Résistance Nationale de Candide Azannaï : La neutralité en question

 Résistance Nationale de Candide Azannaï : La neutralité en question

En marge de l’affrontement classique entre la mouvance du président Patrice Talon et l’opposition institutionnelle, une troisième voie, énigmatique, s’est structurée : la Résistance Nationale de l’ancien ministre Candide Azannaï. Son refus catégorique de participer à toute élection et sa stratégie de résistance frontale soulèvent une question cruciale à l’approche de la présidentielle de 2026 : ce mouvement peut-il et va-t-il rester neutre, et si oui, à quel prix pour l’opposition et la démocratie béninoise ?

En effet, pour comprendre la position de la Résistance nationale, il faut saisir le contexte actuel, marqué par une intense préparation pour la présidentielle d’avril 2026. Le président Patrice Talon, après deux mandats, a annoncé qu’il quitterait le pouvoir comme le prévoit la Constitution. Il a, de fait, déjà choisi son dauphin en la personne de Romuald Wadagni, son ministre de l’Économie et des Finances, afin d’assurer une continuité politique et économique.

De l’autre côté, le principal parti d’opposition, Les Démocrates, dirigé par l’ancien président Thomas Boni Yayi, se prépare activement pour le scrutin. Le parti a sécurisé les 28 parrainages de ses députés, une condition indispensable pour présenter un candidat, et est en phase de désignation de son candidat. Son objectif déclaré est de remporter l’élection par les urnes. C’est dans cette arène que la Résistance nationale d’Azannaï évolue, mais en refusant d’en franchir les portes.

La Résistance Nationale, une opposition radicale et question de neutralité

Candide Azannaï, ancien ministre de la Défense de Patrice Talon devenu son critique le plus farouche, incarne une opposition qui ne transige pas. Ses propos récents, prononcés lors de l’adhésion de la Coalition Bénin Debout à son mouvement, éclairent sa position. « Talon n’a pas fait des réformes. Il a fait des déformes ». C’est par ces mots que Candide Azannaï résume son bilan. Il estime que les réformes, notamment celle du système partisan, ont en réalité créé un « système départisan » qui étouffe le pluralisme et exclut l’opposition, un acte qu’il qualifie de « coup d’État ».

«Nous personnellement, moi j’ai rendez-vous avec le peuple». Il affirme ainsi ancrer sa légitimité non pas dans les institutions qu’il rejette, mais dans une connexion directe avec le peuple béninois. Alors que pour Azannaï, participer à des élections dont il conteste la crédibilité revient à légitimer un processus « vicié ». Cette position l’a isolé au sein de l’opposition, notamment des Démocrates, qui ont choisi le terrain électoral. Beaucoup, y compris dans l’opposition, critiquent une stratégie floue et même contre-productive.

La question de la neutralité de la Résistance nationale pour 2026 se pose donc en des termes déjà largement fixés. Son refus de participer aux élections semble irrévocable, mais cette position n’est pas sans conséquences. La neutralité, ou plus exactement le boycott actif, est au cœur de la doctrine de Candide Azannaï. Il considère que le régime actuel a verrouillé le système électoral, rendant toute compétition équitable impossible. Sa « résistance » se conçoit donc en dehors des urnes. En maintenant cette ligne, la Résistance Nationale risque de se marginaliser davantage sur l’échiquier politique. Son isolement pourrait priver l’opposition d’une voix radicale et fragmenter un peu plus le camp anti-Talon.

À l’inverse, si le mécontentement populaire est profond, sa posture de pureté idéologique pourrait lui attirer un soutien parmi les électeurs désillusionnés. La persistance de ce mouvement hors du jeu électoral pose un dilemme aux Démocrates. Doivent-ils tenter de rallier cette frange pour élargir leur base, au risque de devoir modérer leur stratégie et leur discours ? Ou doivent-ils ignorer Azannaï et courir le risque de voir leur légitimité contestée par sa base ?

L’heure des choix

A moins d’un an de l’élection présidentielle, la position de la Résistance Nationale de Candide Azannaï est un paramètre déstabilisant dans l’équation politique béninoise. Son refus de participer à un scrutin qu’il juge illégitime est cohérent avec sa rhétorique, mais le place dans une impasse stratégique. La véritable question n’est peut-être pas de savoir si la Résistance restera neutre tout indique qu’elle le sera. Mais quelles seront les répercussions de cette neutralité ? Contribuera-t-elle à affaiblir l’opposition unie en la divisant, ou au contraire, en maintenant une pression critique extérieure, forcera-t-elle le régime à plus de transparence et d’inclusivité ? La réponse se construira dans les mois qui viennent, entre la consolidation des alliances, les mobilisations populaires et la capacité des acteurs à infléchir, ou non, leur ligne.

Damien TOLOMISSI

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