Lettre ouverte des Jeunes Déclarants et Opérateurs Économiques à Talon et Wadagni : Un cri de cœur pour sauver le port

 Lettre ouverte des Jeunes Déclarants et Opérateurs Économiques à Talon et Wadagni : Un cri de cœur pour sauver le port

Les jeunes déclarants et opérateurs économiques du Bénin ont adressé une lettre ouverte à Patrice Talon, président du Sénat, et à Romuald Wadagni, président de la République. Dans ce document, ils dénoncent les difficultés qui paralysent le Port autonome de Cotonou et demandent des décisions rapides. Leur message se veut respectueux. Ils parlent d’un « cri de cœur » pour sauver un outil économique essentiel. Ils précisent aussi que leur démarche n’est pas une attaque, mais une alerte lancée par des professionnels inquiets.

La lettre commence par un hommage appuyé aux responsables. Aux yeux des signataires, Patrice Talon est « l’Homme des Réformes, le Bâtisseur ». Ils rappellent qu’il a trouvé « un Port malade, engorgé, archaïque » où il fallait trente jours pour sortir un conteneur. Ils saluent la modernisation, la digitalisation de la douane et le Guichet unique portuaire. Ils écrivent aussi « Vous êtes le Président qui travaille à 4h du matin pendant que nous dormons. » Ce ton vise à montrer que les jeunes professionnels croient encore à la capacité de décision des autorités. Le texte présente Romuald Wadagni comme « l’Architecte de l’économie béninoise ». Les auteurs estiment que le tandem a rendu l’économie béninoise crédible et solide. Ils rappellent que le président de la République a affirmé que le port et l’économie ne sont pas l’affaire d’une seule personne. C’est dans cet esprit qu’ils osent interpeller les deux responsables. Ils expliquent « Un fils ne se confie qu’à son père quand il a mal. Et aujourd’hui, nous, les jeunes déclarants, nous avons mal. »

Le premier problème concerne le positionnement des conteneurs et le régime IM8. Les signataires se demandent pourquoi le transitaire qui a tout payé ne peut pas positionner son conteneur par Bénin Terminal et ATRAL. Ils décrivent des camions qui attendent deux, trois ou cinq jours avant d’entrer au port. Une fois à l’intérieur, « le vrai calvaire commence ». Les manutentionnaires donnent la priorité au déchargement des navires. Le USN expire alors le même jour. Le régime IM8, qui devrait être à zéro franc CFA pour le dépotage des véhicules, génère pourtant des frais. Le camion passe au scanner mais n’est pas ouvert sous douane. Il est déposé ailleurs. Les renouvellements s’enchaînent.

La lettre critique aussi l’ARGUS de 2022. Les opérateurs estiment qu’ils doivent « combattre avec les armes de la Seconde Guerre mondiale ». Ils rappellent qu’en 2013 une société privée fournissait des valeurs utiles, sans empêcher la douane de corriger si besoin. Aujourd’hui, ils demandent une actualisation régulière des valeurs.

Le dossier ATRAL occupe une place centrale. Le contrat prévoit cinq jours de franchise. Dans la pratique, un conteneur reste huit, neuf, dix ou douze jours au port avant son transfert à Allada. Le client paie des renouvellements de surestaries à Bénin Terminal en dollars, des frais de gardiennage et de stationnement à ATRAL, ainsi que des renouvellements d’USN et de TAP. Les causes sont simples selon les auteurs. ATRAL manque de tracteurs, de remorques et de chauffeurs. Quand plusieurs navires débarquent, « ATRAL ne peut pas absorber ». Les transporteurs privés auraient quitté les contrats à cause d’un paiement trop faible. Le prix Cotonou-Allada ne couvrirait même plus le gasoil. « ATRAL n’a plus de camions », écrivent les signataires.

Ils dénoncent enfin une double peine. Jusqu’en 2021, ATRAL remboursait les frais causés par son retard. Depuis plus de trois ans, elle refuserait tout remboursement. Le client paie donc deux fois, le transfert et la pénalité liée au retard d’ATRAL. Les opérateurs affirment que « les opérateurs économiques fuient déjà vers les ports de la région ». Ils demandent aux responsables de mener des enquêtes pour constater la situation. Ils posent des questions directes « À qui profite tout ceci ? » et « Est-ce pour décourager les clients qui nous font confiance ? » Ils ajoutent que les efforts pour ramener les clients « se meurent à cause d’un mauvais management des autorités portuaires ». Ils réclament la suspension automatique du compteur de surestaries et de gardiennage quand le retard vient d’ATRAL, un audit indépendant de sa flotte, le retour au remboursement des frais indus, une actualisation trimestrielle de l’ARGUS et une clarification du circuit IM8 et scanner.

La lettre se termine par une formule forte « Le Port de Cotonou est notre bébé. Ne laissez pas Bénin Terminal et ATRAL le tuer. » Les jeunes déclarants attendent désormais une réponse concrète. Leur appel révèle une inquiétude réelle pour la compétitivité du port et pour la confiance des opérateurs économiques.

Damien TOLOMISSI

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