Révolution industrielle en Afrique : Wadagni, chantre d’un nouveau modèle
Le président Romuald Wadagni a marqué de son empreinte la retraite stratégique d’Afreximbank le lundi 13 juillet à Addis-Abeba. Invité d’honneur de cette rencontre qui rassemble les plus grandes figures de la finance et de la gouvernance africaine, le chef de l’État béninois a ouvert le panel inaugural consacré à un sujet aussi sensible que crucial pour l’avenir du continent : les raisons profondes des échecs répétés de l’industrialisation en Afrique. Devant un auditoire composé de décideurs publics, d’opérateurs économiques et d’experts internationaux, il a livré une analyse sans complaisance qui a su convaincre par sa lucidité et sa rigueur.
Ce qui frappe d’emblée dans l’intervention du président Romuald Wadagni, c’est la singularité de son profil. Porté à la magistrature suprême en mai 2026 après avoir passé près d’une décennie à la tête du ministère de l’Économie à Cotonou, il incarne une figure rare sur la scène politique africaine, celle du président technocrate. Cette double identité lui confère une légitimité particulière pour aborder des sujets aussi techniques que les politiques d’industrialisation. Face à des personnalités aussi éminentes que le professeur Jeffrey Sachs ou Carlos Lopes, il a su faire valoir une expérience de terrain unique, alliant la maîtrise fine des rouages financiers régionaux à la réalité concrète de l’exercice du pouvoir suprême.
Loin des discours convenus qui émaillent habituellement les sommets internationaux, il a choisi de procéder à une véritable autopsie des blocages qui entravent le décollage industriel du continent. Il a identifié trois grands pièges systémiques qui transforment les plans industriels les plus ambitieux en vœux pieux. Le premier est d’ordre managérial et institutionnel. Il a souligné le manque cruel de coordination au sommet de l’État, où les administrations aux agendas souvent contradictoires finissent par diluer les réformes dans les méandres de la bureaucratie. Sans une impulsion inflexible et une capacité à aligner tous les acteurs autour d’une même feuille de route, les meilleures stratégies restent lettre morte.
Le deuxième piège est d’ordre financier. Le président Wadagni a dénoncé avec vigueur la tendance à concevoir des projets déconnectés de modèles économiques viables, suspendus à des financements hypothétiques et vulnérables aux moindres secousses de la conjoncture internationale. Trop souvent, les gouvernements africains se lancent dans des chantiers industriels sans avoir évalué avec rigueur leur rentabilité à long terme, ce qui les expose à des désillusions coûteuses. Le troisième écueil, peut-être le plus redoutable, relève de l’économie politique. L’industrialisation redistribue inévitablement les cartes, bouscule des rentes solidement établies et exige un temps long qui se heurte frontalement à l’immédiateté du calendrier électoral. Les résistances internes, souvent silencieuses mais tenaces, finissent par avoir raison des volontés les plus affirmées.
Face à ces pathologies chroniques qui paralysent le continent, Romuald Wadagni a opposé la trajectoire récente de son propre pays. La zone industrielle de Glo-Djigbé, développée en synergie avec le groupe ARISE Integrated Industrial Platforms, s’impose désormais comme un cas d’école de la rupture réussie. Le modèle repose sur un postulat économique pragmatique qui consiste à rompre définitivement avec le cycle infernal de l’exportation de matières premières brutes. En transformant le coton ou les produits agricoles directement sur le sol national, le Bénin capte la valeur ajoutée, crée des emplois qualifiés et sécurise un cadre réglementaire attractif pour les investisseurs internationaux. Cette expérience industrielle à grande échelle offre des réponses concrètes aux trois pathologies identifiées par le chef de l’État.
Pour contourner la lourdeur bureaucratique, le pilotage de la zone industrielle a été sanctuarisé au sein d’une structure dédiée, cogérée avec un partenaire technique chevronné. Pour lever le verrou financier, le projet a été pensé pour catalyser les capitaux privés plutôt que d’alourdir la dette publique, garantissant ainsi une viabilité économique durable. Pour neutraliser les résistances politiques, enfin, l’État béninois a sanctuarisé sa ligne politique, assurant aux industriels la visibilité et la continuité juridique indispensables aux investissements lourds. Cette feuille de route, qui résonne en parfaite harmonie avec le futur Plan stratégique VII d’Afreximbank, consacre l’influence renouvelée et la technicité du leadership béninois sur la scène continentale.
Outre ce succès personnel, la visite du président Wadagni à Addis-Abeba illustre une transformation profonde de la diplomatie béninoise. Après ses récents déplacements en Belgique et en Mauritanie, cette offensive diplomatique témoigne d’une volonté affirmée de repositionner le pays comme un partenaire incontournable des grandes dynamiques économiques africaines.
L’entretien privé avec le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a d’ailleurs permis d’ouvrir des perspectives de coopération concrètes dans les domaines de l’industrie manufacturière, de l’agriculture et des infrastructures. En tissant des liens solides avec l’Éthiopie, le Bénin élargit son horizon au-delà de l’espace francophone traditionnel et s’affirme comme un acteur résolument panafricain, pragmatique et tourné vers les résultats.
Pierre MATCHOUDO


