Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : «Comment sortir de la pauvreté ?»
Prenez le temps de vous poser. Tendez l’oreille à la parole de celui qui a traversé les âges, vu mûrir les moissons et défiler les générations. Dépositaire vivant d’une mémoire séculaire, Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, explique dans cette publication comment vaincre la pauvreté et la misère. Selon lui, ces deux parasites qui dévorent la terre à l’image de la chenille s’attaquant au maïs avant la récolte. Sa réponse est franche et directe, à la manière d’un père s’adressant aux siens lorsque le crépuscule descend et que la braise luit encore faiblement. Lisez plutôt !!!
La première richesse, c’est la conscience de soi. Beaucoup cherchent l’argent avant de chercher la connaissance. Ils courent après le gain comme l’enfant court après le papillon sans regarder où il met ses pieds. Je vous le dis, la vraie richesse commence dans la tête et dans le cœur. Un homme qui sait qui il est, d’où il vient et ce qu’il veut, celui-là ne reste jamais pauvre longtemps. La misère n’aime pas la dignité. Elle fuit devant celui qui marche droit, même si ses habits sont troués.
Apprenez d’abord à compter ce que vous avez déjà. Vos bras, votre esprit, votre famille, votre champ, vos voisins. Tout cela est un trésor que l’on néglige trop souvent. On pleure sur ce qui manque sans jamais remercier pour ce qui est là. Changez cette habitude. Le matin au réveil, dites-vous que vous êtes riche de votre souffle, de votre santé, de votre volonté. C’est ce terreau-là qui fera germer le reste.
Le travail humble est le chemin le plus sûr
Nos ancêtres ne connaissaient pas les banques ni les prêts faciles. Ils connaissaient la houe et la sueur. Ils savaient que la terre, quand on la respecte, finit toujours par rendre. Aujourd’hui, trop de jeunes veulent devenir riches sans passer par le labeur. Ils cherchent les raccourcis, les gains rapides, les miracles. Écoutez-moi bien. Il n’y a pas de miracle dans la lutte contre la pauvreté. Il y a le jour qui se lève et l’homme qui se lève avec lui. Il y a la nuit qui tombe et l’homme qui range ses outils avant de dormir.
Prenez un petit champ. Cultivez le bien. Vendez ce que vous ne mangez pas. Mettez de côté une poignée de graines pour la saison prochaine. Répétez ce geste. Année après année. La pauvreté ne résiste pas à la patience. Elle s’essouffle avant vous si vous tenez bon. Le grand arbre que vous voyez là-bas était une petite graine. Personne n’a planté un arbre adulte. Alors soyez patient avec vous-même et avec vos efforts.
L’union fait la force du pauvre
Seul, on porte son fagot sur la tête et on avance péniblement. Ensemble, on charge la charrette et on va loin. La misère isole les gens. Elle les rend honteux, jaloux, méfiants. Pour la battre, il faut faire le contraire. Il faut se rapprocher de ceux qui souffrent comme vous. Mettez en commun ce que vous avez. Un peu de riz ici, un peu d’huile là, un peu de force pour aider à construire la case. C’est comme ça que nos grands-parents ont bâti des villages entiers sans un centime en poche.
Formez des groupes d’entraide dans votre quartier, dans votre village. Épargnez ensemble, même de petites sommes. Achetez ensemble les sacs de maïs ou les tissus. Vendez ensemble sur le marché. La pauvreté déteste la solidarité parce qu’elle ne peut plus s’attaquer à chacun séparément. Quand vous êtes unis, vous devenez un mur. Et la misère, elle, n’est qu’un vent qui passe.
Apprenez sans honte, même adulte
On croit souvent que l’école s’arrête le jour où l’on reçoit son diplôme. Quelle erreur ! L’apprentissage est une rivière qui ne tarit jamais. Si vous ne savez pas lire, trouvez quelqu’un qui peut vous apprendre une lettre par jour. Si vous ne savez pas compter, asseyez-vous avec le commerçant du coin et regardez lui rendre la monnaie. Si vous ne savez pas planter correctement, allez voir le vieux paysan et observez ses gestes.
La connaissance rend libre. Elle vous empêche de vous faire tromper. Elle vous permet de mieux vendre vos produits, de mieux acheter vos provisions, de mieux épargner votre argent. Ne dites jamais je suis trop vieux pour apprendre. Le jour où l’on arrête d’apprendre, on commence à décliner. Et le déclin attire la misère comme la viande pourrie attire les mouches.
Évitez les dettes inutiles
Je sais que la tentation est grande d’emprunter pour acheter ce beau pagne, ce téléphone qui brille, ce vélo qui roule vite. Mais je vous mets en garde. La dette est une chaîne que l’on se passe autour des chevilles. Au début, elle ne gêne pas. Puis elle devient lourde. À la fin, elle vous empêche d’avancer. Ne dépensez pas l’argent que vous n’avez pas encore gagné. C’est la règle la plus simple et la plus difficile à suivre.
Préférez économiser petit à petit pour acheter ce que vous voulez vraiment. Si vous devez emprunter, que ce soit pour une chose qui vous rapportera plus que ce qu’elle vous coûte. Une machine à coudre si vous savez coudre. Des semences si vous avez un champ. Un âne pour transporter vos marchandises. Mais ne jamais pour faire comme le voisin ou pour impressionner la famille. La pauvreté aime les gens qui veulent paraître riches. Elle les attend au tournant.

Gardez l’espoir, même dans les moments durs
Je termine par ceci. La nuit la plus longue finit toujours par laisser place à l’aube. Il y aura des jours où vous aurez tout essayé sans résultat. Vous serez fatigué, découragé, tenté d’abandonner. C’est à ce moment précis qu’il faut tenir. La pauvreté teste votre patience. Elle veut voir si vous lâcherez avant qu’elle ne lâche elle-même. Ne lui donnez pas cette victoire.
Continuez à vous lever tôt. Continuez à travailler honnêtement. Continuez à aider votre voisin quand vous le pouvez. Continuez à apprendre. Continuez à économiser même une pièce par jour. Et un matin, sans prévenir, vous constaterez que la misère a quitté votre case. Elle sera partie comme elle était venue, sans bruit. Mais cette fois, ce sera pour ne plus revenir. Car vous saurez désormais comment l’empêcher de s’installer. C’est là toute la sagesse. La pauvreté n’est pas une fatalité. C’est une invitée que l’on peut reconduire à la porte, à condition d’avoir appris à verrouiller derrière elle. Allez maintenant. Le chemin est long, mais vos jambes sont bonnes. Et le soleil se lève chaque jour pour tout le monde, sans faire de différence entre le riche et celui qui commence à peine à sortir de sa peine.
UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE