Crise sociale à la SRTB : L’appel des centrales syndicales

 Crise sociale à la SRTB : L’appel des centrales syndicales

Ce jeudi 12 février 2026 restera gravé comme une date sombre dans l’histoire de la Société de Radio et de Télévision du Bénin (SRTB). Alors que l’institution traversait déjà une période trouble marquée par des réformes contestées, la direction a pris une décision radicale qui a jeté un froid dans les couloirs de la maison de l’audiovisuel public. Plusieurs agents, à qui l’on ne reproche aucun manquement professionnel, ont appris leur éviction pure et simple, avec une brutalité que les syndicats n’hésitent pas à qualifier d’inacceptable.

Convoqués sans ménagement à une réunion, les travailleurs concernés ont découvert, sans préavis ni explication, qu’ils seraient remerciés dès le 28 février 2026. Seul motif apparent : appartenir à une certaine tranche d’âge ou ne pas occuper un poste dit « stratégique ». Une méthode qui, selon les organisations syndicales, relève davantage du guet-apens administratif que d’une gestion responsable des ressources humaines.

Sur le plan juridique, la procédure semble reposer sur un vide abyssal. Aucun critère clair n’a été communiqué pour justifier la sélection des agents concernés. Aucune mesure d’accompagnement n’a été envisagée. Surtout, aucune commission de concertation n’a été réunie avec les représentants du personnel, en violation flagrante des usages syndicaux les plus élémentaires. Les centrales syndicales dénoncent une entorse manifeste au Code du travail béninois, qui encadre pourtant avec rigueur les licenciements, surtout lorsqu’ils revêtent un caractère collectif. Consultation obligatoire, justification économique ou technique, respect du contradictoire : aucune de ces garanties légales n’a été observée.

Pour les syndicats, cette décision ne porte pas la signature d’une direction soucieuse de l’intérêt général. Tout porte à croire, affirment-ils, qu’il s’agit d’une orientation téléguidée, venue d’ailleurs, que la direction générale s’est contentée d’exécuter sans états d’âme. Une posture qui trahit non seulement la mission fondamentale de service public de la SRTB, mais aussi l’esprit même de l’audiovisuel national, dont la raison d’être est d’informer loyalement toutes les composantes de la nation.

Au-delà de la colère légitime des travailleurs, cette affaire pose une question de fond majeure. Peut-on raisonnablement exiger d’un service public audiovisuel qu’il dégage des bénéfices, alors que sa mission première est culturelle, éducative et citoyenne ? Les Béninois s’acquittent chaque année de la taxe radio et télévision précisément pour garantir l’indépendance et la continuité de ce service. Vouloir le soumettre aux seules lois du marché relève d’une profonde incohérence.

Par ailleurs, les syndicats soulignent un paradoxe douloureux. Alors que la SRTB manque cruellement d’équipements modernes pour exercer convenablement ses missions, certains matériels récemment acquis auraient été redéployés vers d’autres structures, pour des usages sans lien avec l’audiovisuel public. Une gestion qui fragilise durablement les capacités opérationnelles de la maison et compromet sa raison d’être.

Face à cette situation jugée gravissime, les centrales syndicales, unies, ont décidé de hausser le ton. La CSA-Bénin, la CGTB et l’UNSTB ont publié une déclaration commune le 21 février. Elles exigent l’arrêt immédiat de la procédure de licenciement et la réintégration sans délai des agents injustement ciblés. Elles réclament également l’ouverture d’un véritable dialogue institutionnel, ainsi qu’une réforme sérieuse et participative, fondée sur l’investissement, la formation et la modernisation des équipements.

Pour les syndicats, la SRTB n’est pas une entreprise ordinaire. Elle appartient au peuple béninois. La défendre, c’est défendre la démocratie, la transparence et le droit à une information indépendante et accessible pour tous les citoyens. La lutte, préviennent-ils, ne fait que commencer.

Arnaud ACAKPO (Coll)

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