Pédophilie présumée à Bohicon : Un pasteur et un féticheur en prison derrière les barreaux
Il y a des affaires qui glacent le sang et rappellent que le mal peut se cacher partout, même sous les habits les plus respectables. À Bohicon, dans le département du Zou, une sombre histoire de pédophilie présumée vient d’éclater au grand jour. Trois hommes ont été présentés au procureur près la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme avant d’être placés sous mandat de dépôt. Parmi eux, un pasteur adjoint et un féticheur. Des figures que l’on croyait au service du bien, mais que la justice soupçonne d’avoir brisé la vie de nombreux enfants.
Les faits remontent à plusieurs mois, mais c’est grâce au courage d’une Organisation Non Gouvernementale que la lumière a fini par jaillir. L’ONG Bénin Diaspora Assistance, venue en aide à des enfants démunis pour leur scolarité, a commencé par poser une question simple. Comment ces jeunes arrivaient-ils à survivre toutes ces années ? Les réponses ont ouvert une porte que personne n’aurait voulu franchir. Derrière elle se cachaient des récits d’abus répétés, de violences sexuelles et d’exploitation sans nom.
Selon les témoignages recueillis, les victimes sont des garçons âgés de 08 à 16 ans, pour la plupart orphelins ou issus de familles très pauvres. Ces enfants, déjà fragilisés par la vie, auraient été attirés par des repas, de petites sommes d’argent allant de 100 à 200 FCFA, des téléphones ou des tablettes. Certains auraient même été privés de nourriture pendant plusieurs jours lorsqu’ils refusaient de se soumettre. Une méthode ignoble qui transforme la faim en chaine et la misère en piège.
Le récit de certains enfants donne froid dans le dos. Un adolescent de quatorze ans, placé sous la tutelle de l’un des suspects, a raconté avoir subi des abus à répétition. Il expliquait que son tuteur lui retirait sa nourriture ou les 200 FCFA destinés à son repas scolaire dès qu’il tentait de résister. D’autres enfants ont confié avoir fui leur ancien tuteur pour échapper à ces pratiques malsaines. L’un d’eux souffre de saignements lorsqu’il va aux toilettes. Une autre porte sur son corps des boutons inquiétants. Les examens réalisés dans un centre hospitalier de la ville ont confirmé le pire. Ces enfants ont été contaminés par des maladies sexuellement transmissibles et, pour certains, par la tuberculose.
Face à l’ampleur des révélations, les responsables de l’ONG ont alerté la police républicaine. Les enquêtes ont permis d’interpeller le pasteur adjoint le 20 septembre, puis le garçon de course le 02 octobre et enfin le féticheur le 04 octobre à son domicile. Selon les informations disponibles, le pasteur adjoint aurait changé plusieurs fois de domicile entre Bohicon et Abomey Calavi pour brouiller les pistes et échapper à ses victimes.
Cette affaire secoue profondément la ville de Bohicon et au-delà, toute la conscience nationale. Elle pose une question douloureuse. Comment des hommes qui se présentent comme guides spirituels ou dépositaires de traditions peuvent-ils tomber si bas ? Elle rappelle aussi l’urgence de protéger les enfants, surtout les plus vulnérables, ceux que la pauvreté expose davantage aux prédateurs de toute sorte.
Les trois suspects comparaîtront devant la justice au mois de novembre prochain. En attendant, les victimes continuent de recevoir des soins et un accompagnement. Leur courage d’avoir parlé mérite d’être salué. Car c’est souvent par la parole des plus jeunes que les vérités les plus sombres finissent par éclater. Et c’est par la rigueur de la justice que la société pourra leur rendre un peu de la dignité que des mains criminelles ont tenté de leur arracher.
Patrice ADJAHO



