Sénat : L’avertissement de Boni Yayi
L’ancien président Thomas Boni Yayi n’y va pas par quatre chemins. Dans une déclaration qui a fait l’effet d’une petite bombe ce lundi, il s’oppose frontalement à un projet de loi visant à créer un Sénat. Pour lui, il ne s’agit pas d’une simple évolution institutionnelle, mais d’une menace sourde contre l’équilibre même de la nation.
Le ton est donné, et il est sans appel : « antidémocratique ». L’initiative, portée sans « consensus national » et dans un « climat d’exclusion », est, selon Boni Yayi, un poison pour le débat républicain. Le fondateur des Démocrates ne mâche pas ses mots : cette réforme n’est « ni opportune, ni légitime ». Mais au-delà des principes, c’est l’intention qu’il dénonce avec une clarté troublante.
Un Sénat pour qui, pour quoi ?
La question fuse, et la réponse de l’ancien chef de l’État est cinglante. Il perçoit cette nouvelle chambre non comme un progrès pour la démocratie, mais comme un instrument taillé sur mesure. Sa fonction, sa composition… tout semble conçu, alerte-t-il, pour « servir un seul homme », au détriment de l’intérêt général. Un risque de dérive qui viserait à « modifier la nature même de notre régime politique ». Un avertissement solennel qui résonne comme un écho des grands combats pour la République.
Face à ce qu’il considère comme une périlleuse bifurcation, Thomas Boni Yayi passe de la critique à l’action. Et il montre la voie avec une fermeté rare. Non seulement il refuse catégoriquement de siéger dans cette institution en tant qu’ancien président, mais il lance un appel chargé d’émotion et de sens politique aux 22 députés de son parti, Les Démocrates.
Dans sa conclusion, l’homme d’État dépasse la simple opposition politique. Son dernier mot n’est pas « parti », mais « patrie ». Il en appelle à l’unité pour « sauver la patrie » et défendre les fondements de la République. Une touche humaine, presque un cri du cœur, qui transforme une prise de position en un plaidoyer pour l’avenir du pays. Le débat est désormais ouvert, et il est brûlant.
Damien TOLOMISSI