Mécanisation, assurance, crédit : Nourrir le Bénin avec ce que le Bénin produit

 Mécanisation, assurance, crédit : Nourrir le Bénin avec ce que le Bénin produit

Romuald Wadagni dans son projet de société accorde une place centrale à l’agriculture. Cette priorité se justifie par le poids de ce secteur dans l’économie béninoise et par le nombre de citoyens qui en vivent. L’ambition affichée consiste à transformer profondément les conditions de travail et de vie des producteurs ruraux. Pour y parvenir, plusieurs actions concrètes sont prévues, sans que le paysan ait à attendre des années avant d’en ressentir les effets.

Le premier engagement concerne l’accompagnement technique de chaque petit agriculteur sur sa propre parcelle. Des semences à haut rendement seront distribuées. Des engrais de qualité seront mis à disposition. Des machines agricoles adaptées aux petites exploitations seront accessibles. En complément, des conseillers techniques se déplaceront régulièrement sur le terrain pour former les producteurs aux bonnes pratiques. Cette organisation vise à rompre l’isolement du cultivateur qui, jusqu’ici, gérait seul ses cultures face aux aléas. L’objectif chiffré de ce volet est de tripler les rendements du manioc et du maïs, puis doubler ceux du cajou, du riz, du soja et du karité. Pour une famille rurale, passer de la survie alimentaire à une stabilité durable devient ainsi envisageable.

Les résultats obtenus lors des dernières années fournissent une base solide à cette nouvelle étape. Le Bénin a déjà quadruplé ses surfaces irriguées sur une décennie. Des milliers de tracteurs subventionnés circulent aujourd’hui dans les campagnes. La production nationale de riz a plus que doublé depuis 2016. Romuald Wadagni propose d’accélérer cette dynamique en installant des centres de mécanisation dans toutes les régions. Des drones survoleront les champs pour surveiller l’état des cultures. L’intelligence artificielle aidera à détecter précocement les maladies ou les risques de sécheresse. Ces outils modernes ne remplacent pas le savoir du paysan, mais ils renforcent sa capacité à anticiper les problèmes.

En dehors des techniques culturales, le programme introduit une protection sociale inédite pour le monde agricole. Ce dispositif repose sur trois mécanismes liés : l’épargne individuelle, l’assurance récolte et la retraite. Concrètement, à chaque vente de sa production, l’agriculteur verra ses revenus répartis en trois parts. Une première part lui est versée immédiatement pour couvrir les besoins quotidiens de sa famille. Une deuxième part sert à rembourser les intrants qui lui ont été avancés au début de la saison. La troisième part est déposée dans un fonds de prévoyance collectif. Si une mauvaise saison détruit les cultures, ce fonds compense les pertes. Si le producteur vieillit et ne peut plus travailler, il perçoit une retraite régulière.

Cette innovation répond à une réalité que beaucoup de familles rurales connaissent bien. Actuellement, un agriculteur béninois qui prend de l’âge ne dispose d’aucun filet de sécurité. Il travaille jusqu’à épuisement, puis dépend entièrement du soutien de ses enfants. Le projet de Wadagni met fin à cette précarité structurelle. Il garantit que celui qui a nourri le pays pendant des décennies ne termine pas sa vie dans l’abandon. Ce volet social constitue sans doute la rupture la plus significative avec les politiques agricoles antérieures.

L’accès au financement représente un autre obstacle majeur pour les petits producteurs. Beaucoup souhaitent agrandir leur exploitation, acheter du matériel ou diversifier leurs cultures, mais ils se heurtent à des procédures bancaires trop complexes. Le Fonds National de Développement Agricole a déjà financé près de 10 500 projets pour un montant total de 89 milliards de FCFA. Le prochain mandat prévoit de renforcer ce dispositif et de l’adapter aux réalités du terrain. L’objectif est qu’un paysan de Tchaourou, de Natitingou ou de Lokossa puisse obtenir un crédit agricole sans fournir une montagne de papiers ni des garanties impossibles à réunir. Emprunter pour investir sans se retrouver piégé par l’endettement devient ainsi une perspective réaliste.

Le programme ne concerne pas uniquement les cultivateurs de céréales ou d’oléagineux. Il intègre également les pêcheurs et les éleveurs. De nouveaux débarcadères modernes seront construits dans les principales villes côtières afin de mieux conserver et commercialiser les prises. La production halieutique a déjà progressé de 77 % en moins de dix ans, et cette dynamique sera maintenue. Dans le domaine de l’élevage, un programme destiné à 5 000 entrepreneurs avicoles est déjà en cours. Une ferme de 20 000 hectares est par ailleurs prévue pour développer la production industrielle de viande bovine. Viande, œufs, poisson : l’ambition est de nourrir le Bénin avec ce que le Bénin produit lui-même, réduisant ainsi la dépendance aux importations.

Ce projet de société modifie en profondeur la condition du monde rural. Le paysan cesse d’être un homme qui subit passivement les aléas du ciel et du marché, sans protection ni avenir assuré. Il devient un entrepreneur rural, encadré techniquement, financé convenablement, protégé par une assurance et capable de préparer sa vieillesse. La terre, qui fut longtemps synonyme de labeur précaire, se transforme en vecteur d’ascension sociale. Dans les champs, les villages et les marchés hebdomadaires, des millions de Béninois observent la concrétisation de ces engagements. Le programme de Wadagni leur offre désormais un cadre clair et des mesures précises pour sortir de la vulnérabilité.

Damien TOLOMISSI

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