Edito : La victoire de la raison d’État

 Edito : La victoire de la raison d’État

La finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 entre le Maroc et le Sénégal fut plus qu’un match. Elle fut un miroir grossissant des passions, mais aussi, heureusement, de la maturité. Dans les jours qui ont suivi la victoire sénégalaise entachée d’incidents, alors que les réseaux sociaux s’embrasaient, une autre réalité, plus profonde, s’est imposée : celle de la fraternité et de l’intérêt commun. Les dirigeants des deux nations ont donné une leçon remarquable en choisissant délibérément l’apaisement et le dialogue face à la polémique.

Il aurait été si facile, et si humain, de laisser les rancœurs sportives empoisonner le climat politique. Pourtant, les réactions officielles furent tout le contraire d’une escalade. Du Palais royal de Rabat au palais présidentiel de Dakar, les messages ont convergé vers un même objectif : protéger l’essentiel. Le Roi Mohammed VI a immédiatement appelé à ce que « la fraternité interafricaine reprenne naturellement le dessus », soulignant que le succès de l’organisation était une « réussite africaine ». Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a répondu par des remerciements appuyés pour l’hospitalité marocaine. Ces déclarations ne furent pas de simples formules de politesse, mais le prélude à un acte politique fort.

Le geste le plus significatif est venu des gouvernements. Alors que certains pouvaient imaginer un report par mesure de précaution, les Premiers ministres Ousmane Sonko et Aziz Akhannouch ont confirmé sans hésitation la tenue de la 15ᵉ session de la Haute Commission mixte entre les deux pays. En réaffirmant que « nos défis communs sont autrement plus importants », ils ont placé la coopération économique, énergétique et stratégique bien au-dessus des passions éphémères d’un soir de finale. Ce choix est l’illustration même de la raison d’État : la capacité à distinguer l’émotionnel du structurel, l’éphémère du durable.

Cet épisode nous enseigne deux choses. D’abord, que le sport, pourtant puissant vecteur d’unité, peut aussi devenir, dans sa démesure, un facteur de division s’il n’est pas encadré par la sagesse. Ensuite, et surtout, qu’en Afrique, les liens qui unissent les peuples sont forgés dans une histoire bien plus longue et complexe que celle d’un tournoi footballistique. Les relations entre le Maroc et le Sénégal, tissées par des siècles d’échanges humains, spirituels et économiques, constituent un patrimoine bien trop précieux pour être mis en péril par un penalty contesté.

La véritable victoire de cette CAN ne se lit donc pas seulement au classement des équipes. Elle se lit dans la capacité de deux nations frères à regarder ensemble vers l’avenir, en rappelant que l’essentiel se joue toujours en dehors des stades. Dans un monde souvent prompt à la discorde, ils offrent un exemple de ce que pourrait être une diplomatie africaine adulte, guidée non par l’émotion du moment, mais par la conscience lucide d’un destin commun à construire. C’est peut-être là le plus beau but marqué durant tout le tournoi.

Damien TOLOMISSI

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