Cent premiers jours du président Wadagni : Le père Aguénounon entre espoir et vérité
Le philosophe politique et écrivain Arnaud Éric Aguénounon était en fin de semaine écoulée, l’invité du plateau d’Esae TV. Ce prêtre catholique a donné son avis sur les cent premiers jours du président Romuald Wadagni. Son regard est à la fois lucide et plein d’espoir. Il voit dans les premières décisions du nouveau chef de l’État des signes encourageants pour le pays.
« Quand je regarde les premières décisions des conseils des ministres, cela me donne une lueur d’espoir », a-t-il confié d’après le compte rendu de ADK Consulting. Il a fait un rapprochement avec l’année 2016. À cette époque, les premières mesures du gouvernement concernaient la restitution d’actifs. Cette fois, rien de tel. Pour lui, c’est un signe important d’un changement de direction.
Un autre point a retenu son attention. Il s’agit de l’attention portée au monde des étudiants et du geste envers les enseignants. Il parle de signes assez importants. Pour le philosophe, ces décisions montrent une vraie façon de gouverner. Il la résume en trois mots forts. « À travers tout cela, je lis de la compassion. À travers tout cela, je lis de la sollicitude. À travers tout cela, je lis aussi un esprit républicain », a déclaré le Père Arnaud Éric Aguénounon. Il oppose cet esprit à d’autres logiques de pouvoir. Il parle d’esprit clanique et d’esprit oligarchique. Pour lui, la façon de gouverner n’est jamais neutre. Elle dépend de l’esprit qui l’anime. Fort de ce constat, il garde un optimisme mesuré. « L’avenir est porteur de perspectives radieuses. J’espère que cela va continuer », a-t-il ajouté.
Cependant, l’espoir de l’abbé Aguénounon d’après la même source, ne l’a pas empêché de poser un regard critique sur le système politique béninois. « Nous sommes dans un système. De 2016 à maintenant, nous sommes dans un même système », a-t-il prévenu sans détour. Il dénonce une mécanique politique qui n’intègre que les personnes dociles et soumises. Les voix critiques sont mises dehors ou envoyées en prison. Pour lui, la particularité du Bénin est simple. Ce système est né et s’est nourri de l’exclusion. Il considère ce mal comme structurel et non comme un simple accident de parcours. L’homme d’Église a salué la volonté affichée d’encourager la production locale. Mais il insiste sur un point. Il faut transformer cette volonté en une vraie décrispation totale. Il appelle donc à recréer un cadre de dialogue et un cadre d’échange entre citoyens. Pour lui, il faut quitter l’exclusion et aller vers l’inclusion à tous les niveaux de la société béninoise. A l’en croire, c’est à cette condition que la paix sociale pourra durer.
L’abbé Aguénounon a aussi parlé des retours de la diaspora. Il s’en est réjoui. Il a salué la présence d’Américains, de Français et d’autres frères africains venus investir au Bénin. Mais il estime qu’un problème de fond reste entier. Il s’agit des détenus politiques et des exilés. « Il faut régler ces cas pour que le travail d’inclusion soit un travail plus profond, plus vrai, plus réaliste, plus tangible », a-t-il insisté. Il invite les autorités à ne pas se contenter de gestes symboliques. Elles doivent s’attaquer résolument aux dossiers les plus sensibles. Pour lui, c’est à ce prix que le pays pourra vraiment avancer.
Arnaud ACAKPO (Coll)


