Tabaski 2026 : Un silence inhabituel sur les marchés de bétail

 Tabaski 2026 : Un silence inhabituel sur les marchés de bétail

D’habitude, à quelques jours de la Tabaski, les marchés à moutons grondent comme des ruches en pleine activité. Cette année, c’est un tout autre spectacle qui s’offre aux regards. Sur les stands de fortune installés un peu partout à Cotonou, les bêtes attendent patiemment. Les vendeurs eux, croisent les bras. Les clients sont rares. Ceux qui passent demandent les prix, soufflent, puis repartent les mains vides. La grande fête prévue pour le mercredi 27 mai prochain approche pourtant à grands pas. Mais l’inquiétude grandit dans le cœur des fidèles musulmans.

La raison de ce calme pesant est bien connue. La frontière entre le Bénin et le Niger reste fermée depuis juillet 2023. Une situation diplomatique qui pèse lourdement sur le commerce du bétail. Chaque année, des milliers de moutons traversaient cette frontière pour rejoindre les marchés béninois. Aujourd’hui, ce chemin est coupé.

Sur son petit emplacement, un vendeur à Cotonou ne cache pas sa détresse. Il explique la situation avec des mots simples mais lourds de sens. « Depuis trois ans, on a un sérieux problème avec le différend entre le Bénin et le Niger. Donc il n’y a pas d’entrée de bétail. » Pour faire venir les rares bêtes disponibles, il faut désormais faire un long détour. « Il faut passer par le Nigeria avant de rentrer au Bénin », précise-t-il. Ce chemin allonge les routes, multiplie les contrôles et surtout, fait exploser les frais. « Ce qui fait que le mouton est devenu cher. Il faut dépenser doublement le prix d’achat d’un mouton pour le faire rentrer au Bénin. » Le résultat est implacable. Les prix grimpent en flèche et les clients s’éloignent. « Le bétail revient un peu plus cher que d’habitude. On est là, les clients viennent demander mais ils n’achètent pas. On attend peut être que les dernières heures vont changer, sinon le marché est ralenti », souffle-t-il.

L’acheteur résigné : « 145 000 francs pour ce mouton »

Du côté des fidèles musulmans, la déception se lit sur les visages. Un acheteur, visiblement fatigué par ses recherches, raconte son parcours semé d’embûches. « J’ai pu trouver un mouton ohh. Mais ça n’a pas été facile. Ce petit mouton là m’a coûté 145 000 francs CFA. » L’homme est résigné. Il accepte cette dépense bien plus élevée que les années précédentes, faute de mieux. Il sait que beaucoup d’autres n’auront pas cette chance. Sur le marché, les prix varient énormément. Un commerçant confie que les montants s’étalent entre 80 000 et 400 000 francs CFA selon la taille et la race de l’animal. Des sommes inaccessibles pour une grande partie de la population.

Entre obligation religieuse et impuissance financière

El Hadj Mouphtaou fait partie des chanceux. Il a réussi à acheter sa bête, non sans difficultés. Mais autour de lui, de nombreux frères dans la foi n’ont pas cette opportunité. Un fidèle musulman, l’air franchement inquiet, confie sa détresse. « À deux reprises, j’ai déjà tenté d’acheter un mouton mais le prix donné est au-delà de ma capacité. Je ne sais pas comment faire. » Comme lui, ils sont nombreux à vivre cette impuissance. Alors, ils s’en remettent à la volonté du Miséricordieux Allah. Ils prient chaque jour pour qu’un miracle se produise avant le mercredi 27 mai. Pour pouvoir accomplir ce geste sacré, ce vœu cher au Prophète Mahomet. La foi est immense, mais la réalité du portefeuille est parfois plus forte. En attendant, les étals restent bien fournis et les cœurs, bien serrés.

LA REDACTION

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