Nicéphore Soglo félicite Patrice Talon : « Vous entrez dans le cercle des vrais bâtisseurs »
Un ancien président rend hommage à un chef d’État qui a su tenir sa parole. Ce geste, simple en apparence, résonne comme un événement rare sur le continent africain. Le 1er mai 2026, Nicéphore Dieudonné Soglo, figure historique du Bénin, a pris la parole pour saluer la décision de Patrice Talon de ne pas briguer un troisième mandat. Dans une déclaration solennelle et pleine de gravité, il a livré un message d’une grande force morale, mêlant respect personnel et enseignement politique pour les générations futures.
L’ancien président s’est d’abord adressé à ses compatriotes avec ces mots : « Béninoises, Béninois, Chers compatriotes. Au terme de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, les institutions en charge du processus électoral, la CENA et la Cour Constitutionnelle, ont proclamé le duo porté par Romuald Wadagni, vainqueur du scrutin. Oui Romuald Wadagni et non Patrice Talon, puisque sur le bulletin unique réalisé par la CENA pour l’élection du 12 avril 2026, le nom du Président Talon n’a été mentionné nulle part, preuve inéluctable du respect de la parole donnée par le Chef de l’État de ne pas briguer un 3ème mandat. »
Cette observation, précise et factuelle, montre à quel point la transparence du scrutin a été pour l’ancien chef d’État une source de satisfaction personnelle. Il a poursuivi avec une émotion palpable : « Je m’en réjouis personnellement et l’en félicite au nom de tout le Bénin. Et je lui souhaite la bienvenue dans le cercle très restreint des anciens présidents. Car, il y a bien une vie après la Marina. Et qui mieux que moi, Nicéphore Dieudonné Soglo pour le marteler ! »
Cette référence à la Marina, résidence officielle des présidents béninois, rappelle que quitter le pouvoir n’est pas une fin mais un nouveau départ. L’ancien président sait de quoi il parle, lui qui a quitté la tête de l’État en 1996 après une défaite électorale. Il a ensuite replongé tout le peuple dans un souvenir récent, celui d’un entretien donné en février 2025 à Christophe Boisbouvier de RFI, à l’occasion de la parution de ses mémoires intitulées « Vers le Miracle béninois. L’épreuve du pouvoir et de la démocratie ». À la question posée sur un éventuel troisième mandat de Patrice Talon, sa réponse avait été claire : « Seul, il choisira son destin… » Ces mots, jugés alors ambigus par certains, prennent aujourd’hui tout leur sens.
Nicéphore Soglo a tenu à révéler l’importance des échanges réguliers qu’il a eus avec le président sortant dans le cadre de la décrispation politique amorcée dès 2022. Il a confié : « À chacune de nos rencontres, le Président Patrice Talon, n’a cessé de me confier qu’il ne fera pas un 3ème mandat. Et à chaque fois, ma réponse n’a jamais varié : « Seul, tu choisiras ton destin… » » Cette confidence montre que la décision finale appartenait bien au président Talon lui-même, dans une solitude assumée du dirigeant face à son histoire personnelle et à ses engagements.
L’ancien président a ensuite placé ce renoncement dans un cadre bien plus large que la seule légalité. Pour lui, cet acte dépasse les simples limites constitutionnelles. Il a déclaré : « En s’interdisant de briguer un 3ème mandat dans un contexte politique africain où la question du pouvoir à vie divise de nombreux pays du continent, la décision du Président Patrice Talon, au-delà des limites constitutionnelles, apparaît comme un acte profondément fort. Ce choix fort, essentiellement démocratique, loin d’être banal, mérite d’être salué. Car il s’inscrit dans la continuité de l’histoire de notre pays le Bénin, depuis la Conférence nationale de février 1990, continuité comme une leçon de gouvernance et de responsabilité envers le peuple, seul détenteur du pouvoir souverain. »
Ainsi, Nicéphore Soglo relie directement la décision de Patrice Talon à l’esprit de la Conférence nationale, ce moment fondateur qui a ouvert la voie à la démocratie béninoise. Il voit dans ce refus du troisième mandat une fidélité à l’âme du pays. Il a ajouté avec force : « En s’interdisant un 3ème mandat, le Président Patrice Talon érige le Bénin en un modèle de gouvernance responsable, car ce renoncement démontre une vision claire, celle d’un dirigeant conscient que le pouvoir n’est qu’un service et non un privilège perpétuel au gré d’ambitions personnelles. »
Le président Soglo a ensuite utilisé un terme qui frappe par sa justesse : l’élégance. « L’élégance de la décision du Président Talon est forte et laisse une indéniable trace dans l’histoire, celle du respect de la parole donnée. » Cette élégance, selon lui, est ce que retiendront les générations futures. Il a comparé cette attitude à son propre parcours : « L’histoire ne retient pas toujours ceux qui ont voulu durer, mais elle n’oublie jamais ceux qui ont su partir à temps, comme je l’ai fait, en 1996. »
Puis, prenant une hauteur de vue encore plus grande, Nicéphore Soglo s’est directement adressé au président sortant comme pour sceller une transmission morale : « Par ce geste, Monsieur le Président Talon, vous entrez dans le cercle des vrais bâtisseurs de traditions républicaines en Afrique. Que votre exemple, Monsieur le Président Patrice Talon inspire des générations d’acteurs politiques africains. Que votre nom reste associé à une nouvelle manière de gouverner, celle où la grandeur ne se mesure pas à la durée au pouvoir, mais à la qualité des réalisations et des décisions prises. »
Ces mots portent un espoir pour tout le continent. Ils rappellent que l’alternance pacifique et le respect des engagements personnels peuvent devenir des piliers d’une politique nouvelle. L’ancien président a conclu son message sur une note plus personnelle et chaleureuse, mêlant la solennité à la tendresse paternelle : « Monsieur le Président Patrice Talon, je vous souhaite une bonne retraite politique. Président Talon, cher fils, je vous souhaite un joyeux anniversaire. »
Cette formule, où l’homme d’État tutoie le chef d’État avec une affection marquée, donne à l’ensemble du discours une saveur rare. Elle rappelle que la politique peut aussi être un lien de respect et de bienveillance entre générations. Nicéphore Soglo a enfin lancé un dernier appel à l’unité nationale : « Vive le Bénin. Je vous remercie. » Puis il a daté et signé ce texte à Cotonou, le 1er mai 2026, avec ses titres d’ancien président, d’ancien maire de Cotonou et de vice-président du Forum des Anciens Chefs d’États et de Gouvernements d’Afrique, ce forum créé en 2006 à Maputo sous le haut patronage de Nelson Mandela.
Cet hommage restera comme un moment de grâce dans la vie politique béninoise. Non pas parce qu’il évite les tensions habituelles entre anciens et nouveaux dirigeants, mais parce qu’il élève le débat au-dessus des rivalités. En louant le renoncement volontaire de Patrice Talon, Nicéphore Soglo montre qu’un ancien président peut encore enseigner la démocratie par l’exemple et par la parole. Il rappelle que la grandeur d’un homme d’État ne se mesure pas au nombre d’années passées au sommet, mais à sa capacité à quitter la scène avec dignité, la tête haute et la promesse tenue. Un tel message, en ces temps troublés, mérite d’être médité bien au-delà des frontières du Bénin.
LA REDACTION