Kemi Seba et l’ami suprémaciste blanc : Quand le discours ne correspond plus aux actes

 Kemi Seba et l’ami suprémaciste blanc : Quand le discours ne correspond plus aux actes

Kemi Seba se présente comme un défenseur acharné de l’Afrique et de la dignité noire. Ses discours enflammés contre le néocolonialisme français et occidental lui ont valu une certaine popularité sur le continent et dans sa diaspora. Pourtant, les faits récents racontent une tout autre histoire. Arrêté à Pretoria le 13 avril 2026, l’activiste béninois se trouvait en compagnie d’un homme dont les idées sont radicalement opposées à tout ce que Kemi Seba prétend défendre.

François van der Merwe, Sud-Africain arrêté aux côtés de Kemi Seba, est un militant suprémaciste blanc assumé. Ce fermier de la région du Limpopo dirige un groupuscule d’extrême droite appelé les Bittereinders. Ce nom fait référence à une faction de Boers qui combattit les Britanniques à la fin du 19ème  siècle. Mais derrière cette référence historique se cache une idéologie bien plus inquiétante.

Un ami à craindre

Les Bittereinders ne cachent pas leur nostalgie de l’apartheid. Ce régime qui a sévi en Afrique du Sud jusqu’en 1991 était fondé sur la supériorité de la population blanche sur les populations noires. François van der Merwe et ses camarades défendent ouvertement cette vision du monde. Ils multiplient les manifestations et les actions violentes. Plusieurs membres de ce groupe ont déjà été condamnés pour violences contre les forces de l’ordre ou pour appels à la haine raciale.

Ce même van der Merwe arbore régulièrement le drapeau du Transvaal, un emblème de l’ancienne république boer. Ses discours reprennent la théorie complotiste d’un prétendu génocide blanc en Afrique du Sud. Cette thèse, reprise notamment par l’ancien président américain Donald Trump, est un outil de propagande utilisé par les suprémacistes blancs pour justifier leur combat.

Comment un homme qui se veut le porte-parole du panafricanisme et de la lutte contre l’oppression des Noirs peut-il fréquenter et collaborer avec une personne qui considère que les Blancs sont supérieurs aux Noirs ? La contradiction est flagrante. Elle ne peut passer inaperçue aux yeux de ceux qui observent avec honnêteté.

Une complicité bien réelle

L’arrestation du 13 avril ne doit rien au hasard. Kemi Seba se trouvait dans un centre commercial du quartier huppé de Brooklyn à Pretoria en compagnie de son fils et de François van der Merwe. Les trois hommes possédaient 318 000 rands en liquide, soit environ 16 000 euros. Selon la police sud-africaine, van der Merwe devait toucher 250 000 rands, environ 12 500 euros, pour jouer le rôle de facilitateur.

De quoi s’agissait-il ? Kemi Seba et son fils souhaitaient traverser le fleuve Limpopo à la frontière entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe. Leur objectif était ensuite de rejoindre l’Europe. Pour cette mission, l’activiste panafricaniste a fait appel à un suprémaciste blanc nostalgique de l’apartheid. Les images sont fortes. Un défenseur des droits des Noirs paie un homme qui croit en la supériorité blanche pour l’aider à fuir.

Le fil conducteur russe

Un élément semble pourtant lier ces deux hommes que tout devrait opposer. François van der Merwe entretient des liens étroits avec la Russie. Il s’est rendu à Moscou en 2024 à l’invitation de Konstantin Malofeev, un oligarque russe sous sanctions américaines et européennes. Ce dernier promeut une idéologie d’extrême droite teintée de conservatisme orthodoxe russe. Il a financé de nombreux partis d’extrême droite en Europe, notamment le Rassemblement national français en 2014.

Kemi Seba, de son côté, entretient également des relations financières et politiques avec la Russie. Comme Jeune Afrique l’a documenté, les liens entre l’activiste béninois et Moscou sont anciens et solides. Il a même été en relation avec Alexandre Douguine, considéré comme l’un des idéologues de Vladimir Poutine et un penseur majeur de l’anti occidentalisme russe. Cette connexion russe commune explique peut-être la présence de Kemi Seba aux côtés de van der Merwe. Les alliances géopolitiques peuvent parfois créer des liens inattendus. Mais cela ne justifie en rien le choix de collaborer avec un homme dont l’idéologie est ouvertement raciste et suprémaciste blanche.

Une histoire ancienne avec l’extrême droite

Ce n’est pas la première fois que Kemi Seba fréquente des cercles d’extrême droite. En mai 2006, à l’âge de 27 ans, il dirigeait la Tribu Ka, une organisation qui avait organisé une action spectaculaire dans la rue des Rosiers à Paris. Ce quartier est réputé pour ses commerces tenus par des membres de la communauté juive. Les membres de la Tribu Ka avaient multiplié les actes d’intimidation dans cette rue où un attentat antisémite meurtrier avait eu lieu en août 1982. Cette action a valu la dissolution officielle de la Tribu Ka par le ministère français de l’Intérieur pour incitation à la haine raciale et antisémitisme. En mai 2008, Kemi Seba a également participé à une manifestation organisée par la Droite socialiste, un groupuscule français se revendiquant nationaliste socialiste, ce qui dans les faits renvoie au nazisme. Ces éléments montrent que la fréquentation des cercles d’extrême droite n’est pas nouvelle chez l’activiste béninois.

La sincérité en question

Face à ces faits, une question s’impose. Comment croire encore à la sincérité du discours de Kemi Seba ? Comment un homme qui lutte contre le racisme anti noir peut-il s’allier à un suprémaciste blanc ? Comment un défenseur de la dignité africaine peut-il collaborer avec un nostalgique de l’apartheid, ce système qui a humilié et opprimé des millions de Noirs sud-africains ? La réponse semble évidente. Le discours de Kemi Seba n’est pas guidé par une véritable conviction morale ou politique. Il est avant tout opportuniste. Ses prises de position et ses alliances changent selon ses besoins du moment. Ce qui compte pour lui n’est pas la cohérence idéologique mais l’efficacité pratique. Si s’allier avec des suprémacistes blancs lui permet d’atteindre ses objectifs, il le fait sans hésitation.

Cette révélation jette une lumière crue sur le personnage. Derrière le panafricaniste flamboyant se cache un opportuniste prêt à tout pour servir ses intérêts. Derrière le discours de libération se trouve un homme dont les actions contredisent constamment les paroles. Les esprits non avisés qui croyaient en son combat doivent aujourd’hui ouvrir les yeux. Kemi Seba n’est pas le défenseur sincère qu’il prétend être. Il est un acteur habile qui utilise les causes justes pour servir ses propres fins. L’amitié avec un suprémaciste blanc nostalgique de l’apartheid en est la preuve la plus éclatante.

Eric TOPONA

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