Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Le prix de la fidélité »

 Dadah Bokpè Houézrèhouèkè : « Le prix de la fidélité »

Dadah Bokpè Houézrèhouèkè, figure discrète mais respectée prend la parole pour évoquer un sujet rare : la fidélité. Fort d’une vie passée à observer les régimes et les promesses. Il livre une réflexion sans fard. Il raconte le prix payé par ceux qui restent constants pendant que d’autres changent de camp au gré du vent. Entre honneur et solitude, entre silence et sommeil tranquille, il offre aux jeunes une leçon précieuse sur la valeur d’une parole donnée.

Asseyez-vous un instant. Écoutez celui qui a vu défiler les régimes, les promesses et les déceptions. Je souhaite vous parler aujourd’hui d’une chose rare. Cette chose s’appelle la fidélité. Beaucoup en parlent. Peu la pratiquent. Et presque personne ne mesure son véritable prix. Laissez-moi vous guider à travers ma propre expérience, car la sagesse ne s’achète pas au marché. Elle se construit avec les années, les larmes et les combats silencieux.

Je suis né dans une époque où la parole donnée valait plus que l’or. Mon père me répétait souvent cette phrase : « Si tu promets quelque chose à ton prochain, même la mort doit te trouver en train d’essayer de tenir ta promesse ». J’ai grandi avec cette règle. Elle a guidé tous mes engagements, y compris mes choix politiques. Car dans la vie de tous les jours, la fidélité devient un fardeau. Les autres vous regardent, vous jugent, vous demandent pourquoi vous restez fidèle à quelqu’un alors que tout le monde part. Ma réponse est simple. Ce n’est pas une question d’aveuglement. C’est une question d’honneur.

Beaucoup de gens aujourd’hui confondent la fidélité avec la naïveté. Ils pensent que rester constant signifie manquer d’ambition ou de lucidité. Quelle erreur profonde. La fidélité exige au contraire une clairvoyance aiguë. Il faut savoir ce que l’on fait. Il faut mesurer les risques. Il faut accepter la solitude. Car soyez honnêtes, dans ce pays, être fidèle ne rapporte pas toujours des sourires. On vous tourne le dos. Si c’est dans le domaine politique, on vous oublie dans les nominations. On préfère ceux qui changent de camp chaque saison, ceux qui savent où souffle le vent du pouvoir. Moi, je ne cours pas après le vent. Je reste debout comme un fromager dont les racines plongent profond dans la terre béninoise.

Le prix de la fidélité se paie d’abord en silence. Vous voyez vos compagnons d’hier devenir de grandes personnalités ou de grands hommes d’affaires. Vous, vous restez là où vous étiez. Certains viennent vous dire : « Dadah, pourquoi tu n’as pas fait comme l’autre ? Regarde comme il a réussi ». Je leur réponds que réussir n’est pas la même chose que se regarder dans un miroir sans avoir honte. La fidélité vous offre cette chose précieuse : un sommeil tranquille. Rien ne pèse sur votre conscience car vous n’avez trahi personne. Aucun serment n’a été brisé. Aucune main serrée en cachette n’est venue salir votre nom. Ce prix-là, personne ne peut l’évaluer en argent. Pourtant, il vaut tous les postes du monde.

J’ai vu des hommes changer en prenant option pour le mensonge et la désobéissance plus souvent qu’ils ne changent de chemise. Ils courent après les avantages. Ils flairent le vent et se retournent comme des girouettes. Au début, cela leur sourit. On leur donne des postes, des honneurs, des voitures. Mais écoutez-moi bien. Le temps finit toujours par rattraper celui qui trahit. Car si vous avez abandonné un allié pour une promotion, qu’est ce qui empêchera demain votre nouvel ami de craindre la même chose ? La confiance une fois brisée ne se recolle pas. C’est comme une calebasse tombée sur une pierre. Vous pouvez ramasser les morceaux, mais vous ne boirez plus jamais proprement dedans.

La sagesse de nos ancêtres nous enseigne que la fidélité est une chaîne invisible. Elle relie celui qui donne sa parole à celui qui la reçoit. Cette chaîne peut sembler discrète. Pourtant, elle porte le poids des générations. Lorsque vous êtes fidèle, vous honorez non seulement votre engagement, mais aussi vos parents, votre village et votre dignité. Le monde a besoin de cette fidélité aujourd’hui. Nous traversons des périodes où tout s’accélère. Les alliances se font et se défont en quelques heures sur les réseaux sociaux. Les serments deviennent des mots en l’air. Dans ce tumulte, rester fidèle est un acte de résistance.

Je ne dis pas que la fidélité doit être aveugle. Un homme sage doit savoir quand il s’est trompé. Si celui à qui vous êtes fidèle vous entraîne clairement vers la faute ou la destruction, alors la loyauté devient une prison. Mais dans la plupart des cas, ceux qui abandonnent le font par intérêt, pas par nécessité. C’est là que le prix devient lourd. Vous perdez votre âme à force de changer de camp. Et un jour, vous vous réveillez sans ami véritable, sans repère, sans histoire propre. Votre vie n’est qu’une suite de calculs. Calculs froids, sans chaleur humaine.

Je termine par une pensée pour les jeunes. Vous qui entrez dans la vie politique ou professionnelle, retenez ceci. Il vaut mieux perdre une bataille avec honneur que gagner une guerre avec des chaînes aux pieds. La fidélité ne garantit pas la richesse ou le pouvoir. Mais elle garantit que le soir venu, vous pouvez regarder le ciel et dire que vous êtes resté vous-même. Ce trésor-là, mes enfants, personne ne peut vous le donner ou vous l’acheter. C’est votre trésor intérieur. Gardez-le précieusement. Car quand tout s’effondre autour de vous, il ne vous restera que votre parole. Et si cette parole a été fidèle, alors vous serez libre. Même pauvre, même oublié, vous serez libre. Et cette liberté, croyez-moi, est la plus belle des récompenses.

UNE REFLEXION DE DADAH BOKPE HOUEZREHOUEKE

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