Pôles de développement au Bénin : Le gouvernement clarifie la chaîne de commandement
Ils sont six délégués généraux fraîchement annoncés pour piloter les pôles de développement territorial. Dans les couloirs des mairies et des préfectures, une inquiétude circule sur la place de ces nouveaux venus face aux autorités locales. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, tranche sans détour.
C’était le jeudi 8 octobre 2026, lors du live Facebook « Questions d’actualité ». Face aux internautes, le ministre porte-parole du gouvernement béninois a joué la carte de la transparence. Pas question de laisser planer le moindre doute : les délégués généraux des pôles de développement territorial ne seront ni des super-préfets, ni des maires bis. Leur mission ? Coordonner, pas commander. « Rien ne change pour les préfets et les maires qui sont en place », a martelé Wilfried Léandre Houngbédji, d’après Banouto. Dans son propos, chaque mot compte. Les préfets conservent leurs prérogatives départementales. Les maires, leur autorité communale. Et les délégués généraux ? Ils n’auront aucune autorité hiérarchique sur eux. « Ils n’imposent pas de décisions ou d’attitudes aux préfets. Ils ne leur donnent pas d’ordres. Pas plus qu’ils ne donnent aux maires qui sont en place », a insisté le ministre.
Alors, à quoi serviront-ils ? Leur rôle est de suivre les projets de développement, identifier les opportunités et planifier les actions avec les acteurs concernés. « Ils seront surtout là pour administrer, suivre les projets que nous allons mettre en œuvre, identifier les opportunités et planifier l’exécution […] avec les acteurs », a expliqué Wilfried Léandre Houngbédji. Des facilitateurs, pas des donneurs d’ordres.
Le Grand Nokoué, laboratoire de la symbiose
Pour illustrer cette coopération, Wilfried Léandre Houngbédji a pris un exemple concret : le pôle du Grand Nokoué. Trois départements (Ouémé, Littoral, Atlantique), cinq communes majeures (Abomey-Calavi, Cotonou, Ouidah, Porto-Novo et Sèmè-Kpodji). Le délégué général de ce pôle devra travailler main dans la main avec trois préfets et plusieurs maires. « Le préfet, dans son département, c’est le représentant du chef de l’État et de chacun des membres du gouvernement. Le maire, c’est le premier responsable local », a rappelé le porte-parole. Et d’ajouter : « Chacun sera dans son couloir, exerçant ses prérogatives. Et ce que nous recherchons, c’est qu’il y ait in fine une belle symbiose. » Une symbiose, pas une hiérarchie. Le délégué général devra rapprocher les acteurs, identifier les potentialités et créer les conditions favorables à la réalisation des projets. Un chef d’orchestre, en somme, qui ne joue pas à la place des musiciens.
Six pôles, quatre axes, un seul objectif
Cette réforme territoriale, voulue par le président de la République, subdivise tout le pays en six pôles de développement. Le Nord-Est (Parakou, Kandi, Malanville…), le Nord-Ouest (Natitingou, Djougou, Tanguiéta…), le Centre (Abomey, Bohicon, Dassa-Zoumè…), le Sud-Est (Pobè, Kétou, Sakété…), le Sud-Ouest (Lokossa, Comè, Grand-Popo…) et le Grand Nokoué. Chaque pôle regroupe des communes partageant des caractéristiques et des atouts reconnus. L’objectif est d’accélérer le développement équilibré du territoire national, éradiquer l’extrême pauvreté, créer des emplois directs et faire émerger des industries et des infrastructures socio-économiques. Quatre axes transversaux guident cette ambition : l’agriculture, le tourisme, l’industrie et l’innovation. Rien de moins.
Un calendrier en quatre temps
La mise en œuvre se déploiera en quatre étapes. D’octobre à décembre 2026 : installation des organes de gouvernance, nomination des délégués généraux, diagnostic économique et territorial. De janvier à mars 2027 : structuration de l’attractivité de chaque pôle, identification des filières prioritaires et des besoins en infrastructures. D’avril à juin 2027 : planification et adoption de la feuille de route opérationnelle. De juillet à décembre 2027 : engagement et déploiement, avec le lancement des projets prioritaires. Un Comité national de pilotage, présidé par le chef de l’État, chapeautera l’ensemble. Chaque délégation de pôle sera dirigée par un délégué général, assisté de chargés de mission, d’experts et d’un personnel d’appui. Le dispositif est rodé. Reste à voir la mécanique s’ébranler sur le terrain.
Damien TOLOMISSI



