Produire pour demain, transformer pour vivre : Les sillons d’une agriculture en mouvement

 Produire pour demain, transformer pour vivre : Les sillons d’une agriculture en mouvement

Au cœur des Collines, à Paouignan, le chantier de l’unité de transformation du manioc avance à grands pas. C’est là que le Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yeton Bloukounon Goubalan, a posé l’un des premiers jalons d’une tournée de trois jours qui l’a mené, du 11 au 13 juin, jusqu’à Glazoué puis Parakou.

Partout sur sa route, un même refrain résonnait, celui que le Chef de l’État Romuald Wadagni ne cesse de marteler : il faut produire davantage et transformer sur place. Ce message marque une rupture nette avec des décennies durant lesquelles l’agriculture béninoise était surtout une pourvoyeuse de matières brutes destinées à l’exportation. Pour le Ministre, les enjeux vont bien au-delà de la seule économie. Devant les producteurs de coton, de riz, de manioc et d’anacarde, il a rappelé que l’agriculture touche à la sécurité sociale autant qu’à la sécurité nationale. Ceux qui travaillent la terre doivent en tirer dignité et revenus. La souveraineté agricole et la sécurité alimentaire sont désormais les objectifs majeurs, et la transformation locale en est la pierre angulaire.

Dans le dossier de l’anacarde, le Ministre a tenu des échanges approfondis avec la Fédération Nationale des Producteurs, puis avec celle des Collecteurs et Transporteurs de la noix de cajou. Il était accompagné de son Directeur de cabinet, Dossa Aguèmon, et de la Secrétaire Générale du Ministère, Madeleine Lafia Mora. Le sujet est délicat. Le Bénin s’est résolument engagé dans la transformation de sa noix de cajou, mais une part non négligeable de la récolte continue de quitter le territoire en cachette, alimentant les usines des pays voisins. Cette fuite prive les unités locales de la matière première nécessaire à leur fonctionnement. Le Ministre a insisté sur la nécessité de sécuriser l’approvisionnement, car sans noix à broyer, les investissements dans les usines deviennent vains. Il a appelé à une vigilance accrue et à une meilleure organisation de la filière pour que les fruits du terroir profitent d’abord aux Béninois. La filière rizicole connaît, elle aussi, des avancées notables.

À Malanville et à Glazoué, les deux usines du groupe Premium transforment déjà trois cent mille tonnes de paddy chaque année. Et ce n’est pas fini, car un troisième site doit voir le jour à Dangbo, ce qui portera la capacité totale à cinq cent mille tonnes. Mais là encore, l’approvisionnement reste le nerf de la guerre. Le Ministre l’a dit sans détour : lorsque le secteur privé investit et que l’État crée un environnement favorable, il faut que la matière première suive. Il a souligné que le grand défi est de garantir aux industriels un flux régulier de paddy, afin que les usines tournent à plein régime. La promesse est claire : les producteurs seront soutenus, et l’État veillera à ce que les récoltes soient acheminées vers les unités de transformation installées sur le territoire.

L’exemple du manioc à Paouignan illustre parfaitement la nouvelle approche. Le Projet d’Appui au Développement agricole et à l’Accès au marché, connu sous le sigle Padaam, y achève une unité de transformation capable de produire de la farine panifiable, du tapioca et du gari. Ce qui rend ce projet original, c’est sa gestion partagée entre le secteur privé et les acteurs locaux de la filière. Cette cogestion est une expérience pilote que le gouvernement souhaite étendre à tout le pays, car elle a le mérite de créer des emplois au plus près des populations. Le Ministre a expliqué que le programme combine grandes et petites unités de transformation. L’objectif est de trouver le bon mécanisme pour sécuriser l’approvisionnement des usines, tout en permettant aux producteurs de sortir de l’extrême pauvreté. Il a promis que cette dynamique profiterait à tous, car le gouvernement entend faire de l’agriculture un levier puissant de développement humain.

Quant à la filière coton, elle traverse une période difficile. La production baisse depuis trois campagnes consécutives, et cette tendance ne peut plus durer. Devant les acteurs réunis, le Ministre a été ferme. Pour la saison 2026-2027 qui s’annonce, l’objectif est fixé à sept cent mille tonnes de coton graine. Producteurs et autorités affichent la même ambition, et un argument de poids vient renforcer leur détermination. Le Chef de l’État a promis de reverser dix francs CFA aux producteurs sur chaque kilogramme de coton produit, en plus du prix de base, lorsque le seuil des sept cent mille tonnes sera atteint. Cette prime, qui s’ajoute aux revenus habituels, est une incitation forte à redoubler d’efforts. Les acteurs de la filière ont bien compris l’enjeu et comptent bien ne pas laisser passer cette manne.

Au terme de cette tournée, un constat s’impose. L’agriculture béninoise est en pleine mutation. Elle ne se contente plus de produire pour exporter des produits bruts ; elle se tourne résolument vers la transformation locale, créatrice de valeur ajoutée et d’emplois.

Etienne YEAMDJE

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