Baisse du stock halieutique au Bénin : Fermeture temporaire des cours d’eau comme solution
Depuis le 1er avril 2026, le lac Nokoué, la lagune de Porto-Novo et leurs chenaux sont fermés à la pêche avec une stricte interdiction de toutes activités de pêche. C’est l’une des mesures palliatives prises par la Direction de la pêche. L’objectif est de laisser les poissons se régénérer aux fins de renouveler le stock halieutique, en baisse drastique.
»Les poissons deviennent rares de jours en jours dans les cours d’eaux béninois. » Les pêcheurs s’accordent à le dire. Ils disent que les parties de pêche sont devenues des corvées. Conséquence, ils font plusieurs navettes à bord de leurs pirogues avant de pêcher quelques kilos de poissons. « J’avais 17 ans quand j’ai commencé cette activité. Et je peux vous dire qu’avant, il y avait assez de poissons, beaucoup de poissons. Mais aujourd’hui, c’est compliqué, très compliqué. Nous naviguons à longueur de journée avant de trouver du poisson. », confie Agbozoumin, pêcheur à Agbato, un quartier lagunaire de Cotonou. Interrogés, des agents de la Direction de la pêche confirment la situation. Il y a bel et bien diminution de stock halieutique dans les plans et cours d’eau du Bénin. Et plusieurs facteurs expliquent le phénomène.
Des causes bien connues
Plusieurs facteurs sont à l’origine de la baisse observée. L’un des tout premiers est l’influence anthropique. L’homme est au banc ses accusés. Et on note la surexploitation. Il y a plus de pêcheurs aujourd’hui qu’avant. « Avant nous n’étions que quelques-uns à pratiquer cette activité. Mais de jours en jours, la population des pêcheurs augmente. Bon ! Tout le monde doit manger et subvenir à ses besoins » ajoute un autre pêcheur entre deux soupirs.
Assis sur un tabouret, le septuagénaire s’applique à arranger ses filets avant de reprendre le chemin de l’eau. Mais au-delà, l’usage des engins de pêche prohibés est une cause majeure. « Certains utilisent des filets à petites mailles dits »mindokpokonou », littéralement traduit en fon, une langue véhiculaire du Bénin, cela veut dire »une seule personne a le sourire ». Ce sont des filets qui ramassent tout, jusqu’à alevins. D’autres utilisent même des moustiquaires qu’ils mettent en bas des filets à grandes mailles afin de tromper la vigilance des contrôleurs » se désole Agbozounmè. L’usage de filets mono filament et la pratique de la pêche destructive, avec des techniques non-sélectives en sont pour beaucoup renseigne le chef de service division de la réglementation de la pollution halieutique à la direction de la pêche. « C’est une technique de pêche très, très destructive. Le mindokpokonou est comparé à une scène de crime ou vous rentrez dans une maison et vous tuez le père et la mère. Dans ce cas, les enfants peuvent continuer à se reproduire. Mais lorsque vous tuez tout le monde, le père, la mère et les enfants, ça veut dire que vous exterminez cette maison. Cette technique ramasse tout, les grands poissons, les petits poissons, les larves et même les oeufs. », renchérit Blaise M. Énouheran.

Les facteurs écologiques
Et ce n’est pas tout. En dehors de ces facteurs, il y a également la dégradation de l’écosystème aquatique, dont la disparition des mangroves et l’occupation anarchique des berges lagunaires. A cela s’ajoute la destruction des zones de reproduction des poissons et la disparition des mangroves. « Aujourd’hui, l’homme à la recherche du bois, détruit ces mangroves » note le chef service de division de la réglementation de la pollution halieutique à la Direction de la pêche. La pollution des eaux, le rejet des eaux usées domestiques, directement dans le plan d’eau ou encore l’utilisation des pesticides et des engrais participent à la pollution de l’eau. Les poissons n’ont plus les conditions nécessaires de reproduction.
Des mesures prises
Une situation qui préoccupe au plus haut niveau. Pour endiguer le mal et arrêter la saignée, l’État a pris plusieurs mesures. L’une d’entre elles est l’instauration des périodes de pêche. Cette mesure qui a commencé en 2025 sera répétée en 2026. Ainsi dès le 1er avril et ce jusqu’au 30 du mois même, le lac Nokoué, la lagune de Porto-Novo et leurs chenaux seront fermés. « Toutes les activités de pêche seront interdites pendant ladite période », explique Kevin Koffi Kinkpé, Chef service des contrôles et suivi des produits halieutique et de la post-capture sur les antennes de CAPP FM, une radio de Cotonou. L’objectif dia-t-il « est de permettre aux poissons de se multiplier et grandir avant d’être pêchés. La mesure a bien été expliquée aux responsables des associations de pêcheurs et des sensibilisations sont faites. » En cette année 2026, trois périodes d’interdiction de pêcher seront instaurées. Il faut noter « qu’une brigade mobile est instituée pour surveiller la mise en application de cette mesure de fermeture des cours d’eaux » fait observer le Chef service des contrôles et suivi des produits halieutique et de la post-capture.
Arnaud ACAKPO (Coll)