Refonte électorale : La CENA mise en veille après 31 ans d’existence
Un pan entier de l’architecture électorale béninoise vient de basculer. Réunis vendredi 10 juillet 2026 au Palais des Gouverneurs, les députés de la dixième législature ont adopté, à l’unanimité, un texte suspendant provisoirement le cadre légal de la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA). Cette décision ouvre la voie à une profonde refonte de l’institution chargée depuis 1995 d’organiser les scrutins dans le pays. Après trente et un (31) ans d’impacts sur la vie démocratique, l’organe électoral entre dans une phase de transition qui pourrait redéfinir en profondeur les règles du jeu politique béninois.
La séance plénière, présidée par le président de l’Assemblée nationale, s’est tenue en présence du ministre de la Justice et de la Législation, Yvon Détchénou, représentant l’exécutif. Cette présence gouvernementale témoigne de l’importance capitale de la réforme engagée. Le texte adopté abroge les dispositions du titre II du livre premier du Code électoral, celles qui définissaient jusqu’ici l’organisation des structures en charge des élections. Le vote unanime des parlementaires traduit un large consensus politique autour de cette réforme, malgré la portée historique de la décision. Jamais depuis sa création, la CENA n’avait connu une telle suspension de ses activités, et ce choix radical témoigne de la volonté des acteurs politiques de repenser entièrement le modèle électoral du pays.
Le calendrier de cette décision n’a rien d’un hasard. Le mandat unique de cinq (5) ans des membres actuels du Conseil électoral doit s’achever le 14 juillet 2026, dans quelques jours à peine. Or, avec l’allongement à sept (7) ans des mandats du président de la République, des députés et des conseillers communaux, décidé lors des récentes réformes institutionnelles, le calendrier électoral se trouve désormais aligné jusqu’à l’année 2033. Installer une nouvelle équipe dirigeante à la tête de la CENA dès cette année aurait ainsi maintenu en activité, pendant plusieurs années, une institution sans aucun scrutin à préparer. C’est cette logique pragmatique qui a présidé au choix des députés de mettre l’organe en veille plutôt que de renouveler ses instances. La suspension provisoire apparaît comme une solution raisonnable pour éviter une gestion coûteuse et inefficace d’une institution inactive.
La loi numéro 2026-14, désormais entrée en vigueur, renvoie au gouvernement le soin de préciser, par décret pris en Conseil des ministres, les modalités pratiques de cette transition. Parmi les tâches à accomplir figurent la liquidation des engagements en cours de la CENA, la gestion de son patrimoine immobilier et mobilier, ainsi que la réaffectation de son personnel qualifié. Ces opérations délicates devront être menées avec rigueur et transparence pour préserver les acquis de l’institution tout en préparant l’avenir. Le gouvernement aura également la charge de veiller à ce que cette période de transition n’affecte pas la confiance des citoyens dans le processus électoral, un enjeu essentiel pour la stabilité démocratique du pays.
Le texte ne signe toutefois pas la disparition définitive d’un organe électoral. Il ouvre la voie à la présentation d’un nouveau dispositif institutionnel, destiné à encadrer l’organisation des prochaines consultations, à l’horizon 2033. Cette refonte promet d’être ambitieuse, car elle devra tenir compte des évolutions récentes du paysage politique et des enseignements tirés des scrutins passés. Les acteurs politiques, la société civile et les experts en matière électorale seront sans doute appelés à contribuer à cette réflexion collective. L’objectif affiché est de doter le Bénin d’un système électoral plus moderne, plus efficace et plus conforme aux attentes des citoyens en matière de transparence et de fiabilité.
Damien TOLOMISSI


