Près de 170 travailleurs de la SRTB licenciés : Romuald Wadagni hérite d’une patate chaude
À quelques jours seulement de la prestation de serment du nouveau président de la République, le gouvernement béninois fait face à une nouvelle controverse sociale. Au cœur de la tension : le licenciement massif de près de 170 travailleurs de l’ex-ORTB, devenue Société de Radio et Télévision du Bénin (SRTB). Une décision qui suscite colère, incompréhension et inquiétudes au sein des employés et des syndicats et qui n’est ni plus ni moins qu’un héritage empoisonné légué au président Wadagni.
Selon Romulus Sèdjamè, Secrétaire général du syndicat de la SRTB, c’est le 7 mai dernier qu’il a découvert l’ampleur de la mesure. « Nous avons appris qu’il s’agissait de 169 agents. Vous comprenez qu’en tant que responsable syndical, je ne peux pas accepter cela », a-t-il déclaré. Pour lui, si le licenciement repose sur un fondement légal, notamment la restructuration de l’entreprise publique, la manière dont le processus a été conduit pose de sérieux problèmes.
« Le motif invoqué tient la route. Une restructuration peut nécessiter des réajustements. Mais il fallait discuter, dialoguer avec les partenaires sociaux », insiste le responsable syndical. Celui-ci dénonce surtout une absence totale de concertation. D’après ses explications, le syndicat aurait été mis devant le fait accompli, sans possibilité de négociation préalable.
Le syndicat affirme avoir demandé à consulter la liste des agents concernés afin de comprendre les critères de sélection utilisés. Une requête qui aurait essuyé un refus catégorique de la direction et des autorités compétentes. Malgré cela, les représentants des travailleurs disent avoir réussi à obtenir la liste par leurs propres moyens.
Les premières analyses effectuées par le syndicat soulèvent plusieurs interrogations. Dans certains services, jusqu’à neuf employés sur dix auraient été licenciés. Une situation qui, selon les responsables syndicaux, risque de désorganiser profondément le fonctionnement de la structure publique. « Comment assurer efficacement les missions de service public avec des équipes aussi réduites ? », s’interroge un agent de la maison.
Cette vague de licenciements n’est pas une première au sein de l’ex-ORTB. L’État béninois avait déjà procédé à deux précédentes opérations de réduction du personnel. La première avait concerné des agents d’entretien, tandis que la seconde visait principalement des travailleurs proches de la retraite. Mais cette nouvelle phase semble beaucoup plus brutale aux yeux des employés.
Selon plusieurs témoignages, les personnes ciblées auraient été informées le 12 février pour une prise d’effet du licenciement au 28 février, soit à peine deux semaines plus tard. Journalistes, techniciens, administratifs : aucun corps de métier n’a été épargné par cette mesure.
Au-delà des conséquences sociales immédiates, cette affaire relance le débat sur l’avenir du service public audiovisuel au Bénin. Plusieurs observateurs dénoncent une volonté progressive de privatisation du secteur. Ils rappellent notamment la récente fermeture de Radio Parakou, unique radio publique du nord du pays, créée au début des années 1980 et considérée pendant des décennies comme un outil essentiel d’information et de cohésion sociale dans la région septentrionale.
Dans un contexte politique sensible, ce dossier apparaît désormais comme un véritable défi pour le pouvoir en place et pour les nouvelles autorités appelées à prendre les rênes du pays. Entre impératifs économiques, modernisation des structures publiques et préservation de l’emploi, le gouvernement devra trouver un équilibre afin d’éviter que cette crise sociale ne se transforme en malaise durable au sein des médias publics béninois.
Etienne YEMADJE