Vallée de l’Ouémé au rythme de la crue : Quand l’eau coupe la route et les revenus à Hêtin
Dans la vallée de l’Ouémé, le retour des pluies est une bénédiction pour les champs mais il se transforme souvent en une dure épreuve pour les habitants. Chaque année, la montée des eaux redessine le paysage et, avec lui, les conditions de vie de toute une communauté. Cette saison ne fait pas exception. La crue qui s’installe progressivement a déjà commencé à envahir les voies de circulation, plongeant les usagers et les professionnels de la route dans une situation de plus en plus critique.
L’axe reliant Dangbo à Hêtin est l’un des points les plus touchés par ce phénomène. Le jeudi 4 septembre 2026, aux alentours de treize heures, une équipe de la rédaction Le Territorial s’est rendue sur place pour constater l’ampleur des dégâts. Sur place, le spectacle est saisissant : l’eau stagne sur de longues portions de la chaussée, formant des flaques profondes qui rendent la circulation périlleuse. À cela s’ajoute un état général de la voie très dégradé, marqué par de nombreuses crevasses et des nids de poule qui transforment chaque déplacement en un véritable parcours du combattant. Les premiers à subir de plein fouet cette dégradation sont les conducteurs de taxi-motos, communément appelés zémidjans. Leur travail, déjà précaire par nature, devient presque impossible dans ces conditions. La route coupée signifie moins de passagers, des trajets écourtés et, inévitablement, une chute brutale des revenus quotidiens.
Un conducteur de taxi-moto, Mathieu Metonnoudji explique que d’habitude, un trajet entre Dangbo carrefour Bamizé et Hêtin est négocié à 250 francs CFA par personne, soit 500 francs CFA pour deux passagers. Mais depuis que la crue a submergé une partie de la voie, cette tarification n’a plus de sens. Les clients, conscients des difficultés, proposent des sommes bien inférieures. Pour ne pas rentrer bredouilles, les conducteurs sont contraints d’accepter des courses à 100, 75, voire 50 francs CFA. Une baisse drastique qui grève lourdement leur budget. « La situation est telle que gagner deux mille francs CFA par jour devient un exploit et cela n’est possible qu’en transportant des bagages. Dans ces conditions, nourrir les enfants est un véritable défi, le petit-déjeuner manque souvent à la maison », confie-t-il au quotidien Le Territorial sous la plume de Marius Ahouandjinou.
La clientèle, elle aussi, est en perte de vitesse. De nombreux usagers préfèrent désormais parcourir une partie du chemin à pied, quitte à mouiller leurs vêtements, plutôt que de payer pour un service qu’ils jugent trop onéreux par rapport à la distance réellement parcourue. Pour les zémidjans, la priorité n’est donc plus de faire de gros bénéfices, mais de survivre en acceptant toutes les petites sommes proposées. Pour les usagers qui décident malgré tout de prendre la route, le calvaire commence souvent à mi-parcours. Les conducteurs déposent leurs passagers à des endroits stratégiques, comme le village de Tovè, là où la route devient impraticable. Les piétons doivent alors poursuivre leur marche dans l’eau, parfois jusqu’à la hanche, en portant leurs bagages sur la tête pour éviter qu’ils ne tombent.
Bienvenu Todjinou un habitant de la région, témoigne de ces difficultés au quotidien : « Les zémidjans nous laissent à Tovè. Ensuite, nous devons traverser de longues étendues d’eau, ce qui est très éprouvant. » Pour ceux qui refusent de se mouiller, la pirogue apparaît comme la seule alternative. Mais ce moyen de transport a un coût. « La traversée en pirogue coûte désormais 150 francs CFA. C’est un peu cher, mais c’est compréhensible vu les efforts que doivent fournir les piroguiers sur de longues distances », explique-t-il. Dame Christine Houansou, elle aussi croisée sur l’axe, raconte son calvaire. Elle explique que chaque traversée est une épreuve de force : « L’eau nous arrive jusqu’à la hanche, et il faut traverser jusqu’à l’autre bord. Parfois, les bagages tombent dans l’eau et il faut les repêcher. C’est la galère tous les jours. » Selon elle, même les piroguiers, censés faciliter le déplacement, peinent à manœuvrer. « À certains endroits, on est obligé de descendre de la pirogue, de la pousser, puis de remonter. L’épuisement est général », ajoute-t-elle.

Face à ce tableau désolant, un cri du cœur s’élève au sein de la population. La montée des eaux n’est pas la seule responsable de cette situation. Le mauvais état chronique de la voie aggrave considérablement les risques de chutes et d’accidents. Les habitants exigent une intervention rapide des autorités. Un usager résume cette frustration commune en ces termes : « Notre principal souhait est que la voie de Hêtin soit réaménagée, que les trous soient bouchés. Il est temps que les autorités compétentes descendent sur le terrain pour voir les choses de leurs propres yeux. Nous souffrons trop. » Les usagers dénoncent également l’augmentation du prix de la traversée en pirogue, passé de 100 à 150 francs CFA, une hausse qui alourdit encore un peu plus le fardeau des plus démunis.
Dans la vallée de l’Ouémé, la crue bouleverse donc bien plus que le paysage. Elle fragilise une économie locale déjà précaire et met en lumière l’urgence de moderniser les infrastructures routières. Pour les conducteurs de taxi-motos, pour les piétons, pour les agriculteurs et pour les commerçants, l’amélioration de la route n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale. Tant que la voie de Hêtin ne sera pas réhabilitée, le calvaire saisonnier des populations restera une triste réalité.
Marius A.


