Enfants de moins de 14 ans sans papiers : Une opportunité à saisir avant le 30 septembre 2026

 Enfants de moins de 14 ans sans papiers : Une opportunité à saisir avant le 30 septembre 2026

C’est une annonce qui redonne de l’espoir à des milliers de familles. Depuis le mercredi 16 septembre, le Bénin a décidé de sortir de l’ombre ces enfants que l’administration ne connaissait pas encore. Jusqu’au 30 septembre 2026, tous les enfants de moins de 14 ans qui n’ont jamais eu d’acte de naissance pourront désormais en obtenir un gratuitement. La décision a été rendue publique à Parakou, à l’occasion de la Journée internationale de l’identité. Elle est portée par l’Agence nationale d’identification des personnes, l’ANIP, avec le soutien de l’UNICEF.

Dans les rues de Parakou, l’information circule vite. Assise devant son petit commerce de tissus, Adjovi, la quarantaine, ne cache pas son soulagement. « J’ai trois enfants. Pour l’aîné, j’avais perdu le papier quand il était bébé. À l’école, on me demandait sans cesse l’acte de naissance. Je ne savais plus quoi faire. Aujourd’hui, on nous dit que c’est gratuit et que c’est l’ANIP qui s’en occupe. C’est une vraie délivrance pour moi », confie-t-elle.

Cette mesure concerne les enfants qui n’ont jamais été enregistrés auprès de l’agence. Elle vise à leur donner une existence légale. Car sans ce petit papier, un enfant n’existe pas aux yeux de l’État. Il ne peut pas passer un examen, s’inscrire à l’hôpital ou voyager. Il grandit avec un vide administratif qui peut peser toute sa vie.

Le directeur général de l’ANIP, Aristide Guy Adjinacou Gnahoui, a tenu à marquer les esprits lors de la rencontre de Parakou. « Aucun enfant ne doit être invisible à l’État », a-t-il déclaré avec fermeté. Pour lui, il ne s’agit pas seulement d’une formalité. C’est une question de dignité et de justice pour les plus jeunes.

Sur le terrain, les agents de l’état civil se préparent. Dans un centre d’arrondissement de la ville, une responsable rencontrée explique le fonctionnement. « Les parents doivent venir avec l’enfant. Ils n’ont pas besoin de payer quoi que ce soit. Nous vérifions les informations, nous enregistrons et l’acte est délivré. C’est simple et rapide. L’essentiel est que l’enfant soit là », précise-t-elle.

Pour beaucoup de familles, la barrière n’était pas seulement financière. Elle était aussi culturelle ou géographique. Dans les villages reculés, les naissances se font parfois à la maison, loin d’un centre d’état civil. Les parents attendent des mois, puis des années. Parfois, ils abandonnent. « Moi, j’ai accouché à la maison. Mon mari était au champ. Le centre était trop loin. On m’a dit qu’il fallait payer une amende pour le retard. Je n’avais pas l’argent. Alors j’ai laissé tomber », raconte Fatou, une jeune mère rencontrée à Parakou.

Aujourd’hui, avec cette opération, ces obstacles semblent s’effacer. La gratuité et la période prolongée jusqu’en 2026 doivent permettre à ces parents de rattraper le temps perdu. L’UNICEF, partenaire de l’opération, insiste sur l’importance de cette démarche pour l’avenir du pays. Un enfant enregistré, c’est un enfant qui pourra aller à l’école, se faire soigner et plus tard, travailler légalement.

Les autorités locales se mobilisent aussi. Dans les quartiers, des campagnes de sensibilisation sont organisées. Des crieurs publics passent dans les ruelles pour informer les familles. « On nous a dit que c’est pour les enfants qui n’ont pas encore de papier. Moi, j’ai un enfant de six ans. Je vais y aller dès demain. C’est une chance », témoigne un père de famille croisé au marché central.

La mesure ne concerne pas les enfants qui ont déjà un acte de naissance mais qui l’ont perdu. Elle vise ceux qui n’ont jamais été déclarés. C’est une nuance importante. L’ANIP précise que les demandes se font directement auprès de ses services. Les agents sont formés pour accueillir les familles et les accompagner dans les démarches. Pour les défenseurs des droits des enfants, cette initiative est une avancée majeure. « Le droit à l’identité est un droit fondamental. Sans lui, tous les autres droits sont fragiles. Cette opération doit être saluée et soutenue », estime un travailleur social de la région.

Les obstacles pratiques ne manquent pas. Certains parents vivent loin des centres. D’autres ne savent pas lire ou ne comprennent pas l’importance du document. Mais l’espoir est là. Dans les villages comme dans les villes, la nouvelle circule. Elle redonne confiance à ceux qui pensaient que leurs enfants resteraient à jamais sans nom.

La période court jusqu’au 30 septembre 2026. Une initiative pour que chaque enfant trouve sa place dans les registres. Comme le dit si bien Adjovi, la commerçante de Banikanni-Douwéro: « Si mon enfant a son papier, il pourra aller à l’école sans problème. Il pourra devenir quelqu’un. C’est tout ce que je demande. »

Pierre MATCHOUDO

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