A Atadjè, dans l’arrondissement d’Akassato : La nuit, la terre se déchire

 A Atadjè, dans l’arrondissement d’Akassato : La nuit, la terre se déchire

Le drame se produit encore. La terre crie sous les pneus des camions clandestins. À Atadjè, dans l’arrondissement d’Akassato, une menace silencieuse ronge le cadre de vie des habitants. Cette dégradation de l’environnement n’est plus un secret pour personne, sauf peut-être pour celles et ceux qui devraient agir. Le lieu précis du désastre se situe à Kassounkpa Atadjè, tout près de la station de traitement des boues de vidange, côté sud. Juste à côté, le domaine de l’école privée La Clotilde tremble sur ses fondations.

Les apprenants, les enseignants et les familles du voisinage vivent désormais sous l’emprise de la peur. Non pas une peur imaginaire, mais une peur bien réale, nourrie par des pratiques illégales. Des hors la loi, organisés comme une bande silencieuse, bravent toute autorité. Ils creusent, ils chargent, ils fuient avant l’aube. Et personne ne les arrête vraiment.

Le Ministère du Cadre de vie, à travers sa direction départementale, le maire d’Abomey Calavi, le secrétaire exécutif, le commissaire central, puis le chef d’arrondissement et le commissaire d’Akassato : tous sont interpellés. Une réponse énergique et urgente est attendue. Il faut décourager ces prédateurs. Il faut mettre un terme définitif à cette agression quotidienne de l’environnement.

La rédaction du quotidien Gaskiyani Info avait déjà dénoncé ces faits en août 2024. À l’époque, après quelques semaines de répit, le mal avait semblé s’endormir. Mais voilà que, quelques mois plus tard, il a repris de plus belle. Comme une mauvaise herbe que l’on coupe sans arracher la racine. Ce qui se joue ici menace véritablement l’environnement. Mais plus grave encore, cela constitue un risque immense pour la survie des populations. Une équipe de la rédaction a effectué une descente inopinée sur les lieux. Ce qu’elle a vu dépasse l’entendement.

Dans le quartier Atadjè, à proximité d’un site de traitement des boues de vidange, des hommes creusent une carrière illégale. Ils extraient le sable sauvagement, sans aucune autorisation, sans aucune étude d’impact. Ils viennent la nuit, avec des camions puissants et des outils spécialisés. Ils connaissent les heures de sommeil des familles. Ils savent quand les regards se ferment. Le chef quartier a été saisi à maintes reprises. Il a envoyé des lettres, fait des constats, crié son impuissance. Mais ses alertes sont restées sans écho. Aucune réaction conséquente n’a suivi.

Récemment, le commissariat d’arrondissement d’Akassato a mené une opération pour dissuader les malfaiteurs. Une belle opération, propre, rapide. Mais sans effet durable. À peine les forces de l’ordre parties, les engins sont revenus. Les trous se sont agrandis. La terre a encore saigné.

Nul n’ignore ce qu’une telle exploitation produit sur une surface fragile. L’anfractuosité du sol, sa profondeur dangereuse, tout cela finit par piéger les riverains. Les enfants jouent à proximité. Les adultes circulent la nuit. Un faux pas, et c’est la chute. On ne revient pas toujours d’un trou profond creusé par la cupidité. Les animaux domestiques, eux aussi, paient le prix. Des bêtes déambulent librement dans la localité, puis disparaissent. On les retrouve parfois au fond d’un cratère, inertes. Les pertes s’accumulent, mais la boue continue de couler, et le sable continue de s’envoler dans les camions.

Ces carrières sauvages sont aussi connues pour déstabiliser les constructions voisines. Les murs se fissurent. Les sols s’affaissent. Les fondations des maisons, de l’école La Clotilde, tremblent en silence. Il y a urgence à agiter les consciences. Il faut agir avant que le pire ne survienne. La bande organisée attend patiemment que les populations se reposent pour mener sa sale besogne. Le jour, tout semble calme. La nuit, la machinerie rugit.

Au-delà de la mairie d’Abomey Calavi, c’est le Ministère du Cadre de Vie et des Transports, chargé du Développement Durable, qui doit prendre des mesures fortes. Idem pour le Ministère des Mines à travers sa direction départementale et le chef d’Arrondissement d’Akassato  pour une simple note suffira. Une patrouille isolée non plus. Ce qu’il faut, c’est une volonté politique claire, des sanctions exemplaires et une surveillance continue.

La loi-cadre sur l’environnement en République du Bénin est pourtant claire. Elle rappelle que chaque citoyen a droit à un cadre de vie sain. Les Objectifs de Développement Durable, dans leur sagesse universelle, insistent sur la nécessité de garantir un environnement adéquat à tous. Le cri de cœur de la rédaction de Gaskiyani Info trouve donc amplement sa raison d’être. Ce n’est pas une plainte de plus. C’est une alarme légitime. Mieux encore, la population béninoise est invitée à la veille citoyenne. Protéger son environnement, c’est protéger sa propre existence. Signaler un danger, alerter un voisin, exiger des comptes aux élus : voilà des gestes simples qui garantissent un mieux-être pour tous. À Atadjè, l’heure n’est plus à l’attente. L’heure est à la réparation. Avant que la terre ne se ferme définitivement sur un drame annoncé.

Damien TOLOMISSI

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