Guerre des chefs au sein des Démocrates : La Cour d’appel tranche ce jeudi
Le feuilleton judiciaire qui secoue la principale formation politique de l’opposition béninoise connaîtra un nouvel épisode ce jeudi 18 juin. La Cour d’appel de Cotonou examinera le recours introduit par Éric Houndété, lequel conteste la décision rendue en première instance par le Tribunal de Cotonou. Ce dernier avait donné raison à Nourénou Atchadé en le confirmant dans ses fonctions de président du parti Les Démocrates. Mais loin de s’avouer vaincu, l’ancien président intérimaire a choisi de poursuivre le combat judiciaire, relançant ainsi une bataille dont les ramifications dépassent largement le simple contentieux interne.
Pour comprendre les enjeux de cette procédure, écrit Beninwebtv, il est indispensable de remonter aux événements qui ont précipité la crise. Les Démocrates, créés en 2019 dans le sillage d’une scission des Forces Cauris pour un Bénin émergent, sont longtemps restés sous l’influence tutélaire de l’ancien président Thomas Boni Yayi. Celui-ci en avait pris officiellement la présidence en octobre 2023, succédant à Éric Houndété qui avait assuré l’intérim durant les premières années. Mais début mars 2026, Boni Yayi annonce son retrait pour raisons de santé, laissant le parti dans une situation délicate, d’autant que la formation n’avait obtenu aucun élu lors des législatives de janvier et que son candidat à la présidentielle d’avril avait vu son dossier rejeté.
La direction collégiale est alors confiée aux vice-présidents, avec Éric Houndété comme premier vice-président chargé de l’intérim, secondé notamment par Nourénou Atchadé. Cette organisation semblait stable jusqu’à ce que, le 22 mars 2026, un Conseil national décide de remplacer Houndété par Atchadé à la tête de l’intérim. Ce changement, d’après la même source contesté par Houndété qui quitta aussitôt la salle, allait ouvrir une fracture profonde. Quatre jours plus tard, le 26 mars, celui qui était encore président intérimaire jusqu’à cette révocation pose un geste lourd de conséquences : il participe activement à la signature d’un Pacte républicain en faveur de la candidature de Romuald Wadagni, le dauphin du président sortant. Cette prise de position publique, justifiée par des considérations humanistes et stratégiques, est vécue comme une trahison par les instances du parti, qui avaient opté pour une neutralité stricte dans la course à la succession de Patrice Talon.
La riposte ne se fait pas attendre. Dès le soir même, la direction des Démocrates annonce la suspension d’Éric Houndété et de 21 autres cadres ayant manifesté leur soutien au duo Wadagni–Chabi Talata. La sanction est motivée par la violation des textes internes et le non-respect de la ligne fixée par le Conseil national. Pour Houndété, cette exclusion est irrecevable, car elle repose selon lui sur une procédure irrégulière. Il saisit alors la justice pour faire annuler la désignation d’Atchadé et rétablir sa propre légitimité à la tête du parti. Ses avocats plaident que le Conseil national du 22 mars n’a pas respecté les dispositions statutaires, tandis que le camp adverse défend la validité des votes et la souveraineté de l’instance dirigeante.
Après plusieurs audiences marquées par des échanges juridiques serrés, le Tribunal de première instance de Cotonou rend son verdict le 29 avril 2026. Il déboute Éric Houndété et confirme Nourénou Atchadé dans ses fonctions. Cette décision, plutôt nette, aurait pu clore le litige. Mais Houndété, soutenu par une frange de militants et de cadres, a décidé de ne pas s’incliner. L’appel qu’il a formé sera donc examiné ce 18 juin, offrant une seconde chance à celui qui fut proche collaborateur de Boni Yayi. En attendant, la question qui agite les observateurs est moins de savoir qui l’emportera que de mesurer les conséquences politiques d’une éventuelle victoire du camp Houndété.
Car le cœur du problème ne réside pas uniquement dans la direction du parti. Il tient à l’orientation que prendrait Les Démocrates si son président intérimaire contesté parvenait à reprendre le contrôle. En soutenant publiquement le futur président Romuald Wadagni, Éric Houndété a clairement affiché son refus d’une opposition systématique. Il a même déclaré sur une radio locale que l’objectif d’un parti politique n’est pas de s’abonner à l’opposition, mais de conquérir le pouvoir et de l’exercer. Une telle logique, si elle venait à prévaloir, transformerait radicalement la nature de la formation. Les Démocrates, qui figurent officiellement comme parti d’opposition depuis leur enregistrement auprès du ministère de l’Intérieur en 2022, pourraient glisser vers une position plus conciliante, voire se rapprocher de la majorité présidentielle.
Le camp d’Atchadé, quant à lui, a réaffirmé avec force son ancrage dans l’opposition. Lors d’un Conseil national extraordinaire tenu le 9 mai 2026, il a réitéré son engagement à incarner une voix critique et constructive face au pouvoir en place. Pour ces dirigeants, l’attitude de Eric Houndété est une défection qui fragilise le front commun et compromet la crédibilité du parti auprès des électeurs. Ils estiment que la ligne de neutralité adoptée pour la présidentielle était la seule compatible avec l’éthique d’une opposition responsable, et que le ralliement à Wadagni constitue une rupture avec l’histoire du mouvement.
En dehors des arguments juridiques, cette affaire révèle une crise plus profonde, celle d’un parti qui peine à trouver sa voie après le retrait de son fondateur historique. Privé de représentants à l’Assemblée nationale et dans les communes, Les Démocrates traverse une traversée du désert. Les divisions internes, exacerbées par la compétition pour la succession de Boni Yayi, menacent de réduire à néant les espoirs de renouveau. L’audience de ce 18 juin 2026 ne tranchera peut-être pas définitivement le fond du débat, mais elle déterminera quel visage le parti offrira aux Béninois dans les mois à venir.
Arnaud ACAKPO (Coll)


