Frédéric Joël Aïvo et Reckya Madougou: Deux destins suspendus à une décision

 Frédéric Joël Aïvo et Reckya Madougou: Deux destins suspendus à une décision

Au Bénin, deux noms reviennent régulièrement dans les débats publics, Frédéric Joël Aïvo et Reckya Madougou. Tous deux sont des figures connues de la politique béninoise. Tous deux sont en détention depuis plus de cinq ans. Leurs cas suscitent des interrogations, des passions et des appels à la libération. Aujourd’hui, une question traverse l’esprit de nombreux citoyens. Beaucoup imaginent que le président Romuald Wadagni pourrait créer la surprise en graciant ces deux personnalités. Un tel geste marquerait un tournant décisif dans la vie politique et sociale du Bénin.

Pour comprendre l’importance de cette question, il faut revenir sur les parcours de ces deux hommes et femmes. Frédéric Joël Aïvo est un universitaire reconnu. Il s’est fait connaître par ses prises de position contre la révision constitutionnelle de 2019. Cette réforme avait allongé la durée du premier mandat du président Patrice Talon d’environ cinquante jours. Joël Aïvo avait alors défendu l’idée que « cinq ans, c’est cinq ans ». Il s’était ensuite porté candidat à l’élection présidentielle de 2021, mais son dossier avait été rejeté par la Commission Electorale Nationale Autonome pour défaut de parrainage. Après avoir appelé au boycott du scrutin, il a été arrêté. Le 6 décembre 2021, la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme l’a condamné à dix (10) ans de prison ferme pour complot contre l’autorité de l’État et blanchiment de capitaux. L’universitaire a toujours nié les faits et plaidé non coupable. Pour une partie de l’opinion, son affaire est perçue comme politique. Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire s’est d’ailleurs penché sur son dossier et a appelé à sa libération. Pourtant, Joël Aïvo est toujours derrière les barreaux.

Reckya Madougou, elle, est une ancienne ministre de la Justice et une figure de l’opposition. Elle a été interpellée le 3 mars 2021, en pleine campagne présidentielle. C’était une candidate déclarée du parti Les Démocrates. Elle a été accusée de complicité d’actes terroristes. Le 11 décembre 2021, elle a été condamnée à 20 ans de réclusion et à une amende de cinquante millions de francs CFA. Elle n’a pas fait appel. Ses avocats ont toujours soutenu qu’il n’y avait pas de preuves. En novembre 2022, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a rendu un avis clair, la détention de Reckya Madougou est arbitraire et dépourvue de base légale. Les Nations unies ont demandé sa libération immédiate et des réparations. Pourtant, après plus de deux mille jours de détention, l’ancienne ministre est toujours en prison.

Ces deux cas pèsent sur le climat politique et social du Bénin. Les soutiens de Joël Aïvo et de Reckya Madougou ne cessent de réclamer leur liberté. Les défenseurs des droits humains estiment que leur maintien en détention n’est pas conforme aux engagements internationaux du Bénin, surtout après les avis du Groupe de travail de l’ONU. Le pays est membre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, ce qui lui impose des devoirs en matière de respect des libertés fondamentales.

C’est dans ce contexte que l’hypothèse d’une grâce présidentielle fait son chemin. « Si le président Romuald Wadagni, qui dirige actuellement le pays, décidait de gracier Joël Aïvo et Reckya Madougou, ce serait un geste fort. », confie, Régis, un citoyen vivant à Porto-Novo. «Un tel acte de clémence pourrait être perçu comme un signal d’apaisement et de réconciliation nationale», renchérit John, étudiant à la faculté de Droit à l’UAC avant de poursuivre : « Il montrerait que le chef de l’État est prêt à tourner la page des divisions et à œuvrer pour l’unité. La grâce présidentielle est un pouvoir discrétionnaire. Elle permet au président de la République de remettre en liberté une personne condamnée, sans que celle-ci ait à reconnaître sa culpabilité. C’est un acte de clémence qui peut être motivé par des raisons humanitaires ou politiques. »

Outre ces deux cas individuels, la libération de Joël Aïvo et de Reckya Madougou serait un soulagement pour leurs familles, leurs proches et tous ceux qui luttent pour leurs droits. Elle serait aussi une preuve concrète que le Bénin avance vers une cohésion sociale renforcée. Elle enverrait un message positif à la communauté internationale et renforcerait la crédibilité du pays en matière de droits humains. Bien sûr, une telle décision ne ferait pas l’unanimité. Certains estiment que la justice doit suivre son cours et que les condamnations doivent être respectées. Mais d’autres pensent que le moment est venu de privilégier l’apaisement et le dialogue.

Au Bénin, le président de la République dispose d’un pouvoir discrétionnaire lui permettant d’accorder la grâce présidentielle à toute personne dont la condamnation pénale est devenue définitive, c’est-à-dire lorsque la décision de justice n’est plus susceptible d’appel ou de pourvoi en cassation. Avant d’exercer cette prérogative, le chef de l’État doit recueillir l’avis motivé du Conseil supérieur de la magistrature, qui émet une recommandation sur le bien-fondé de la mesure. La grâce peut être totale ou partielle, ce qui signifie qu’elle permet d’alléger ou de supprimer l’exécution de la peine d’emprisonnement. Toutefois, elle n’efface pas la condamnation, car le casier judiciaire conserve la trace de l’infraction, et elle ne dispense pas le condamné de ses obligations financières envers les éventuelles victimes. Aucune loi n’oblige le président à accorder la grâce, celle-ci relève de sa seule volonté. Il peut décider de l’octroyer à tout moment, mais elle est souvent accordée à l’occasion de grandes fêtes nationales comme le premier août, en signe de clémence et d’apaisement.

Pour Mémoire

À l’approche de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, Romuald Wadagni avait choisi de rester prudent. Interrogé sur les cas de personnalités politiques comme Reckya Madougou, Joël Aïvo, Olivier Boko ou encore Oswald Homéky, ainsi que sur les exilés tels que Sébastien Ajavon ou Léhady Soglo, le candidat soutenu par la majorité présidentielle avait évité de donner des détails sur ce qu’il compte faire. « Ce sont des questions polémiques que je ne souhaite pas aborder dans le cadre d’une campagne électorale », avait-t-il déclaré dans les colonnes de Jeune Afrique. Il a indiqué vouloir recentrer le débat sur les propositions de son programme. « Lorsqu’on n’a pas de projet de société, on fait campagne sur des polémiques. Pour ma part, je préfère présenter clairement mes propositions pour chacune des catégories de mes concitoyens », a-t-il ajouté. Sans ignorer la sensibilité du sujet, il a tout de même reconnu son importance. « Le sujet que vous évoquez existe, je ne l’ignore pas. Mais il sera traité en temps voulu, avec responsabilité », a-t-il assuré.

La décision appartient au président Wadagni qui dirige le bénin depuis le 24 mai 2026.  Elle sera lourde de conséquences pour l’avenir politique et social du Bénin. En attendant, les regards sont tournés vers le palais présidentiel, dans l’espoir d’une surprise qui pourrait changer le cours des choses. Et si Romuald Wadagni faisait ce geste historique ? La réponse est entre ses mains, dans un pays qui aspire à la paix et à la réconciliation.

LA REDACTION

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