Yayi, Talon, Wadagni, Trois étoiles mais un seul mentor : Nicéphore Dieudonné Soglo

 Yayi, Talon, Wadagni, Trois étoiles mais un seul mentor : Nicéphore Dieudonné Soglo

Il y a des hommes dont le destin dépasse leur propre mandat. Nicéphore Dieudonné Soglo est de ceux-là. Premier président de la République démocratique du Bénin, porté par la vague historique de la Conférence nationale de 1990, il incarne à lui seul le renouveau. Son nom résonne encore comme un symbole de liberté retrouvée et de reconstruction nationale. Ceux qui l’ont connu à l’époque parlent encore de sa rigueur, de son calme et de sa vision.

Mais ce qui rend cet homme vraiment unique, c’est sa capacité à rester influent bien après avoir quitté le palais. Depuis vingt ans, sans jamais faire de bruit, il a accompagné, conseillé et soutenu chaque président qui a dirigé le pays. Une fidélité discrète à l’État béninois. Une élégance politique rare. Là où d’autres cultivent la rancune ou l’ambition personnelle, lui a choisi la transmission. Une leçon de sagesse que beaucoup devraient méditer.

Un technocrate au service de la nation

Diplômé de la prestigieuse École nationale d’administration en France, Nicéphore Dieudonné Soglo n’a jamais été un simple politicien. Il a d’abord été un bâtisseur. En 1991, lorsqu’il devient président, il met en chantier une série de réformes audacieuses. Il modernise l’économie, ouvre le marché et pose les bases d’un État plus efficace. Il n’a pas peur des décisions difficiles. Au contraire, il les assume avec une tranquille détermination. Plus tard, comme maire de Cotonou de 2002 à 2015, il continue d’améliorer le quotidien des citoyens avec la même passion discrète et obstinée. Les habitants de la capitale se souviennent de ses actions concrètes : voirie, assainissement, organisation des quartiers. Rien de spectaculaire, mais tout d’utile. Une manière de servir sans chercher la lumière. Pourtant, c’est peut-être hors des projecteurs que son génie s’exprime le mieux. Car Nicéphore Soglo a un don précieux. Il sait reconnaître les talents avant tout le monde. Et surtout, il sait les placer au bon endroit. Ce n’est pas un hasard si les trois derniers présidents du Bénin lui doivent une partie de leur parcours. La chance ? Non. L’intelligence des hommes.

Boni Yayi, le premier choix gagnant

En 1992, alors qu’il est président, Soglo fait appel à un expert rigoureux venu de la BCEAO. Ce technocrate discret s’appelle Boni Yayi. Il lui confie un poste stratégique de chargé de mission aux affaires monétaires et bancaires. Pendant deux ans, Boni Yayi travaille aux côtés du président. Il apprend, observe, se forme à la haute gestion de l’État. Il découvre les rouages complexes du pouvoir et la manière dont on peut les utiliser pour le bien commun. Quelques années plus tard, en 2006, cet ancien collaborateur devient à son tour président du Bénin. Et il le reste dix ans. Un parcours que Soglo a contribué à rendre possible, bien avant que le grand public ne connaisse son nom. Sans cette main tendue au début des années 1990, l’histoire aurait probablement été différente.

Patrice Talon, le protégé devenu chef d’État

L’histoire est encore plus belle avec Patrice Talon. En 2018, dans les pages du magazine Jeune Afrique, l’ancien président raconte un épisode fascinant. Pendant son mandat entre 1991 et 1996, il nationalise la CFDT, le puissant empire français du coton. Puis il confie les marchés d’engrais et d’insecticides à une dizaine de jeunes entrepreneurs béninois. Parmi eux, un homme d’affaires ambitieux du nom de Patrice Talon. Ce dernier débute alors. Il a soif d’apprendre et de réussir.

Comme il le dit lui-même, Nicéphore Dieudonné Soglo lui a alors mis le pied à l’étrier. C’est le début d’une ascension fulgurante. Vingt ans plus tard, en 2016, celui que Soglo a aidé à démarrer devient président de la République. Et l’ancien chef de l’État n’hésite pas une seconde. Il bat campagne pour Talon, offrant son expérience et son réseau à celui qu’il a soutenu bien avant tout le monde. Une fidélité rare dans un milieu où les amitiés sont souvent de courte durée.

Romuald Wadagni, la nouvelle étoile

En 2026, le Bénin se prépare à tourner une nouvelle page. C’est Romuald Wadagni qui est appelé à prendre la tête du pays. Et une fois encore, la voix sage de Nicéphore Soglo se fait entendre. En avril dernier, il a pris la parole avec une émotion rare. Lisons-le : « Je connais Romuald Wadagni et je puis certifier de son dévouement à la chose publique. Mieux, sa profonde connaissance des enjeux liés au développement du Bénin fait la différence. À l’heure de la maîtrise du réel, loin du tumulte, Romuald Wadagni possède cette vertu rare, celle de l’architecture de la précision. Dans le silence de son expertise, j’ai reconnu l’écho de ce que l’État doit à ses citoyens : de la sécurité, de la prévisibilité et une prospérité qui ne doit rien au hasard. Après le président Patrice Talon, passons donc le flambeau à Romuald Wadagni en votant massivement pour lui. Comme vous déjà, je lui fais confiance, car il saura transformer nos espoirs en résultats tangibles. »

Un homme au service de la continuité

Ce que ces trois histoires révèlent, c’est la constance d’un homme. Depuis 2006, Nicéphore Dieudonné Soglo n’a jamais cessé de soutenir ceux qui gouvernent. Peu importe les étiquettes. Ce qui compte pour lui, c’est l’intelligence, le dévouement et la capacité à servir la nation. Il n’a jamais cherché à revenir sur le devant de la scène pour lui-même. Il a choisi un rôle plus rare, plus noble : celui de conseiller discret et éclairé.

Boni Yayi, Patrice Talon, Romuald Wadagni. Trois présidents. Trois époques. Mais un seul dénominateur commun : l’ombre bienveillante et éclairée de Nicéphore Soglo. Un homme dont la main discrète a aidé à écrire quelques-unes des plus belles pages de la jeune démocratie béninoise. Et qui continue, avec la même flamme, d’indiquer le chemin. Le Bénin peut s’enorgueillir d’avoir un tel sage dans son paysage politique. Et les générations futures se souviendront que, derrière chaque grand président, il y avait parfois un maître silencieux nommé Nicéphore Soglo.

Damien TOLOMISSI

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