Désignation des chefs de villages et de quartiers de villes : Quand le piège des retards fait feu

 Désignation des chefs de villages et de quartiers de villes : Quand le piège des retards fait feu

Bientôt six mois vont s’écouler depuis que les Béninois ont choisi leurs conseillers municipaux dans l’effervescence du scrutin du 11 janvier dernier. Pourtant, un rouage essentiel de la machine administrative locale reste obstinément figé. Les chefs de villages et de quartiers de ville, ces pivots de la vie quotidienne des citoyens, n’ont toujours pas été désignés. Cette attente interminable, qui enfreint ouvertement les cadres temporels fixés par les textes, suscite désormais une inquiétude palpable dans les rangs des populations comme chez les observateurs de la vie publique.

Le malaise est d’autant plus profond que cette situation n’est pas une première. Les actuels responsables locaux, installés en 2015, sont en place depuis une décennie, ayant survécu aux échéances de 2020 et maintenant à celle de 2026. Un statu quo qui, à force de durer, finit par vider de sa substance le principe même de la représentativité et de l’alternance à l’échelon le plus proche des administrés.

Une réforme ambitieuse rattrapée par les aiguilles du calendrier

Pour comprendre ce blocage, il faut revenir sur la mue profonde qu’a connue le mode de sélection de ces autorités de base. Autrefois élus au suffrage universel direct par leurs pairs, les chefs de villages et de quartiers sont aujourd’hui désignés par les partis politiques. Cette évolution, gravée dans le marbre par la loi révisée en mars 2024, entendait renforcer la cohérence de l’action publique en liant la base au sommet de l’édifice politique. A cet effet, le législateur avait pris soin de baliser ce nouveau parcours avec une précision horlogère. L’article 201-2 du code électoral est formel : la procédure doit s’enclencher dans les trente jours suivant l’installation officielle des nouveaux conseils communaux. Ces derniers ayant pris leurs fonctions entre le 14 et le 16 février dans les 77  communes du pays, le compte à rebours avait donc débuté dès la mi-février. La logique voulait que les listes de noms, établies au prorata des forces politiques en présence, soient transmises aux préfets avant la mi-mars, pour une installation des élus de base avant la fin du mois. Pour rappel, ce sont les partis Union Progressiste le Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain (BR) qui se sont partagé la quasi-totalité des localités à l’issue des élections communales et municipales du 11 janvier 2026.

Une gouvernance de base en attente de souffle nouveau

Les conséquences de cet enlisement ne sont pas anodines. En maintenant en place des équipes dont le mandat est techniquement expiré, c’est la chaîne entière de la décentralisation qui se trouve fragilisée. Les chefs de villages et de quartiers ne sont pas de simples figurants administratifs. Ils sont le premier maillon de la médiation sociale, les vigies qui remontent les alarmes, les organisateurs de la mobilisation citoyenne pour les campagnes de santé ou les travaux d’intérêt général. Leur absence de renouvellement crée un décalage entre la nouvelle donne politique issue des urnes et la réalité du terrain. C’est une dissonance qui pourrait à terme affecter la confiance des habitants dans leurs institutions et dans les promesses de la démocratie participative. Pour les observateurs, ce retard n’est pas un simple détail logistique. Il est perçu comme un symptôme d’un mal plus profond, celui d’une gouvernance qui peine à se décentraliser vraiment, faute de relais fiables et légitimes à la base.

L’impatience grandit dans les communautés locales

Dans les marchés et les cours communes, la question est sur toutes les lèvres : quand les nouvelles têtes prendront-elles enfin leur place ? L’impatience est vive, mêlée parfois à une certaine lassitude. Les candidats potentiels, dont les ambitions sont connues dans chaque localité, rongent leur frein. Les populations, elles, espèrent voir arriver des visages neufs et des méthodes renouvelées pour régler les problèmes du quotidien. Chaque jour qui s’écoule sans une décision ferme nourrit les spéculations et les frustrations. La balle est désormais dans le camp des autorités nationales et des partis pour dénouer ce blocage. Le temps presse, car à force de jouer les prolongations, c’est la crédibilité de toute la réforme de la décentralisation qui est mise en danger. L’aboutissement de ce processus est devenu une nécessité impérieuse pour redonner du souffle à la vie démocratique locale et pour que, enfin, le dernier kilomètre de l’action publique soit parcouru.

Damien TOLOMISSI

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