Wilfried Houngbédji à propos du licenciement à la SRTB : « Humainement, je pense que c’est déplorable »
L’affaire a provoqué une onde de choc dans le paysage médiatique et social du Bénin. Le licenciement de 169 agents de la Société de Radiodiffusion et de Télévision du Bénin (SRTB) ne cesse de susciter des réactions. Face à l’ampleur de cette décision, beaucoup ont naturellement tourné leur regard vers le gouvernement. Pourtant, la réponse officielle est sans ambiguïté. L’exécutif dirigé par Patrice Talon n’a rien à voir avec ce choix. C’est Wilfried Houngbédji, secrétaire général adjoint et porte-parole du gouvernement, qui a tenu à clarifier ce point lors d’une conférence de presse organisée mardi 20 mai 2026 à Cotonou.
« Ce n’est pas une décision du gouvernement », a lancé le porte-parole avec fermeté. Selon lui, attribuer cette mesure au gouvernement relève d’une méprise. Il a rappelé un élément juridique fondamental : la SRTB est une société anonyme. À ce titre, elle possède ses propres organes de gouvernance, à savoir une direction générale et un conseil d’administration. Ces instances, et non le Conseil des ministres, sont seules compétentes pour prendre ce genre de décision interne.
Il a ensuite développé son argumentation en ajoutant une précision importante. « Si ça avait été une décision du gouvernement, passée en Conseil des ministres, j’aurais été très à l’aise pour vous en donner les tenants et aboutissants ». En d’autres termes, si l’exécutif avait été l’auteur de ce licenciement collectif, il aurait lui-même organisé une communication officielle pour en expliquer les motifs précis et les objectifs. Cela n’a pas été le cas. Les responsables légitimes pour éclairer l’opinion sont donc, selon Wilfried Houngbédji, la direction générale de la SRTB ainsi que son conseil d’administration. Ce sont eux qui doivent exposer les raisons ayant conduit à cette vague de 169 départs.
Le gouvernement ne commente pas le fond du dossier. Il ne juge pas le bien-fondé économique ou stratégique de cette mesure. En revanche, le porte-parole a tenu à exprimer une critique nette concernant la méthode employée. La manière dont les travailleurs ont été informés lui paraît contestable. D’après les informations dont il dispose, les agents concernés auraient appris leur licenciement au dernier moment, sans aucune préparation préalable. Une telle brutalité dans l’annonce est, aux yeux de l’autorité gouvernementale, difficilement acceptable.
« Humainement, je pense que c’est déplorable », a affirmé Wilfried Houngbédji. Cette formule simple mais lourde de sens résume la position de l’exécutif. Le gouvernement ne conteste pas qu’une entreprise puisse, pour des raisons de restructuration ou d’économie, procéder à des licenciements. « Cela fait partie de la vie d’une entreprise », a-t-il tenté de justifier. Il estime même que « si les conditions sont remplies, les gens ont à prendre courageusement la décision ». Il existe donc selon lui des circonstances légitimes pour se séparer d’une partie de son personnel. Cependant, cette réalité managériale ne doit pas faire oublier le respect élémentaire dû aux personnes.
Le porte-parole du gouvernement a insisté sur un point précis. Une meilleure communication interne aurait permis aux employés de se préparer à cette éventualité. Les avertir tardivement, sans accompagnement, a inutilement aggravé le choc psychologique et social. Pour l’exécutif, la direction de la SRTB aurait dû organiser un dialogue préalable ou au moins un délai d’information raisonnable. En dehors de la forme, le gouvernement attend aussi que l’entreprise publique garantisse scrupuleusement les droits sociaux de tous les travailleurs concernés. Indemnités légales, préavis, respect du code du travail : rien ne doit être négligé.
Depuis l’annonce publique de cette mesure, les réactions se multiplient dans l’opinion. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes dénoncent l’ampleur de la vague de licenciements ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été opérée. L’Union des professionnels des Médias du Bénin (UPMB), a elle aussi exprimé son désaccord et son inquiétude face à cette décision. Au milieu de ce tumulte, la SRTB est restée silencieuse. Aucune communication officielle n’est venue, jusqu’à présent, expliquer les motifs précis qui ont poussé sa direction à se séparer de 169 de ses agents. Ce silence entretient la confusion et alimente les critiques. Le gouvernement a parlé. Reste à savoir si l’entreprise publique saura, à son tour, apporter les éclaircissements attendus.

Au-delà de ce dossier spécifique, Wilfried Houngbédji a profité de cette rencontre avec les professionnels des médias pour adresser un message personnel à celui qui prendra sa suite. Alors que son mandat touche à sa fin, le porte-parole sortant a livré une recommandation précise à l’attention de son successeur. Il ne s’agit pas d’une instruction officielle, mais d’un conseil inspiré par sa propre expérience à la tête de la communication gouvernementale. « À titre personnel, au bout de l’exercice, je suggèrerais simplement à mon successeur dans les fonctions de porte-parole d’être l’avocat du Bénin, un intrépide qui ne concède rien quand il s’agit de l’honneur du Bénin », a-t-il déclaré.
Cette métaphore mérite d’être expliquée. Wilfried Houngbédji a développé sa pensée en comparant le rôle du porte-parole à celui d’un conseil juridique devant un tribunal. « À titre individuel, quand nous avons des différends et que nous allons devant la justice, lorsque nous avons les moyens de prendre un avocat nous aimerions bien que celui-ci nous fasse gagner que nous ayons raison ou pas », a-t-il ajouté. Cette formule peut surprendre, mais elle dit l’essentiel : le porte-parole doit défendre le pays avec une loyauté sans faille, indépendamment des attaques ou des critiques. Il doit être capable de faire front face à la calomnie, aux injures et à toutes les formes de pression.
« S’il peut être dans ses projections, je crois que le reste, la calomnie, les injures et tout ce qui va avec quand on est dans cette position il saura faire front », a insisté l’autorité gouvernementale. La fonction exige donc une double qualité. Il faut d’abord avoir « l’amour du Bénin chevillé au corps », c’est à dire un attachement profond et indéfectible à la nation. Il faut ensuite une « volonté d’en être aux côtés de celui dont son ministère procède », autrement dit une loyauté claire envers le président de la République et l’exécutif. « Tout le reste pour moi est gérable », a conclu Wilfried Houngbédji, signifiant par-là que les difficultés techniques ou relationnelles peuvent se surmonter dès lors que ces fondements sont solides.
Avant de quitter la tribune, il a également tenu à saluer le bilan du président Patrice Talon. Il a qualifié d’« pharaoniques » les infrastructures réalisées durant le magistère sortant. Il a enfin exprimé sa confiance dans les capacités du président élu, Romuald Wadagni, à relever les défis à venir. Selon lui, Wadagni connaît parfaitement les enjeux du pays car il a été un artisan direct des réformes entreprises entre 2016 et 2026. Cette transition, à la fois politique et médiatique, se prépare donc dans la continuité.
Damien TOLOMISSI