’instabilité chronique. Les petits partis qui refusent toute alliance risquent de se marginaliser, à l’image des Démocrates aujourd’hui.
L’absence des Démocrates de l’hémicycle pour les sept prochaines années est la conséquence directe de leur refus de s’allier. Ils ont préféré la pureté idéologique à l’efficacité politique. Ils ont choisi le solo plutôt que le partenariat. Ce choix, présenté comme courageux, s’est révélé être une impasse. La leçon à retenir est qu’en démocratie, on gouverne rarement seul. La recherche du dialogue et du compromis n’est pas une trahison des idéaux, mais la condition indispensable pour les mettre en œuvre. Les Démocrates devront méditer cette évidence durant leurs longues années d’absence.
LA REDACTION