Justice climatique : La nouvelle croisade d’Amnesty International Bénin

 Justice climatique : La nouvelle croisade d’Amnesty International Bénin

C’est une ambition discrète mais tenace qui a réuni une vingtaine de professionnels des médias, ce lundi 18 mai 2026, dans l’enceinte paisible des chants d’Oiseaux de Cotonou Derrière les murs colorés, une question brûlante a été posée : les journalistes béninois sont-ils suffisamment armés pour raconter l’urgence écologique et en défendre les victimes invisibles ? Amnesty International Bénin a répondu par l’action en lançant une série de formations sur la justice climatique, destinée d’abord aux professionnels du sud du pays avant de gagner le centre et le nord.

L’objectif est d’outiller soixante reporters sur les liens profonds entre droits humains et dérèglements environnementaux. Dans son discours d’ouverture, le directeur exécutif de l’organisation, Dieudonné Dagbéto, a frappé fort en rappelant que les médias ne sont pas de simples témoins, mais des acteurs essentiels de la chaîne des responsabilités. « Amnesty International compte sur vos oreilles, sur vos yeux pour renseigner les autorités sur ce qui ne va pas en matière de justice climatique », a-t-il lancé, invitant les journalistes à devenir des vigies au service des communautés oubliées.

La matinée a rapidement pris des allures de laboratoire d’idées. Les échanges ont dépassé le simple cours magistral pour explorer des terrains sensibles. plusieurs thématiques ont été abordées : « De la présentation du projet Justice climatique, les notions fondamentales liées aux droits humains et à la justice climatique, au cadre juridique, institutionnel et normatif en vigueur au Bénin et à l’international » ; « Les impacts des changements climatiques sur l’accès à l’eau, la sécurité alimentaire, la santé, les déplacements de populations et les moyens de subsistance des communautés vulnérables » ;  « Le rôle des médias dans la promotion de la justice climatique ». Les formateurs ont posé un cadre juridique précis, mêlant les normes béninoises et les accords internationaux, afin que chaque article puisse s’appuyer sur des bases solides. Les participants ont ainsi plongé dans les impacts concrets des changements climatiques sur l’accès à l’eau, la sécurité alimentaire, la santé, mais aussi sur les déplacements forcés de populations et la disparition de moyens de subsistance pour les plus vulnérables.

Au fil des discussions interactives, une évidence s’est imposée. La justice climatique ne se limite pas à la protection des arbres ou des côtes menacées par l’érosion. Elle interroge la justice sociale, l’équité entre générations et la transparence des politiques énergétiques. C’est pourquoi Amnesty International Bénin a choisi de miser sur des journalistes capables d’alimenter le débat public avec rigueur et humanité. L’organisation a profité de cette rencontre pour présenter deux outils précieux : les cours en ligne de l’Amnesty Academy, intitulés « Changement climatique et droits humains » et « Transition énergétique : alimenter le changement ou le statu quo ? ». Des ressources qui permettront aux rédactions de monter en compétence à leur rythme.

Pour encourager la production de contenus de qualité, un Prix régional de la meilleure production journalistique sur les droits humains ainsi qu’un Prix médiatique sur la justice climatique ont été dévoilés. Une manière de stimuler l’envie d’enquêter et de raconter autrement les réalités environnementales du Bénin, souvent reléguées en pages intérieures des journaux ou en fin de flash info.

Ce projet, conçu pour cinq ans, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Dieudonné Dagbéto et son équipe envisagent déjà un forum national réunissant ONG, autorités publiques et entreprises, sans oublier la création de brigades vertes dans les établissements scolaires. Des campagnes nationales de sensibilisation, des émissions médiatiques et des contenus numériques viendront compléter le dispositif, avec une attention particulière pour les jeunes, les leaders religieux et traditionnels, ainsi que le secteur privé.

À l’heure où Cotonou lutte contre la pollution urbaine, l’érosion côtière et la gestion anarchique des déchets, cette formation apparaît comme une réponse structurée et profondément humaine. Les journalistes repartent avec des outils, mais aussi avec un mandat clair. Leur plume et leur micro ne doivent plus seulement constater le désastre, ils doivent aider à le prévenir. Et si la justice climatique commençait par une simple question posée au bon moment lors d’une conférence de presse ? Amnesty International Bénin veut croire que oui, et parie sur ces professionnels pour semer les graines d’une information responsable, juste et durable.

Damien TOLOMISSI

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