Victoire éclatante de Romuald Wadagni au 1er tour de la présidentielle : Le clin d’œil de Boni Yayi
L’élection de Romuald Wadagni à la présidence du Bénin a provoqué une onde positive, signe d’un avenir radieux. Parmi toutes les réactions, celle de l’ancien Chef d’État Boni Yayi a retenu l’attention par sa forme élégante et son fond exigeant. Dès que la Cour constitutionnelle a rendu son verdict, l’ancien président a choisi de s’exprimer sur sa page Facebook avec une lettre ouverte qui ressemble autant à un encouragement qu’à un rappel des devoirs.
Dans ce message, Boni Yayi félicite chaleureusement le nouveau locataire du Palais de la Marina. Il écrit : « Je tiens à vous adresser mes félicitations paternelles et républicaines pour votre élection à la magistrature suprême de notre pays. » Par ces mots, il se place à la fois dans la position d’un aîné qui observe et d’un citoyen qui respecte les règles. Il ajoute aussitôt : « Plein succès » pour accomplir « cette haute mission au service de la Nation ». Ces vœux semblent sincères, mais ils ne sont pas gratuits. Derrière chaque compliment, on devine une attente.
Boni Yayi n’a jamais caché ses convictions. Il a dirigé ce pays et il connaît le poids des responsabilités. Aussi, après avoir tendu la main par des félicitations, il en vient directement à ses doléances. Il demande au président élu de « s’attacher à restaurer durablement la cohésion et l’unité nationales ». Ce n’est pas une phrase en l’air. Le Bénin a connu ces dernières années des tensions politiques vives. Pour l’ancien président du parti Les Démocrates, l’urgence est qu’il faut recoudre le tissu social par les considérations politiques.
L’ancien Chef d’État insiste ensuite sur un point qui lui tient à cœur. Il invite Romuald Wadagni à « rebâtir les fondements démocratiques » du Bénin et à « faire vivre, avec exigence, les principes d’équité, de justice et de respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». Cette phrase rappelle que la démocratie ne se décrète pas une fois pour toutes. Elle se cultive chaque jour par des actes concrets. Les libertés fondamentales, le respect des opposants, l’indépendance de la justice sont des piliers que Yayi appelle à renforcer.
Le message devient plus personnel quand l’ancien président aborde le sort des béninois en difficulté avec la justice. Il demande que des mesures soient prises pour favoriser le retour de tous les fils et filles du pays, ainsi que la libération des personnes détenues. Il écrit que ces actes permettront « de restaurer un climat de confiance propice à la réconciliation nationale ». Derrière ces mots, on entend l’écho de nombreux exilés politiques et de prisonniers dont les familles attendent une issue positive. Yayi ne donne pas de noms, mais tout le monde comprend de qui il parle.
Ce plaidoyer pour la réconciliation nationale n’est pas nouveau chez lui. Il appelait déjà par le passé à l’unité. Aujourd’hui, il répète le même refrain avec une insistance particulière, car il sait que la division affaiblit un pays plus que n’importe quelle crise économique. Il veut que Romuald Wadagni comprenne que gouverner, ce n’est pas seulement gérer le volet macro-économique en renflouant les caisses de l’Etat. C’est aussi panser les blessures invisibles.
Boni Yayi n’oublie pas non plus la dimension régionale. Il plaide pour de bonnes relations avec les pays voisins et pour une union autour des défis sécuritaires de la sous-région dans le respect des équilibres nationaux et régionaux. Le Bénin partage des frontières avec le Nigeria, le Togo, le Burkina Faso et le Niger. Les menaces terroristes, la contrebande, les migrations ne s’arrêtent pas aux lignes tracées sur les cartes. En tant qu’ancien chef d’État, Yayi le sait et rappelle donc à Wadagni qu’un président ne peut pas fermer les yeux sur ce qui se passe au-delà des frontières.

Ce qui frappe dans cette lettre
C’est le ton. Yayi ne menace pas. Il ne vient pas en donneur de leçons. Il félicite d’abord, puis faitses demandes comme on glisse une lettre sous une porte. Il utilise les mots du père de famille qui espère que son fils reprendra le flambeau sans trahir l’héritage. Pourtant, les observateurs avertis savent que chaque phrase est pesée. Chaque demande est un rappel des critiques que Yayi a formulées par le passé contre la gestion de son successeur.
Boni Yayi, par ce clin d’œil public, semble poser une pierre dans le jardin de la nouvelle présidence. Il a montré qu’il reste un acteur incontournable de la vie politique béninoise, même hors du pouvoir. Ses félicitations ne sont pas une reddition. Ce sont des conditions polies. Les réponses à ces questions dessineront le visage de son mandat du nouveau président de la République. Et tout le pays attend de voir comment Wadagni recevra ce message.
Arnaud ACAKPO (Coll)