Quand la bureaucratie étrangle le Fair-Play : Le sport pris en otage par les visas

 Quand la bureaucratie étrangle le Fair-Play : Le sport pris en otage par les visas

C’est une histoire qui fait mal au cœur et qui écorne l’image même de ce que le sport devrait incarner. Les Amazones du Bénin, ces guerrières du sable, championnes d’Afrique en titre et seules représentantes féminines du continent pour la Coupe du Monde de Beach Handball 2026, ne fouleront pas les terres croates. Leur rêve s’est brisé sur un écueil administratif, un refus de visa, une décision froide venue de loin qui réduit à néant des mois de préparation, de sacrifices et de sueur. La compétition tant attendue a déjà donné son top le  23 juin dernier  à Zagreb, mais sans elles.

« Cette décision fait suite à un avis défavorable des autorités croates, malgré les diligences accomplies par la FBHB, le ministère des Sports et de l’Engagement civique, le ministère des Affaires étrangères et l’Ambassade du Bénin au Maroc. » La Fédération Béninoise de Handball a rendu publique cette triste nouvelle, et c’est un coup de massue pour tout un peuple.

Comment accepter que des athlètes, qui ont gagné leur place sur le terrain, se la voient refuser à la porte d’un pays hôte ? Cette situation est une aberration totale, une contradiction flagrante avec les valeurs de brassage, de partage et de paix que le sport est censé véhiculer. On nous vend le sport comme un langage universel, un pont entre les peuples, une fête planétaire. Et pourtant, on assiste, impuissants, à ce spectacle navrant où des nations organisatrices, après avoir séduit le monde entier pour décrocher l’organisation d’un événement, érigent des barricades administratives. Comme l’a écrit, le chroniqueur Sportif,  Ambroise Zinsou dans sa chronique, « C’est une véritable hérésie ». C’est comme si l’on invitait des convives à un grand banquet pour ensuite leur interdire l’entrée de la salle. Les responsables des instances sportives internationales, souvent si prompts à poser devant les caméras aux côtés des chefs d’État, doivent cesser de fermer les yeux sur ce fléau. Ils se doivent d’exiger des pays hôtes des mesures dérogatoires claires pour garantir la libre circulation des sportifs. Il est temps de transformer les belles paroles en actes concrets.

L’argument de la souveraineté nationale ne peut pas tout justifier, surtout lorsqu’il s’agit de sportifs amateurs ou professionnels qui n’ont d’autre ambition que de représenter fièrement leur nation. « La FBHB, en contact permanent avec les instances compétentes, précise que cette absence ne résulte ni d’un retard ni d’une négligence, mais d’une décision souveraine. » Le Bénin, lui, a joué le jeu. Il a mis en place un accompagnement exceptionnel, une préparation intensive et a accompli toutes les démarches administratives dans les délais impartis. Passeports, formulaires, garanties financières, tout a été déposé. Pourtant, rien n’y a fait. Les autorités croates sont restées de marbre, insensibles à la détresse de ces jeunes femmes qui n’avaient que leur ballon et leur détermination pour seules armes. On est en droit de se demander si ce n’est pas une forme de mépris, une barrière invisible qui se dresse entre le Nord et le Sud, entre ceux qui ont le droit de voyager et ceux qui doivent constamment prouver qu’ils en sont dignes.

Cette décision est d’autant plus déchirante qu’elle frappe des athlètes qui ont remporté le sacre continental. Leur qualification historique à Lomé aurait dû être le début d’une aventure extraordinaire, une occasion de montrer au monde entier la vitalité du handball béninois et africain. Au lieu de cela, elles sont éconduites, « laissées sur le quai », comme des malpropres. C’est déshumanisant. La Fédération Béninoise de Handball exprime sa profonde déception, et elle a bien raison. « Cette épreuve ne saurait remettre en cause les progrès remarquables réalisés par le handball béninois ces dernières années ni la détermination des Amazones à poursuivre leur ascension sur la scène internationale. » Leur mérite, lui, reste intact. Il est même grandi.

Il est grand temps que le monde du sport prenne ses responsabilités. Exiger des garanties pour éviter les fugues, mettre en place des dispositifs sécuritaires renforcés, tout cela est envisageable pour faciliter la délivrance des visas. Mais opposer un refus catégorique, sans considération pour le parcours des athlètes, est une pratique indigne. Le sport est un vecteur d’union, pas un outil de division. Ces refus de visa sont une faute grave humaine, une absurdité qui rappelle que le chemin vers un monde plus juste et plus ouvert est encore long. Et pendant que les Amazones restent à quai, c’est un peu de l’âme du sport qui s’échappe.

Damien TOLOMISSI

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